Skip to content

Stranger Things saison 2 : la magie opère-t-elle toujours ?

Joséphine Coadou • 16 novembre 2017

Anne-Lyvia Tollinchi • 15 novembre 2017

Trump, un an plus tard

Gwendoline Morel • 9 novembre 2017

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Municipales (Part. I) : quelles conclusions provisoires ?

Eh bien, pour commencer, il serait bon d’attendre les résultats du second tour avant de sonner le tocsin ou d’enterrer le Parti Socialiste. Évidemment, les impératifs médiatiques étant ce qu’ils sont, il faut que le spectateur aie l’impression d’assister à un moment historique au journal de 20h, qu’importe si en réalité, il ne s’est rien passé de très important. En tout cas, contrairement à l’impression qu’en donnent les informations depuis dimanche soir, le monde n’a toujours pas changé. Et le régime de Vichy n’est toujours pas revenu.

Revenons-donc, si vous le voulez bien, sur les principaux points d’argumentation au sujet de ces municipales, histoire de remettre les choses en leur contexte ennuyeux et raisonnable.

Le Parti Socialiste s’est pris une Grosse Baffe/une Gifle/une Branlée/une Bifle = L’UMP est le roi du monde.

En effet, les résultats du Parti Socialiste sont en baisse comparés aux municipales précédentes, au profit, bien entendu de son meilleur ennemi, l’UMP. Cela dit, il n’y a pas vraiment lieu de s’en étonner. Le parti au pouvoir faisant régulièrement preuve de son inutilité à changer les choses, relancer la croissance, réduire le chômage, soigner tous les maux de la France par des bisous magiques, son opposition directe, par un effet de balancier aussi prévisible qu’attendu, reprend un peu du poil de la bête.

En 2008, la situation était donc exactement inverse. A la prochaine échéance, il reste tristement probable qu’on prendra les mêmes et qu’on recommencera. Le bipartisme de l’inaction tue la politique.

D’ailleurs, à ce petit jeu, on se souvient (sauf si on est dans l’opposition UMP) que le PS avait eu des résultats assez extraordinaires à l’époque : on pouvait réellement parler de « vague rose » : de nombreux fiefs UMP étaient tombés dans l’escarcelle PS. Si on regarde objectivement les résultats de l’UMP durant ce premier tour, on s’aperçoit assez rapidement que le PS a bien perdu quelques terres, mais finalement beaucoup moins que l’UMP n’en avait perdu en 2008. C’est donc moins une « vague bleue » qu’une simple action de correction.

Par ailleurs, j’ai beaucoup de mal à m’émouvoir qu’une terre du PS depuis 25, 35, 45 ans passe finalement dans l’opposition UMP : j’ai envie de dire, ça s’appelle l’alternance, ça arrive, heureusement (et dans les deux sens). Qui a dit « Dunkerque » ?

Finalement :

  • Le PS recule, c’est logique, et plutôt moins qu’il aurait pu le craindre.
  • Toutefois, il faut ajouter que dans un certain nombre de grandes villes, à Paris par exemple, le PS fait des résultats faibles comparé aux années précédentes, alors même qu’il était allié avec le PCF. On en reparlera plus loin dans l’article.
  • L’UMP gagne pas mal de terrain, mais finalement, pas beaucoup plus qu’il n’en avait perdu en 2008. Il n’y a donc pas vraiment lieu de parler d’une quelconque « vague bleue« , sauf à additionner les résultats de l’UMP et du FN, ce que je ne crois pas être dans les projets de l’une et l’autre de ces formations.

La « Troisième Force » soit avec toi.

Ce n’est pas le Front National, même si la télévision tend à nous faire acroire qu’il est le premier parti de France. C’est manifestement faux : il y a 36 000 municipalités en France, et le FN présente une liste dans à peine 594 d’entre elles.

