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Les renards du Nord, prochaines victimes des Chtis fox days

Ces dernières semaines ont été très mouvementées pour les chasseurs nordistes.

Voilà déjà plusieurs semaines qu’ils ont annoncé la préparation des « Chtis fox days », une opération de régulation du nombre de renards du Nord, les 22 et 23 février prochains. Cette initiative, prise par la Fédération des Chasseurs du Nord, semble manifestement obtenir le soutien implicite du préfet de Région, Dominique Bur, mais certainement pas des associations de défense de la nature sauvage et des animaux. En effet, un collectif d’associations pour la protection de la nature comprenant notamment l’Association de Protection des Animaux Sauvages (ASPAS), la Fondation Brigitte Bardot et la Ligue de Protection des Oiseaux s’est mobilisé et a lancé une cyberaction ainsi qu’une pétition mise en ligne le 6 janvier 2014 qui a rassemblé depuis, quelques 37.000 signatures sous le titre : « Non au massacre de renards dans le Nord durant les Ch’tis fox days. » Pétition à laquelle le préfet a répondu le 20 janvier par communiqué : « Les Ch’tis fox days » sont une initiative de la fédération des chasseurs du Nord. Elle n’a pas à faire l’objet d’une procédure spécifique d’autorisation.« A priori donc, les renards ne seront pas épargnés, et pourront être débusqués dans leurs terriers ou tirés sans restrictions durant ces deux jours de chasse aux quotas illimités.

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Derrière une prétendue opération de régulation nécessaire, un massacre cruel et injustifié

Le collectif d’associations pour la protection de la nature était bien décidé à faire entendre sa vive opposition face à cet événement qu’il juge être « une gigantesque tuerie de renards organisée sans aucune justification sanitaire ou scientifique » « chasseurs, piégeurs et déterreurs vont détruire, par simple loisir, jours et nuits, tous les renards qu’ils pourront, parfois avec une violence sans nom » (propos recueillis par le site de l’ASPAS). Lundi dernier, Brigitte Bardot était montée au créneau pour dénoncer le « massacre programmé » des renards dans le Nord, appelant le ministre de l’Environnement Philippe Martin à faire cesser cette opération au nom de l’équilibre écologique. Depuis, la mobilisation est très forte et ne cesse d’augmenter, le collectif ayant appelé le monde associatif à se mobiliser samedi dernier pour manifester Place du Théâtre à Lille afin de réclamer l’arrêt du classement comme nuisibles des renards et l’interdiction du piégeage et du déterrage. Près de 1000 citoyens ont répondu à l’appel à la mobilisation et ont foulé le pavé lillois pendant près de deux heures pour dire « Non au massacre des renards » dont l‘eurodéputée Karima Delli et Emmanuel Cau, vice président de la Région Nord-Pas-de-Calais. Pourtant, le préfet Dominique Bur n’a rien voulu entendre et a refusé de discuter avec les représentants du collectif d’associations.

L'eurodéputée (EELV) Karima Delli et le vice président de la région Nord Emmanuel Cau sont venus apporter leur soutien à la manifestation contre les Chtis Fox Days
L’eurodéputée (EELV) Karima Delli et le vice président de la région Nord Emmanuel Cau sont venus apporter leur soutien à la manifestation contre les Chtis Fox Days

La Fédération des chasseurs est visiblement prise de court par cette mobilisation des défenseurs du goupil. Eux aussi, ont leurs arguments: les renards étant nuisibles et dangereux, leur régulation serait impérative. En plus, ils mangent les volailles dans les poulaillers (en même temps, la faim est universelle). Les internautes du forum passionlachasse se défendent en arguant que les renards sont porteurs de maladies transmissibles à l’homme et qu’ils sont également nuisibles pour les cultures agricoles et avicoles. Ce à quoi les défenseurs du renard répondent que le renard a un rôle irremplaçable dans la chaîne alimentaire. Prédateur de rongeurs, il évite leur prolifération. Parfois charognard, il participe à l’élimination des animaux malades et des cadavres, évitant ainsi les épidémies. Il exerce une sélection naturelle sans porter préjudice à son environnement. Ainsi, d’après Pierre Athanaze, président de l’ASPAS (Association pour la Protection des Animaux Sauvages) les renards sont chassés parce qu’ils font surtout concurrence aux chasseurs lors de ce qu’il appelle « cette grosse fête de fin de saison de chasse [qui] consiste à flinguer les prédateurs de nos faisans« .

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La manifestation contre les Chtis Fox Days qui s’est tenue samedi dernier à Lille, a réuni près de 750 manifestants selon la police

Une remise en cause de la catégorie « nuisible » affublée (entre autres) aux renards

Entre six cent mille et un million de renards sont victimes de la chasse chaque année en France. Dans le Nord, la saison 2012-2013 a comptabilisé 6.500 renards piégés, 1.500 déterrés et 500 tirés. Il semble bien que le statut de « nuisible » qui colle à la peau du goupil ne l’aide pas à assurer ses arrières. En effet, le renard, en tant qu’il est susceptible de causer des dommages aux biens, aux personnes, et à la faune sauvage, est qualifié de nuisible. C’est l’autorité préfectorale qui décide, annuellement, du classement nuisible des espèces, à partir du cadre fixé par cette liste nationale. Les Chtis fox days contribuent donc à poser la question de la légitimité de ce statut de « nuisible » qui permet à quiconque de chasser les renards n’importe quand, dans les conditions prévues par la réglementation départementale. En effet, le renard, comme tout animal a une utilité écologique et a une place essentielle dans la chaîne alimentaire. Au nom de quoi, sinon au nom d’un certain anthropocentrisme bien combiné, serait-il légitime de considérer tout animal comme un nuisible dont l’espèce serait à réguler? Car si la législation tient à cette catégorie de « nuisibles », l’homme ne devrait-il pas être le premier inscrit sur la liste? Comme disait une manifestante interrogée par Soir 3 au cours de la marche, « le renard est un animal qui a toute sa place sur la planète au même titre que nous, pas plus pas moins, il laissera peut-être un peu moins de traces d’ailleurs ».

Manon Dené

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