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Mommy : Sublime équilibre entre intensité, intelligence et beauté

Le 8 octobre, Xavier Dolan, jeune prodige du cinéma francophone offrait au public français une nouvelle et cinquième production attendue avec impatience : “Mommy”. Rédactrice à La Manufacture, palienne et grande amatrice de cinéma, voici mon témoignage.

Tout juste à l’heure, je me faufile dans le noir entre les fauteuils occupés jusqu’à trouver enfin une place disponible. Après des mois d’attente, des dizaines d’articles et d’interviews parcourus, me voici enfin devant l’une des œuvres cinématographiques les plus attendues de l’année, prix du Jury au Festival de Cannes : “Mommy”.

Dès les premiers instants, l’univers de Xavier Dolan prend place à travers d’hypnotiques plans de la majestueuse Anne Dorval, actrice fétiche du cinéaste québécois. Elle incarne « Die » (Diane Després), une quadragénaire un peu “kitch” qui enchaîne les petits boulots. Indépendante et fière, elle est prête à tout pour son fils Steve. Ce dernier, magistralement incarné par Antoine-Olivier Pilon est un hyperactif souffrant de troubles sévères du comportement qui se sont accentués à la mort de son père. Malgré une joie de vivre impressionnante et un amour débordant pour sa mère, il ne sait pas se contrôler. Parfois violent au point que plus aucun pensionnat ne veut de lui, « Die » le récupère. L’histoire s’installe. La magie opère déjà.

Crédits : Alex Marouzé
Crédits : Alex Marouzé

Récit de vies écorchées

“Mommy” est avant tout l’histoire de personnes qui ont été blessées, meurtries et qui tentent de tenir, de continuer, qui essayent. Encore. Il n’y a plus que l’espoir et l’amour qui les aident. Xavier Dolan n’exhibe ni leurs faiblesses, ni leur souffrance, il montre à quel point ces personnes sont fortes et dignes. Il souligne cette incroyable capacité qu’elles ont à se relever.

La nouvelle voisine de Die est une de ces personnes. Incarnée par la talentueuse Suzanne Clément, Kyla reste cloîtrée chez elle, presque incapable d’adresser la parole à quelqu’un. Sa rencontre avec Die et Steve va bouleverser sa vie.

Peu à peu ce trio bancal séduit. Un équilibre s’installe, les choses vont mieux, le quotidien s’adoucit, la colère se dissipe. La vie continue tant bien que mal. Steve reste impulsif et violent mais l’amour démesuré qu’il porte à sa mère (amour profondément réciproque) et la présence de Kyla l’aident à se contenir. A partir de là et jusqu’au bout, on se demande si cet amour peut le sauver, s’il est suffisant…

Absolument Dolan

Au cours du film, on passe d’une émotion à une autre rapidement et facilement, larmes et éclats de rires sont au rendez-vous. La bande originale, très inspirée par les années 1990, est parfaitement choisie : éclectique pour notre plus grand plaisir. Oasis, Céline Dion en passant par Dido et Ludovico Einaudi… Dolan comme on le connaît. Les plans sont quant à eux, et comme toujours, parfaitement calibrés. Les amateurs du jeune réalisateur seront heureux de retrouver ses ralentis en gros plan qui dégagent une beauté suprême.

Tout n’est qu’intensité. C’est un chef-d’œuvre. Ce film propose, au travers d’une histoire touchante, une réflexion profonde sur un sujet de société peu évoqué, sur les choix qui nous sont offerts, sur notre capacité à garder espoir lorsque le pire arrive, par la simple force que l’amour délivre.

Xavier Dolan, ici encore, réitère son attachement à la relation mère-enfant (référence déjà présente dans “J’ai tué ma mère”) et à sa puissance. A son authenticité. A sa pureté.

Bouche bée

C’est une « renaissance ». J’ai à peine senti les deux heures (et 18 minutes) passer. Je me suis oubliée, j’ai vécu ce film, cette histoire, cette réalité. Après un final époustouflant, la salle entière est restée immobile et silencieuse jusqu’à la fin du générique, pas encore prête à se remettre de ce choc, pas encore prête à quitter cette merveille.

J’attendais ce film avec impatience et je n’ai pas été déçue. Je pense qu’il existe peu d’œuvres culturelles qui peuvent faire cet effet, l’effet d’un réveil, qui peuvent exprimer avec autant de facilité des émotions si complexes, qui peuvent sublimer avec autant de beauté ce monde souvent absurde. “Mommy” est un film accessible à tous et qui concerne tout le monde. Chacun, à son échelle, lutte contre ses propres démons. Plus que tout, “Mommy” rassemble.

Le mot de la fin ? Le seul mot qui m’est venu à l’esprit en sortant de la salle, c’est Merci. Merci à Xavier Dolan pour cette merveille. Merci à toute cette incroyable équipe pour toutes ces émotions. Merci pour cet instant de beauté et de sincérité. Merci pour cette renaissance.

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