  • C’est beaucoup moins que le MoDem-UDI, dont le poids médiatique est pourtant quasiment inexistant.
  • C’est nettement moins que le nombre de listes que présente EELV sans son allié PS.
  • Le Front de Gauche présente de manière autonome plus de 600 listes, et dans la moitié des cas, sans le soutien de la hiérarchie du PCF (mais pas forcément sans celui des militants d’icelui). On pourrait penser que c’est plus qu’honorable pour une formation qui existe depuis cinq ans et qui connaît là son baptême du feu dans les élections municipales. Notons que y a pas que dans l’Huma ou chez Regards qu’on lit ça : ci-joint du lien du Figaro (!!)

Ce matin, sur France Inter, Patrick Cohen, talentueux matinalier-de-référence, expliquait que chaque parti était représenté sur son antenne « à raison de son poids politique ». Le « centre » est certes flou et pas spécialement charismatique, mais il représente 30 parlementaires (sous l’appellation Union des Démocrates et Indépendants)

EELV représente, même par la grâce du PS,  17 députés.

La gauche ‘radicale’, 15 députés (sans l’aide de personne).

Le FN ? 2. Même pas un groupe parlementaire. Peut-il faire voter une loi, passer un amendement, appliquer un tant soit peu son programme ? Non. Passer sur BFM TV 24h/24h et avoir une représentation quasi-permanente sur France Inter permet-il d’avoir un poste en commission des finances ? Non. Quel est donc le poids politique réel du FN, c’est-à-dire son influence concrète, directe ? Néant.

Pendant ce temps-là, il s’est passé plusieurs choses réellement importantes dont le Monde n’a pas dit un mot :

  • EELV a bien résisté au phénomène de recul de voix connu quasiment partout par l’alliance PS-PCF-PRG
  • Le FdG, même sans le PCF, donc essentiellement le Parti de Gauche, a recueilli des résultats honorables (dont personne n’a parlé), surtout pour une formation qui se présentait pour la première fois à un type de scrutin qui nécessite un long, patient, et étendu travail de labourage électoral. Toutefois, les relations entre le PG et le PCF semblent de plus en plus difficiles.
  • La stratégie d’autonomie au premier tour portée par le FdG comme par EELV fonctionne – mieux pour la seconde formation que la première.
  • L’alliance EELV-PG/FdG apparait comme efficace : dans les 89 villes où les deux formations se sont présentées ensemble (contre le PS-PCF), le score moyen des listes est nettement supérieur aux prédictions, le cas clinique étant bien entendu Grenoble.
  • A l’inverse, l’alliance au premier tour avec le PS, choisie par le PCF dans un certain nombre de villes, ne sauve pas ces listes de perdre de nombreuses voix.

Assez logiquement, le danger pour le Parti Socialiste, aujourd’hui comme hier, est moins à sa droite qu’à sa gauche : il semble certain que l’apparition d’un gros parti formé par le FdG-EELV serait pour lui une menace mortelle.

Il n’est guère surprenant que la stratégie choisie par les caciques locaux du PS soit de tout faire pour tuer dans l’oeuf cette alliance sur son aile gauche. D’où une situation qui peut paraître surprenante, où l’on voit les caciques locaux du PS tenter de fermer la porte des conseils municipaux aux membres du PCF comme à ceux d’EELV – Ainsi, dans notre bonne ville de Lille, Martine Aubry semble bien décidée à faire payer leur impudence aux écologistes comme au Front de Gauche.

L’idée sous-jacente étant évidemment de signifier à la gauche du PS que le pouvoir ne s’atteint que par l’alliance avec le parti de gouvernement.

A moyen et long terme, il semble peu judicieux pour le FdG de céder à ce genre de chantage ; tant d’un point de vue de la cohérence idéologique – la formation ne peut pas critiquer la politique du parti au gouvernement et chercher l’alliance à tous les prix.

L’alliance avec EELV, à l’inverse, qui semble politiquement souhaitable et idéologiquement cohérente pour les deux formations, risque toutefois d’être difficile à maintenir ou à systématiser tant qu’ EELV  n’aura pas rompu avec le gouvernement PS.

C’est une problématique qui se pose également au PCF et conduit nombre de ses militants à des contorsions idéologiques dignes du Plus Grand Cabaret du Monde : peut-on être radicalement contre l’austérité et le libéralisme, et se faire élire grâce ou avec des formations qui jugent (à tort ou à raison) la première nécessaire et le second inévitable ?

Agrouh agrouh les heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire reviennent (ça fait très peur)

On essaye de nous vendre comme un exploit le fait qu’après quarante ans d’existence, le FN au sens très large (le Rassemblement Bleu Marine), soit parvenu à présenter des listes dans à peine 0,3% des communes, listes dont une bonne partie semble en outre constituée d’un mélange inédit de seniors atteints d’Alzheimer, de morts, ou de mecs qui croyaient signer une pétition contre les Roms…

On notera que c’est ailleurs une exclusivité Front National, ce genre d’embrouilles, ce qui augure bien de leur gestion municipale.

En somme, le FN est enfin arrivé à son score de 1995, et reste toujours en dessous de 1988. Un triomphe, qu’on vous dit !

Autre exploit : réussir à s’emparer au premier tour d‘une ville, que chacun s’accorde à considérer comme centrale, terriblement importante et stratégiquement clef : Henin-Beaumont. Sous réserve, soit-dit en passant, que l’élection ne soit pas invalidée dans la foulée.

Un triomphe qui justifie le battage médiatique absolument proportionné à l’importance écrasante de pareils résultats, que l’on a déjà dit inférieurs même à ceux du Centre.

Il est vrai que le FN a amélioré ses résultats habituels d’une manière que n’explique pas totalement la simple mécanique de l’abstention d’un nombre conséquent d’électeurs, et probablement d’électeurs de gauche. Donc :

  • Il est certain que c’est de la faute de la Droite qui fait le lit du FN (pour le PS)
  • Il est évident que c’est de la faute du PS qui nourrit la bête immonde (pour l’UMP)

En tout cas, il est clair pour les deux camps qu’en aucun cas le fait qu’ils aient tour à tour dirigé la France, assisté à la hausse du Front National qu’ils ont justifiée par les erreurs commises par l’autre parti, le tout sans jamais, ô grand jamais, se remettre en cause, n’a aucun rapport avec l’abstention et la montée concomitante du FN.

  • On conclura donc des quatre jours de débat (ci-joint un bon résumé de la teneur de ceux-ci) qu’en réalité ces deux phénomènes sus-mentionnés sont tout simplement apparus par génération spontanée, que personne n’en n’est responsable (sauf les anti-fascistes, si on en croit M. Copé), surtout pas les partis au gouvernement depuis plus de cinquante ans, et bien entendu, en aucun cas les politiques menées.
  • Par exemple, le fait qu’un ancien président de la République, issu du « parti des valeurs », soit soupçonné par la Justice d’avoir menti, détourné des fonds publics, d’avoir été financé par une ou plusieurs puissances étrangères très peu recommandables, corrompu un ou plusieurs hauts magistrats, tenté de se soustraire à des écoutes (dont il n’aurait d’ailleurs pas pu être informé par une voie légale), reçoive aussitôt et sous des prétextes plutôt douteux un soutien unanime et massif d’un parti qui se réclame pourtant du respect de l’ordre et de la justice chaque fois que ça l’arrange, n’a bien entendu aucun rapport dans le manque de confiance croissant d’une large partie de l’électorat envers les élites.
  • On peut probablement s’autoriser à penser qu’un croquant lambda, inculpé des mêmes charges, croupirait fort probablement une petite dizaine d’année derrière les barreaux. La moindre des choses, pour restaurer la confiance des Français dans leur classe politique, serait déjà de cesser le deux poids deux mesures en vigueur, et de faire connaître toute la rigueur de Thèmis aux délinquants qui hantent nos hautes sphères, sans préjudice de leurs amis hauts placés, de leurs privilèges douteux, ou de leurs protections
  • On peut toujours rêver.

Pour conclure, le FN est un triste épouvantail, un miroir-aux-alouettes agité pour détourner l’électeur de préoccupations quelques peu plus urgentes ; sa « progression », un trompe-l’oeil, tant que les résultats ne seront pas confirmés par le second tour des municipales.

Quand à la dangerosité du Front National, voyons la telle qu’elle est : le FN peut atteindre 29.9% au premier tour dans autant de villes qu’il veut ; s’il est battu au second, cela ne lui rapporte pas plus d’influence politique réelle que de beurre en broche.

