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En grande pompe – Le retour de Saint-Nicolas

Si la Saint-Nicolas n’est que dans deux mois et demi, le retour sur la scène politique de Nicolas Sarkozy sonne auprès des sympathisants de l’UMP comme un avant-goût de fêtes de fin d’année. Ce retour, amorcé face à la mèche de Laurent Delahousse sur le plateau de France 2, s’est concrétisé le 25 septembre dernier par un meeting à Lambersart dans une salle Pierre de Coubertin comble (de bonheur).

S’il a perdu une élection présidentielle, Nicolas Sarkozy n’a définitivement rien laissé d’autre derrière lui le 6 mai 2012 : une aura, une présence, une éloquence et surtout une popularité (presque) intactes qui ont réuni plus de quatre-mille personnes pour le meeting de retour de l’ancien président, dans le fin fond de notre 59. Si les plus chanceux ont réussi à se frayer un chemin dans la foule jusqu’à l’intérieur d’un gymnase plein à craquer, d’autres n’ont pas hésité à camper aux abords de la salle Pierre de Coubertin pour saluer le retour de leur prophète, qu’ils n’ont pu apercevoir qu’au travers d’un écran géant. D’ailleurs, si l’on prête au Baron l’adage le plus célèbre du mauvais perdant (« l’important, c’est de participer »), le lieu du meeting ne sonnait en rien comme une coïncidence : Nicolas Sarkozy a décidé de revenir d’entre les morts pour sauver la France. Et ce n’est certainement pas pour faire de la figuration.

Primaires et illusions 

Soyons francs : Nicolas Sarkozy revient pour tout rafler sur son passage. Une ambition clairement affichée par la date très avancée de ce retour. En effectuant son tonitruant come-back à désormais mi-mandat, au moment où François Hollande est au plus mal dans les sondages d’opinion, Nicolas Sarkozy se pose comme la première alternative au Parti Socialiste. En revenant aussi tôt sur la scène politique, après deux ans et demi de repos, l’ancien chef de l’État affiche le même objectif qu’en 2012 et un crédo mi-sage, mi-footballeur attardé : l’important, c’est les trois points. Le meeting avait d’ailleurs, en tribunes, des allures de Parc des Princes un soir de grand match : une ambiance euphorique mais feutrée et surtout trop peu de gens pour donner de la voix plus de trente secondes. Si les Marseillaises et les « Nicolas, Nicolas, Nicolas » ont résonné dans la bouche des jeunes sarkozystes, la vieille garde s’est contentée d’applaudissements maîtrisés et de complaintes ponctuelles sur la température de la salle. C’est vrai, il faisait un peu chaud.

La fatigue et la chaleur sont très vite oubliées quand Nicolas Sarkozy fait son entrée. Les mains s’entrechoquent, les cris de soutien se font entendre, brefs mais intenses. Le bonhomme a la popularité d’un Zlatan Ibrahimovic mais la taille de Mathieu Valbuena (promis, j’arrête là avec les références footballistiques). Un hommage à Hervé Gourdel ouvre son discours, qui balayera pendant une petite heure le pourquoi du comment de son retour : grosso modo, pour sortir la France de la grosso merdo. Son plan, Nicolas Sarkozy a tenu à le rappeler, ne connaîtra pas d’application concrète avant les primaires de l’UMP. Non, Nicolas Sarkozy ne revient pas en terrain conquis… ou presque. Parce qu’entre nous, avec toute la bonne volonté du monde, on ne voit pas bien comment la tête du parti pourrait échapper au seul homme qui a été capable de le tenir (de mémoire d’électeur). Et tout laissait à penser qu’il ne voyait pas ces primaires lui échapper.

« Nous nous attendions au pire, au moins de ce point de vue nous n’avons pas été déçus ».

Avec le bordel à la tête du parti depuis son départ et l’excitation provoquée par son retour, la seule personne qui pourrait faire de l’ombre à Nicolas Sarkozy, finalement, n’est autre que lui-même. Alain Juppé est certes un candidat sérieux, mais fait-il le poids face à un ancien président de la République ? Nicolas Sarkozy a, de toute façon, déjà échafaudé le plan de sa nouvelle UMP. Il l’a dit sur le plateau de France 2, il l’a répété à Lambersart : plus question de faire cavalier seul. Pour son grand retour, il aura besoin de ses plus proches et plus fidèles collaborateurs pour l’épauler. Sarko en pointe, Fillon et Juppé sur les ailes (je sais, j’avais promis…), et un judicieux mélange de nouvelles têtes et de vieux de la vieille pour backer tout ça. Que des numéros 10 dans sa team.

Offensif, Nicolas Sarkozy l’a également été à l’égard du gouvernement en place. Finis les mots doux et l’indifférence affichée face à Laurent Delahousse et les millions de téléspectateurs. Face à un public acquis à sa cause et une audience télévisuelle réduite, il s’est lâché. François Hollande, le « président normal », l’affaire Gayet, Manuel Valls, la politique européenne, les chiffres du chômage, la gauche plurielle (ou, selon lui, « la gauche plus rien ») : tous en ont pris pour leur grade. Cerise sur le gâteau, Nicolas Sarkozy s’offre même une punchline façon Rap Contenders : « Nous nous attendions au pire, au moins de ce point de vue nous n’avons pas été déçus ». Ramasse tes dents. Une fois les comptes réglés, focus sur son programme. Nicolas Sarkozy a parlé croissance, travail, mérite, Europe, des sujets épineux sur lequel l’ancien chef de l’État a été on ne peut plus ferme : si l’on veut se redresser, il faut copier sur les voisins. L’Allemagne, les États-Unis, il a notamment pris l’exemple de l’exploitation du gaz de schiste – qui, croyez le ou non, a été évoqué quelques secondes après un chapitre sur le développement des énergies vertes et la protection de l’environnement. Peu crédible. Nicolas Sarkozy a également consacré une large partie de son discours aux familles et à leur traitement lors de l’épisode du « mariage pour tous ». On se demande encore s’il est pour ou contre, d’ailleurs.

Saint Nicolas de la communication

J’ai quitté les lieux avant le rush de la fin et la foule piétinante, mais en substance, j’avais déjà tout à tirer de ce retour en grandes pompes (à talonnettes) de Nicolas Sarkozy. Un homme nouveau ? Il l’est certainement par rapport à 2012. L’évolution de la situation politique a logiquement entraîné une évolution, certes légère, dans ses idées. On a retrouvé à Lambersart un Nicolas Sarkozy requinqué par deux ans et demi d’inactivité. Tout simplement remis de cinq ans de présidence. Mais une chose n’a pas changé, Nicolas Sarkozy est resté un maître de la communication, capable de noyer ses vrais messages dans de grandes envolées lyriques, de se dire modestement de retour et candidat aux primaires tout en se présentant comme un sauveur en vue de 2017 (« je ne pouvais pas vous abandonner »).

Bref, après avoir connu son moment de gloire à la tête de la communauté de l’anneau et subi l’échec des deux tours, voici venu le retour du roi. Et comme toute fin de trilogie, on a hâte de connaître le dénouement… Reste à savoir si l’épilogue sera heureux ou si l’opinion publique le proclamera seigneur des âneries.

L’intégralité du meeting

http://www.youtube.com/watch?v=KoiEtksgfVw

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