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L’Assemblée nationale des étudiants au palais Bourbon

5h30, le réveil était dur, très dur. Pourtant, nombreux sont ceux qui ont répondu à l’inédite proposition de l’Arène de l’IEP de délocaliser l’Assemblée nationale des étudiants vers le palais Bourbon ; et la journée en a vraiment valu la peine. 

Les organisateurs de l'Arène et M. Pierre Mathiot, très branché, salle Colbert
Les organisateurs de l’Arène et M. Pierre Mathiot, très branché, salle Colbert

C’est au bout de près de quatre — longues — heures que le Sacré Cœur apparaît devant les trois bus bien remplis de l’Arène ; puis c’est au tour des Invalides, et enfin nous voilà, 175 gaillards endimanchés à moitié endormis, s’agroupant autour des colonnes du palais Bourbon.

Il faut avouer que la journée a commencé dans une légère panique : malgré l’organisation des membres de l’Arène qui ne cessaient de courir d’un bout à l’autre du hall d’entrée, et le fait que l’évènement était prévu depuis un certain temps, ceux qui nous ont accueillis au palais Bourbon n’avaient pas l’air d’avoir vraiment préparé notre arrivée, ni, pour parler franchement, d’être très contents de nous voir. On nous distribue des badges, mais finalement non, puis on nous en distribue d’autres en appelant chacun des 175 participants nom par nom … Alors que nous étions déjà arrivés avec 10 minutes de retard, vers 11h10 — en partant à 7h15, oui, Paris restera toujours Paris—, cela a retardé la rencontre prévue entre les groupes étudiants et des députés de ces mêmes groupes. Le groupe Rassemblement Centriste, rentré en dernier dans le hall d’entrée, n’a ainsi pas eu le temps de rencontrer les députés, puisque nous devions être au restaurant de l’Assemblée nationale à 12h05.

Ainsi, nous trépignions dans le hall depuis près de vingt minutes, consultant fébrilement les résultats du fameux remaniement, lorsque la situation se débloque progressivement. J’ai eu de la chance en emboîtant les pas du groupe GDR — Gauche Démocrate et Républicaine — puisque le groupe a pu, lui, rencontrer un député, en la personne de Marc Dolez, député GDR de la 17ème circonscription du Nord. La réunion est très formelle : moi qui comptait me balader d’une salle à l’autre pour voir comment la rencontre se passait pour chaque groupe, je suis finalement restée bien sagement à ma place au vu du silence intimidé et respectueux qui régnait dans la salle. M. Dolez répond aux questions des étudiants, présente succinctement les travaux de l’Assemblée et le fonctionnement au sein du groupe GDR, lançant au passage une petite pique contre les groupes qui, selon lui, feraient de la « politique politicienne » ; il encourage finalement les étudiants à « bien défendre leurs amendements », « pour qu’on soit fiers de vous ». Dans les autres groupes, comme le groupe UMP, la rencontre a apparemment aussi pris la forme de questions-réponses, plus axées sur le thème de la révolution fiscale, autour du député Hervé Mariton, Député-maire de Crest (qui en a au passage profité pour leur distribuer un petit tract pour son mouvement politique, « Droit au cœur »).

Malheureusement, les rencontres ont du être écourtées, puisque nous devions nous rendre au restaurant de l’Assemblée sur les coups de 12h05. Perchés au 7e étage d’un immeuble de la rue, nous découvrons alors un self version amélioré rue de l’Université avec vue imprenable sur les Invalides et la butte Montmartre ; autant vous dire que manger de l’aile de raie au soleil face au Sacré-Cœur, ça le fait. En fait, il s’avère que nous avons eu de la chance : nous étions en fait répartis entre deux selfs dans deux bâtiments différents, et lorsque nous nous sommes retrouvés place du palais Bourbon, certains se sont offusqués de l’infâme injustice d’avoir, eux, déjeuné dans une salle sans baie vitrée.

Nous voilà donc, repus et motivés, à nouveau en train d’arpenter le dédale de couloirs de l’Assemblée pour s’installer aux alentours de 13h40 dans la salle Colbert : située au premier étage du palais Bourbon, cette salle est affectée au groupe politique le plus important en nombre de l’Assemblée (donc, « pour l’instant », comme le précise avec un sourire le député Durand, à l’usage des députés PS).

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Après le discours du président de l’Arène, qui enjoint les participants à « faire vivre le débat, et faire battre encore plus fort le cœur de notre démocratie », nous écoutons celui de Bernard Roman, premier questeur de l’Assemblée nationale (chargé de l’administration de l’Assemblée nationale), qui rappelle à chacun l’intensité historique du lieu qui les accueille, déjà palpable grâce à la présence derrière lui d’un imposant tableau représentant Jean Jaurès à la tribune face à Georges Clemenceau ; je perds un peu le fil, toute étonnée par l’idée qu’un Blum s’est peut-être assis exactement à la même place que moi. Puis c’est donc au tour d’Yves Durand, député PS de la 11e circonscription du Nord, de nous rappeler que, malgré les attaques de plus en plus fréquentes contre la « démocrassouille », c’est par la vigueur des débats au sein du Parlement que la démocratie se fait et vit au jour le jour et que c’est cette liberté de parole qui est, par dessus tout, précieuse. La salle est alors chauffée (au sens littéral comme au figuré, d’ailleurs), et nous sommes prêts à entrer dans le vif du sujet.