Que l’extrême-droite s’empare à nouveau de quelques villes globalement insignifiantes (mes excuses à nos lecteurs d’Hénin-Beaumont, mais quand même) bien que charmantes. Qu’ils essayent à nouveau d’appliquer leur programme (sur lesquels ils ne sont jamais interrogés aux infos). On va rire.

La dernière fois, le FN a mis 20 ans pour s’en remettre.

Pour l’instant, il joue sur du velours : il envoie ses « énarques anti-système » (LOL) dénoncer le « système » en place en expliquant que c’est la faute des Roms, des zarabes, des homosessuels pédophiles, des mauvais Français, des Allemands, et des policiers municipaux qu’on autorise pas à porter des fusils d’assaut, et de la vidéo-surveillance protection que y en a pas assez, bref, il applique les vieilles lunes sécuritaires usées jusqu’à la corde de Manuel Valls la droite conservatrice. A quoi s’ajoute qu’il est le seul parti qui parle du peuple pour le peuple, et repompe tranquillement les programmes de la gauche, la cohérence intellectuelle et idéologique en moins.

Bref, la méthode traditionnelle de l’extrême-droite en temps de crise économique grave.

C’est déprimant comme l’histoire tourne en rond, non ?

Comme le FN est le seul parti qui ne gère rien et que tout le monde a oublié le bilan désastreux de son dernier passage aux affaires, c’est facile pour lui de se poser en recours. Cinq ou six ans de confrontation malheureuse à la réalité du pouvoir d’un maire d’une petite commune endettée sous le regard scrutateur de tous les médias de France et de Navarre. Cinq ou six ans pour découvrir tous les petits problèmes concrets de la vie d’un maire, avec des cadres mal formés, des équipes de bric et de broc, et une opposition prête à ne rien laisser passer. Cinq à six ans pour les scandales, les affaires, les erreurs de débutants, les détournements de fonds, les trahisons, les bavures. Les décisions annulées par le tribunal administratif du coin. ça va être que du bonheur.

Axel Devaux

  1. Paul Paul

    L »article a le mérite de nuancer le discours médiatique qui exagère l’importance du FN. Cependant, à force de vouloir réhabiliter certaines forces politiques laissées dans l’omnre ar les médias, ne penses-tu pas que tu leur donnes trop d’importance par rapport à leurs ressources politiques réelles ? La gauche du PS est-elle vraiment une menace pour le gouvernement ? Tu dis que « l’apparition d’un gros parti formé par le FdG-EELV serait pour lui une menace mortelle ». Déjà, le Front de gauche, traversé de tensions et de luttes internes, a du mal à maintenir son unité alors qu’il lutte pour sa survie. Ce n’est pas vraiment l’amour fou entre le PCF et Mélenchon. Quand bien même ce parti survivrait encore quelques élections, il faudrait qu’il fasse une alliance avec les écologistes, lesquels ont bien plus d’intérêt à conserver leur alliance avec le PS. Enfin, il faudrait que toutes ces forces politiques réussissent à dégager une plate-forme commune (un exploit), et un chef consensuel (un miracle). On peut le déplorer, mais, dans l’état actuel des choses, le PS n’a pas grand chose à craindre du FdG, et une alliance avec EELV n’est pas à l’ordre du jour.

  2. Axel Devaux Axel Devaux

    Tu as raison, bien sûr : dans l’état actuel des choses, le PS doit plus craindre les effets de l’abstention que le FDG et EELV, et je ne prétend pas le contraire.

    Cela étant, j’entendais souligner que si les problèmes que tu mentionne à raison – hormis pour le « chef consensuel », Hollande est très consensuel, et on voit le résultat – étaient résolus, ce qui est improbable mais pas impossible, un grand Front de Gauche allié à EELV serait objectivement dangereux pour le PS (simplement en aspirant ses électeurs qui ne se reconnaissent pas tous dans la ligne libérale adoptée, à tort ou à raison par le parti).

    Il est logique que le PS fasse son possible pour empêcher ça.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *