Skip to content

Tribune d'étudiants • 15 janvier 2018

Tribune d'étudiants • 22 décembre 2017

Nina Simone, icône de la promotion 2021

Joséphine Boone • 19 décembre 2017

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

La guerre du Genre a encore eu lieu, merci à tous d’être venus.

Il faut avoir le plus grand respect pour les membres de l’UMP.

Sérieusement. Parvenir, chaque jour ou presque, à trouver une polémique encore plus débile, sans intérêt et dépourvue du moindre fondement rationnel aussi palpitante, fondamentale et furieusement pressante que « le mariage pour tous » ou « la théorie du genre », tout ça pour aider les Français à ne pas penser à la crise économique, à l’inflation, à la déflation, à la stagflation, à la biflation, et autres mots en « chômage » ! Quel exploit ! Quel effort de tous les instants ! Et réussir à se poser en ennemis radicaux de la « téori du djenre » alors même que la « déconstruction du genre » (et le mariage homosexuel) était dans le programme de Nicolas Sarkozy, putain, les mecs, chapeau.

Soit dit en passant :  qui connaît un minimum les arcanes de l’administration centrale, et particulièrement celle de l’Éducation Nationale, sait que les ministres ont en réalité une influence très limitée sur les politiques menées par le ministère ; comme Sauron, le fonctionnaire fait des plans sur le long terme et les politiques mises au crédit de tel ou tel homme politique ont bien souvent trouvé leur source dans un comité de pilotage, plusieurs années avant sa prise de fonction. De l’avis général dans les ministères – à l’exception de l’Intérieur, peut-être – le bon ministre est celui qui comprend que son rôle est essentiellement de manger des petits fours avec les journalistes, de se coltiner les députés, de ne pas trop taper dans la caisse ni de favoriser trop ouvertement ses amis et de laisser faire leur boulot à ceux qui s’en occupent, merci. Du coup, je ne serais pas spécialement  étonné que cette histoire d’ « ABC de l’égalité » ne soit née il y a deux-trois ans à la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire, genre quand un certain Luc Chatel était encore installé comme un coq en pâte rue de Grenelle, ce qui tendrait à faire penser qu’il n’y voyait alors pas d’inconvénient majeur.

Et les cathos réacs ? Ces gens sont des héros. Rendez-vous compte ; passer pour des gros connards moyen-âgeux depuis presque un an pour aider les plus faibles, piétiner dans le froid, la boue, l’opprobre et l’ignorance pour une cause juste, résister à la moquerie, à l’incompréhension, aux insultes, et aux forces de la raison maniées par la République bolcho-soviétique, réussir à utiliser le nom « bolcho-soviétique » et « dictature socialissse » dans la conversation courante en restant sérieux quand même, et tout ça pour permettre aux députés socialistes de se sentir encore dans le bon camp, celui du bien et du progrès ! Merci à vous, merci, du fond du coeur.

Parce que sans vous, quelqu’un au pouvoir chez les électeurs socialistes, qui pensent mener une politique de gauche, pourrait se rendre compte qu’on le prend pour un jambon depuis le début. Alors que là, il ressent le délicieux bonheur d’être le dernier rempart de la civilisation des Lumières face à l’obscurantisme que vous incarnez avec un plaisir et une bonne volonté qu’il fait bon voir. De vous à moi, quand j’ai vu Jean-François Copé choisir délibérément un livre qui n’avait aucun rapport avec la « théorie du genre » pour expliquer que les « membres du gouvernement allaient transformer les enfants en nudistes bolchéviques », même si on sait tous qu’il avait une anti-sèche dans sa manche, j’ai failli y croire tellement c’était bien joué. Mais, quand même, on ne devient pas le quasi-président du premier parti d’opposition sociale de France sans une certaine cohérence politique.

Clairement, ce n’est pas Jean-François Copé – « depuis toujours favorable au mariage pour tous », il l’a dit – qui changerait de chemise comme ça pour des raisons purement politiques. Évidemment, qu’il sait bien qu’il n’y a pas plus de théorie du genre que de beurre en broche. Bien entendu, qu’il ne voit aucun inconvénient particulier à ce qu’on explique aux gamins que ce n’est pas parce qu’ils sont des garçons qu’ils sont supérieurs aux filles, et vice-versa. Mais s’il essaye quand même de faire croire que ça existe, c’est par grandeur d’âme, pour aider les Socialistes. Parce que sans l’effort de la droite, hein, quelqu’un pourrait finir par se rendre compte que Jean-Baptiste Say n’est pas vraiment un penseur moderne de la doctrine économique socialiste (mettant l’intérêt général devant les intérêts particuliers du grand patronat, en substance).

Quelqu’un pourrait s’étonner de voir la France poursuivre joyeusement une politique de réduction de la dépense publique alors même qu’en réunion, un peu penauds, des hauts fonctionnaires des finances essayent d’expliquer pourquoi les dépenses – qu’on pensait avoir réduites – explosent, tandis que les recettes diminuent…

Mais je ne me fais pas trop de soucis. Tant que des médias aussi courageux et indépendants que le Monde, le Figaro et Libération sauront poser les vraies questions comme « Hé, hé, m’sieur, est-ce que c’est fini, avec Trierweiller ? » avec ce petit rire mi-géné mi-fier de lui typique du collégien qui vient de dire « pénis » pour la première fois. Tant que la droite saura attirer les regards sur des sujets sans intérêt pour éviter d’avoir à reconnaître qu’ils n’ont aucune critique crédible de la politique économique du gouvernement. Tant que Manuel Valls. Tant que les analystes politiques des grands médias feront un effort méritoire pour continuer à faire fi des évolutions politiques et continueront à tout analyser comme si Hollande était le fils spirituel de Léon Blum et pas celui de Mitterrand, comme si EELV existait réellement, comme si Jean-Luc Mélenchon était réellement un staliniste échevelé alors que son programme est légèrement moins à gauche que celui du PS en 1981, ou comme si quelqu’un qui croit toujours que le soleil tourne autour de la terre était un interlocuteur crédible pour parler de l’éducation des enfants… et bien tant que tout ça se maintiendra tant bien que mal, alors on pourra souffler. C’est pas demain la veille que ça changera.

Christophe Barbant, fan de JFC.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *