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ÉDITO – Crimée : ils y sont, ils y resteront.

La Crimée, ou plutôt ses habitants, a été consultée par voie référendaire sur le rattachement de leur péninsule à la mère Russie le 16 mars. Laurent Fabius, notre estimé ministre des affaires étrangères, a aussitôt fait remarquer « qu’en droit international, le référendum local n’était absolument pas considéré comme valable » quant à la question des frontières, ce qui doit faire beaucoup rire au Québec, en Catalogne et en Écosse.

Sans grande surprise, vue la proportion de russophones russophiles, si ce n’est Russes tout court, qui demeurent en Crimée, le résultat d’un tel référendum a été « oui » franc et massif. Il n’est même pas exclu qu’il n’ait pas été nécessaire de le truquer ; après tout, ce n’est que depuis 1950 que la péninsule de Crimée est passée de Russie à l’Ukraine, à une époque où de toute manière ça ne portait pas à conséquence, vu que c’était toujours dans l’URSS.

On ne peut qu’être effaré par les réactions de l’Occident à « l’invasion » de la Crimée par de nombreuses troupes russes. Il est réellement remarquable tout autant qu’inquiétant de voir des gens qui, par ailleurs, accusent ceux qui ne pensent pas comme eux de « nier la réalité » se comporter comme s’il était de quelque manière surprenant que les Russes agissent de la sorte.

En fait, on peut remercier Jean-Luc Mélenchon, manifestement le seul à se souvenir que l’accès aux mers chaudes, et partant le contrôle de la péninsule de Crimée toute entière, n’est jamais que l’alpha et l’omega de la géopolitique russe depuis que la Russie dispose d’une marine. Que le dispositif militaire russe tout entier converge vers la Mer Noire et la Méditerranée pour disposer de bases en eaux profondes libres de glace douze mois l’an (comme Tartous, en Syrie, d’ailleurs), permettant donc à la marine russe de se déployer efficacement. La réaction russe est donc évidente, prévisible, sans aucune surprise. L’accès aux mers chaudes est quand même le poncif géopolitique numéro 1 sur la Russie – avec le « glacis » de petits états vassaux entre la mère patrie et l’Europe de l’Ouest, bien avant toutes ces fariboles sur « l’âme russe » et le « tsar du Kremlin » qui ont fleuri dans les éditoriaux les mieux informés.

Accessoirement, la dernière fois que quelqu’un a essayé de leur piquer Sébastopol, on a perdu 90 000 hommes. Même si on a finalement réussi, on peut pas dire que ça nous a apporté grand chose, à part des morts inutiles. Malgré les cris d’indignation un peu ridicule de l’Union Européenne et des Etats-Unis, il est peu probable que l’on déclare la guerre à la Russie pour protéger une péninsule dans l’ère traditionnelle d’influence russe. Le seul problème, c’est qu’à chaque fois que ce genre de rodomontades creuses se produit, les occidents perdent en crédibilité internationale. On ne peut pas dire « attention, ça va trancher » si untel franchi la ligne rouge du doigt, et se contenter de tirer la tronche sans rien faire une fois qu’untel a non seulement franchi la ligne rouge du doigt, mais carrément de la main, du bras et des deux pieds.

Il est normal que la Russie mette tout en œuvre pour conserver ses intérêts stratégiques vitaux ; ce n’est pas surprenant ; et la France, qui envoie tous les trois mois ses soldats aux quatre coins de l’Afrique à l’appel d’autocrates pas franchement plus recommandables que le gouvernement régional de Crimée est vraiment très mal placée pour donner des leçons en matière de non-ingérence dans les affaires de pays souverains. Qu’il n’y ait eu que Mélenchon pour oser exprimer une évidence pareille est déjà inquiétant. Qu’en plus, on lui soit tombé dessus comme une tonne de brique pour le faire passer pour un ardent défenseur de Poutine est grosso modo aussi ridicule que la fois ou, pour des raisons similaires, ont tenta de le faire passer pour un vibrant antisémite.

D’autant plus que le co-président du parti de Gauche a clairement dit, dans la même phrase, qu’il n’avait « aucune sympathie » pour le « gouvernement russe ». Par contre, il n’a pas, en vrac, vendu des BPC, vaisseaux de guerre made in France à la Russie, qui justement en manque, décoré de l’ordre de la Légion d’Honneur son président honni, Vladimir P. (heureux propriétaire d’une Grande-Croix depuis 2006), envoyé Mireille Mathieu là-bas, ou refilé les jeux olympiques d’hiver à l’équivalent russe de Nice. C’est quand même un tout petit peu le bal des tartuffes, là. Quand aux sanctions annoncées par Laurent Fabius, j’ai déjà hâte de voir à quoi elles vont ressembler, tout comme je suis certain que les Allemands, dépendants à 80% du gaz russe et mystérieusement bien plus silencieux sur le sujet que quand il faut écraser la Grèce, vont être les plus fermes soutiens d’une campagne de répression. Vous allez voir. Au Kremlin, on tremble de peur.

Tout ça n’est pas sérieux ; ce n’est pas depuis hier que le gouvernement russe préserve par la force ses plates-bandes : a-t-on si vite oublié la Géorgie en 2008 – et les gesticulations de Nicolas Sarkozy et de son conseiller international, BHL lui-même ? Avec le succès que l’on sait : la Géorgie coupée en deux, un tiers de son territoire en succession ouverte pro-russe. Mêmes causes, mêmes effets six ans plus tard.

Ce qui n’empêche de faire remarquer que si ultra-nationalistes et néo-nazis il y a sur Maidan, ils ne forment pas la majorité du genre, et qu’à partir du moment où Ianouchovitch a fait tirer sur la foule par ses sbires, sa légitimité est partie avec les coups de feu ; un putsch, c’est un coup d’état militaire, une révolution, c’est une rébellion populaire. Grosse différence. Difficile de reconnaître le droit à la Crimée de redevenir russe, sans reconnaître au peuple d’Ukraine le droit ne pas subir les déprédations d’un pouvoir corrompu. Et vice-versa, bien entendu…

Axel Devaux

 

  1. Ceremonial Ceremonial

    Dommage que l’aspect réellement géostratégique et stratégique tout court de la politique ne soit que très superficiellement abordé dans cet article et que pas mal de choses soient mélangées dans ce qui finalement ressemble à un mic-mac politisé, alors cela partait sur de bonnes bases.

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