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Municipales (suite et fin) : le Retour du Remaniement

« Faut-il que tout change pour que rien ne change » ? La citation de Tancrède doit être dans tous les esprits au gouvernement, ces jours-ci. Les derniers résultats des municipales 2014 étant tombés, on est désormais en droit de proposer des conclusions définitives à la parenthèse électorale, avant de retourner au vif du sujet : Nicolas Sarkozy va-t-il comparaître un jour devant la justice pour les charges de corruption, trafic d’influence, entrave au bon fonctionnement de la justice, abus de bien public, etc., etc… ?

Comme pour l’article précédent, reprenons en réfléchissant un peu les conclusions de nos amis les journalistes, histoire de trier le bon grain et l’ivraie.

La gauche s’est mangé une claque (on vous l’avait bien dit, scrogneugneu).

Non. En perdant 155 villes au profit de l’UMP (mais pas que), le Parti Socialiste s’est mangé une claque – pas la Gauche. Rappelons qu’il est pour le moins abusif de considérer le PS représente à lui tout seul l’intégralité de la gauche, alors même que pour un certain nombre d’observateurs, le PS n’est même plus à gauche du tout.

Pendant ce temps-là, Europe-Ecologie-Les-Verts et le Front de Gauche ont plutôt bien tiré leur épingle du jeu, dans un contexte de très forte abstention (38% en moyenne), dont on peut supposer sans trop s’avancer qu’il s’agit très majoritairement des électeurs de gauche (plus ceux partis à la pêche).

Les électeurs de droite, eux, n’avaient aucune raison de ne pas aller voter.

  • La défaite du PS reste donc moins une victoire de l’UMP (qui ne fait pas des scores mirobolants, sauf là où il présente des repris de justice) que celle de l’abstention.
  • L’abstention de l’électorat de gauche, si vous suivez bien. A l’inverse, la droite a fait le plein de ses voix.
  • L’UMP devrait donc éviter de trop pavoiser : si par extraordinaire la gauche « socialiste » parvenaient à prouver à ses électeurs qu’elle est digne de leurs votes – on en prend pas le chemin -, les nouvelles conquêtes du parti de Jean-François Copé seraient rapidement oubliées.
  • On note par ailleurs que la stratégie d’alliance avec le PCF au premier tour choisie par le PS n’a pas suivi à inverser les résultats, en forte baisse quasiment partout.
  • De même, dans une immense majorité des cas (emblématiquement, Toulouse), lorsque le PS a choisi de ne pas s’allier avec la liste Front de Gauche, il a subi une défaite, ce qui le contraint régulièrement à avoir moins de conseillers municipaux qu’il n’aurait eu s’il avait choisi d’en laisser quelques uns à ses alliés. A l’inverse, lorsque le PS s’allie avec une liste Front de Gauche en due et bonne forme, comme à Avignon, il enregistre des victoires certaines. Ce qui laisse supposer une évidence : face à une aussi forte abstention au sein de son électorat, il n’est pas très habile politiquement parlant de perdre sciemment un électorat mobilisé : chaque % gagné compte. Par ailleurs, l’attitude très ambiguë, pour ne pas dire carrément douteuse, du PC durant cette élection risque sans doute de représenter une réelle menace pour la survie aux Européennes, et ultérieurement, du Front de Gauche.

MV

WTF Manuel ?

La seconde question qui vient donc tout de suite à l’esprit, c’est pourquoi ?

Si le remaniement était annoncé depuis que Jean-Marc Ayrault s’est installé à Matignon, et Manuel Valls prédit comme son remplaçant naturel avec constance depuis ce même jour, la décision de François Hollande parait difficilement compréhensible à défaut d’être surprenante.

A priori, si l’idée est de remotiver les troupes de la gauche abstentionniste, on voit mal dans ce rôle Manuel Valls, classé vraiment à la droite du PS, pressenti pour entrer comme traître candidat d’ouverture au sein du gouvernement Fillon I, partisan de l’abandon du terme « socialiste » dans l’intitulé du parti éponyme – enfin un point d’accord entre lui et Jean-Luc Mélenchon – et partisan d’une politique musclée (et inefficace) d’évacuation des Rroms. Manifestement, ça serait même plutôt l’inverse, augurant potentiellement d’une dangereuse dérouillée aux Européennes. Du coup, pourquoi diable François Hollande a-t-il fait ce choix ?

  • Est-ce pour rassurer l’électorat de droite ? Mais… euh, quel intérêt pour lui ? Le système d’opposition à la française étant plus que borné, on voit pas très bien les députés UMP se mettre à applaudir le nouveau premier ministre.
  • Parce qu’on lui a forcé la main ? Homme fort du gouvernement précédent, Manuel Valls est encore raisonnablement populaire dans les sondages, en dépit de quelques – gros – cafouillages (Leonarda, Supporteurs du PSG, Affaire Dieudonné). On peut même le dire charismatique, si on veut. En tout cas, on s’accorde à reconnaître en lui un bon communicant. A ce titre, il peut s’être servi de son influence pour s’imposer comme recours indispensable à Hollande – selon le Monde, Jean-Yves Le Drian, personnalité encore plus charismatique que Jean-Marc Ayrault si possible, aurait décliné le poste de Premier Ministre, ce qui laisse à penser que le Président aurait tenté de s’appuyer sur un autre épaule.
  • Pour flinguer proprement un concurrent politique potentiel. Ce n’est un secret pour personne ; Manuel Valls est ambitieux, très ambitieux : l’Elysée 2017, ça pourrait bien être lui. Un peu d’ambition, ce n’est pas mal, trop, ça devient vraiment vulgaire : quelques mois comme Premier Fusible devrait venir à bout de l’aura conférée par le passage place Beauvau et achever de lui rogner les ailes, pour peu que François Hollande joue bien sa partition. L’histoire de la Vème République ne fait pas vraiment la part belle aux Premiers Ministres…

Un Gouvernement de combat?

Euh, c’est-à-dire, le gouvernement d’avant, c’était quoi au juste ? Un gouvernement de hippies ? En 2013, en tout cas, c’était un gouvernement de… Ah bah, tiens.

D’ailleurs, ce n’est pas tout neuf.

Quant au gouvernement resserré, novateur et enthousiasmant… Non rien.

Par ailleurs, si on veut bien considérer les ministres appelés au gouvernement, il va être difficile de prétendre à un « renouvellement » de fond en comble : une moyenne d’âge supérieure à 60 ans, sept « nouveaux » ministres qui se contentent de switcher de ministère et huit autres qui gardent le leur. Sans compter la kyrielle de nouveaux secrétaires d’état qu’on nous garde sous le coude.

  • En réalité, sur les quinze portefeuilles, Ségolène Royal à l’écologitude et François Rebsamen, Sénateur-Maire de Dijon, éternel grand perdant à loterie place Beauvau (au Travail) sont les deux seules « prises » d’un nouveau gouvernement qui pour l’heure se distingue plus pour sa capacité à faire le vide dans ses rangs qu’à faire souffler un vent nouveau. Pour l’instant, cependant, on ne connaît ni le nombre ni le nom des Secrétaires d’États qui vont grossir les rangs du « gouvernement resserré » – mais les infos qui filtrent laissent à penser qu’en réalité, beaucoup de ministres vont rester en place avec seulement un petit tour de passe-passe statutaire, devenant secrétaires d’état (il semble que ce soit notamment le cas de Fleur Pellerin au Numérique et de Mme. Fioraso au MESR).
  • Cela étant, si Ségolène Royal revient à ses premières amours ministérielles, elle qui fut ministre de l’écologie sous Bérégovoy (1992-1993, ça ne nous rajeunit pas), il semble très peu probable qu’elle se cantonne à la fameuse ligne du « Che » : « un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », surtout sous la supervision de son ancien porte-parole en 2007. Il serait amusant que l’écologie ne dispose d’une vraie tribune médiatique au sein du gouvernement qu’après le départ d’EELV – en dépit de l’élégance de leur sortie, on ne peut pas dire que Pascal Canfin ni Cécile Duflot ne se soient particulièrement distingués durant leurs deux années de purgatoire.
  • Au registre des surprises , Bernard Cazeneuve – sérieusement, Bernard Cazeneuve ! Un type si technocrate qu’on lui avait donné les relations européennes à la base… – à l’Intérieur est le signe que probablement d’une part que le Président et son nouveau Premier Ministre n’ont pas vraiment réussi à s’entendre sur le candidat idéal, et d’autre part, que ça s’explique aisément parce que Valls entend bien garder solidement la main sur la Place, et ne pas laisser Rebsamen, proche de Hollande, lui piquer ce siège hautement symbolique. L’accommodant Cazeneuve fera donc le job.
  • Arnaud Montebourg à la tête de Bercy. En soi, ça ressemble à une grosse nomination assurée à « la gauche du PS » – Manuel, gardez-vous à gauche, Manuel, gardez-vous à droite – d’un des meilleurs ennemis du Premier Ministre à la tête du plus important des ministères. En réalité, en contrepartie de la grosse montée en puissance de Montebourg, qui se débarrasse au passage de son ministère du redressement productif et sa Némésis, Pierre Moscovici, placardisé à Bruxelles, il n’a certainement pas la bride au cou : Michel Sapin, à la tête du Budget, tiendra les cordons de la bourse. Cadeau empoisonné donc, puisqu’ Arnaud risque d’avoir du mal à tenir les derniers espaces d’alter-mondialisme et d’alter-européeisme dont il pouvait se targuer, s’il doit prendre à son compte, entre autre, les diverses subventions de 50 milliards d’euros accordées aux malheureux patrons qui souffrent durement de la crise et des taxations de la, je cite, « dictature socialiste ».
  • Benoît Hamon : le plus remarquable, c’est que le ministère de l’éducation Nationale est rejoint par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Ce qui est de toute façon le cas, que les cabinets politiques soient disjoints ou non. Donc en fait, il ne se passe rien. En plus, on a appris que Geneviève Fioraso, autrefois ministre, reste à Descartes comme secrétaire d’état… à l’enseignement supérieur et à la recherche. Ok. François Peillon a déjà fait tout le boulot de la réforme des horaires, ce qui devrait laisser à Benoît tout le reste, c’est-à-dire la signature en bas des décrets d’application et les circulaires. Ah, et puis calmer ses amis de la « gauche du PS » au cas où ils voudraient faire leurs chochottes et se faire prier pour voter la confiance.
  • Conclusion, les changements sont cosmétiques, essentiellement des changements de com’, mâtinés d’un peu de politique solférinienne, du genre à faire passer Games of Thrones pour un livre d’enfant. Si la tendance se maintient, le parti au pouvoir se prépare une sacrée désillusion aux Européennes de mai.

Et le reste ?

EELV

Concernant Europe-Ecologie-Les-Verts, la démission de leurs deux ministres n’est pas passée inaperçue. Le refus d’un « gros ministère » soi-disant proposé à Cécile Duflot (selon Pascal Canfin, sur France Inter) par Manuel Valls n’a d’ailleurs pas été du goût de tout le monde.

Selon des informations dignes de foi, Jean-Vincent Placé aurait pris feu spontanément fait part assez vivement de son désaccord au moment du vote « non » du conseil fédéral d’EELV, et divers élus et députés EELV ont fait part de leur incompréhension.

A priori, les deux ans de participation d’EELV au gouvernement socialiste a surtout servi à démontrer le peu de cas que François Hollande accorde à l’écologie (gaz de schiste, centrales nucléaires, grands travaux, « ayrault-port », antennes relais, etc.) et à faire avaler des couleuvres aux Verts par paquet de douze. L’arrivée d’un « grand ministère » après tout ça arrive quelque peu comme un cheveu sur la soupe…

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Concernant le Front de Gauche, qui obtient 2,761 conseillers municipaux (contre 100 tout rond pour l’extrême-droite, FN inclus), les scores sont plutôt corrects, mais l’échéance réelle, les Européennes, devraient primer sur les querelles d’appareil sous peine de voir disparaître à nouveau un espace politique audible à la gauche du PS.

 Axel Devaux

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