La proposition de loi étant formulée cette fois-ci par le Rassemblement centriste, c’est donc lui qui ouvre la séance pour présenter ses propositions afin d’opérer une révolution fiscale en France, thème plus que brûlant proposé par le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone lui-même. Puis le GDR appelle, dans une de ses performances orales les plus remarquables de la séance, à la justice sociale et à la « décence ». L’UMP dénonce le « clientélisme politique » et une « pénalisation de la réussite ». Le SRC (groupe Socialiste Républicain et Citoyen) tacle l’UMP sur le bien trop connu « travailler plus pour gagner plus », et ce dernier répond en critiquant la « démagogie » — mot largement utilisé par l’ensemble des groupes ­— des groupes de gauche.

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Les membres de l’UMP se parlent à voix haute, le GDR gronde ; on sent que de part et d’autre de l’hémicycle — et à vrai dire surtout entre le côté tout à fait à droite et le côté tout à fait à gauche — les esprits s’échauffent. EE-LV appelle l’UMP à ne pas prôner à nouveau une réforme fiscale qui n’a fait que montrer ses failles en permettant une augmentation non négligeable des revenus des grands patrons, sans pour autant avoir amélioré l’emploi. L’UMP et le Rassemblement centriste, d’ailleurs assez proches sur ce thème de la révolution fiscale, dénoncent un « matraquage » de « ceux qui réussissent » et qui « créent des emplois », accusant la gauche de faire le jeu du FN en ne faisant rien pour relancer une logique d’embauche en France. L’UMP s’agite, hue, se fait rappeler à l’ordre par le président de l’Arène qui explique que le prochain groupe qui s’agite ainsi se verra infliger un rappel au règlement ; mais c’est finalement le GDR qui en fait les frais.

Et si depuis le début de la séance chaque groupe semblait camper sur ses positions pour prendre le temps d’exposer clairement ses objectifs, peu à peu, des alliances entre groupes naissent. Ainsi, le groupe EE-LV, qui avait déjà rédigé un amendement avec le SRC  rappelle que lorsque des efforts sont faits, le compromis est tout à fait possible, et se rallie à un amendement proposé par le SRC (article 2) ; puis le SRC demande l’accord d’EE-LV pour fusionner un de leur amendement avec celui de l’autre groupe. La preuve en est un discours d’EE-LV, qui reçoit un tonnerre d’applaudissements de tous côtés de l’hémicycle en appelant à « dépasser les clivages partisans » et à un « compromis » sur les questions d’un système fiscal allant dans le sens d’une économie plus durable, ces questions étant trop urgentes pour être paralysées par des divisions politiques.

Pendant ce temps, l’UMP reste relativement isolé et peine à établir des compromis et alliances, malgré une part non-négligeable du Rassemblement Centriste qui semble se tourner vers lui ; il s’exerce donc à l’art oratoire, à travers de belles trouvailles comme une « pérennité à pérenniser » ou un « tissus à tisser ». Mais il cloue le bec, il faut bien le dire, au GDR en expliquant à l’Assemblée que l’amendement proposé par le groupe n’est qu’un copié-collé de la page Wikipédia de l’économiste Frédéric Lordon. En revanche, le groupe se fait huer sur son recours aux municipales pour affaiblir la gauche, qui lui rappelle que cela n’a rien à faire dans ce débat ; et l’UMP de dénoncer alors une « alliance bien pensante » liguée contre lui.

Puis le Rassemblement Centriste provoque une sacrée polémique en demandant au président de l’Assemblée des étudiants un « vote bloqué », possibilité inscrite dans le règlement de l’Arène de passer un article (une seule et unique fois) sans soumettre cet article au vote. Visiblement, cette possibilité n’avait pas été établie avec clarté, puisque les étudiants huent et reviennent sur cette décision pendant plusieurs minutes après que l’incident soit clos : EE-LV gagne ainsi un rappel au règlement. Après cet événement, les interventions tendent à se raccourcir : la fatigue commence à se faire sentir.

Enfin arrive l’heure du vote final : la proposition amendée est adoptée par l’hémicycle, à l’exception de l’UMP et d’une partie des centristes, tout juste à temps pour attendre l’arrivée du président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone. Ce dernier conclut la session sous un silence respectueux en exprimant sa volonté d’ouvrir l’Assemblée à ce genre d’initiative pour plus de transparence du processus décisionnel français, en faisant référence au fort taux d’abstention des municipales chez les 18-24 ans (autour de 57%), et d’améliorer l’image du Parlement pour les Français contre les récurrentes théories du déclin et du « French bashing », en insistant sur le fait que la démocratie française jouit d’un grand prestige à l’international.

M. Pierre Mathiot, M. Bernard Roman, premier questeur de l'Assemblée nationale, M. Claude Bartolone, président de l'Assemblée nationale, et les organisateurs de l'Arène
M. Pierre Mathiot, M. Bernard Roman, premier questeur de l’Assemblée nationale, M. Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, et les organisateurs de l’Arène

La journée se clôt après une rapide visite de l’hémicycle et une photo de groupe sur les marches de l’Assemblée. Pour conclure, je dirais que toute la journée, les divers acteurs de l’Assemblée que les étudiants ont pu rencontrer les ont enjoints à faire vivre la démocratie par un débat vif, un débat libre, un débat de convictions ; Claude Bartolone conclut ainsi que « la démocratie s’apprend et se cultive », qu’elle « s’entretient » au quotidien. Et d’après ce que j’ai vu, malgré quelques rappels à l’ordre et parfois d’importantes divergences politiques, ces objectifs ont bien été atteints.

Elisa Sombart

Crédit photo : Anissa Benaissa

  1. Delille Delille

    l’arrière grand-Père de Benjamin a siégé fin XIX éme comme débuté de la Sarthe , bravo pour l’Arène poursuivez

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