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Franz-Olivier Giesbert : « La France est un pays de culs cousus »

Mardi 14 octobre 2014, 20h40. Dans un taxi lillois, Franz-Olivier Giesbert, chapeau Stetson vissé sur la tête, s’apprête à prendre le train pour Paris. Peu de temps avant, il était l’invité de L’Arène de l’IEP pour sa conférence de rentrée. Avant de prendre le départ, interview pour La Manufacture oblige et en guise d’avant-goût le récap’ de la conférence. 

On connaît Franz-Olivier Giesbert, dit F.O.G, pour son sens de la transgression, son impertinence et son goût pour la polémique. Sa venue à Sciences Po Lille n’a pas détonné avec le personnage. Il a accueilli les élèves avec un « on m’a dit que c’était très à gauche ici ». C’est donc tout naturellement qu’il a insisté sur son côté défenseur du libéralisme. Prêt à riposter à n’importe quelle tentative d’attaque de la part de l’audience, il n’a pas hésité à montrer les crocs à base de « vous ne connaissez pas votre sujet » ou encore « vous n’avez rien compris ». F.O.G n’est pas un tendre. F.O.G est un personnage. « Il y a des bons et des méchants, moi j’aime bien qu’on me déteste » a t-il déclaré. Et d’ajouter en guise d’autoportrait : « je suis devenu journaliste par hasard (…) je voulais être écrivain, je voulais être Victor Hugo ou rien, voilà, je suis Giesbert ».

Quand F.O.G ne parle pas de lui, il parle de journalisme, ce métier qui rime avec « rigueur », « humilité » et « indépendance ». Rigueur parce qu’à la moindre erreur on risque la porte. Humilité parce qu’il n’y a rien de plus éphémère qu’un papier. Ce qui ne l’a pas empêché de crier haut et fort : « moi je suis différent ». Indépendance enfin car il faut résister à la pression de la pub et des partis politiques. Et la remarque en privé de Jean-François Copé après son passage dans l’émission « Des Paroles et Des actes », « quand je pense que je t’ai invité à manger », est rapidement expédiée : « il m’a invité à déjeuner le jour même de l’émission, mais je m’en fous, sur le plateau quelques heures après j’étais une bête féroce » (la vidéo ici).

D’après lui, si dans la presse la loi du marché prime, le lecteur reste l’unique « patron ». C’est donc sans retenue qu’il a encensé l’audience. Et qui dit audience dit clash, dit buzz, dit F.O.G. Toujours dans la même veine, questionné sur la « Une » choc du Point, « Cet Islam sans gêne », alors qu’il était encore à la direction, il a répondu avec ferveur : « la France est un pays de culs cousus, on est couché, on n’ose pas dire les choses. Moi je m’en fous, je suis un chien de chasse, ce n’est pas de l’anticléricalisme, c’est du laïcisme ».

Après le récap’…L’interview 

Franz-Olivier Giesbert, invité par L’Arène de l’IEP à Sciences Po Lille le mardi 14 octobre 2014

Dans votre éditorial du jeudi 9 octobre, (version abonnés) « Le communisme mou », vous faites un constat morose de l’état de la France et comparez notre pays à une « démocratie populaire améliorée » dont les « symptômes rappellent à certains égards ceux des pays de l’Est ». En revanche, lors de la conférence vous avez fait preuve d’un certain optimiste. Alors, pourfendeur de la thèse du déclin français ou non ?

Je suis de nature optimiste, le déclin n’est pas inéluctable. En revanche, il y a un tas de raisons de s’inquiéter. Sur le plan des chiffres, il n’y a pas de croissance. Quand on me dit que la France est un pays libéral, il faudrait m’expliquer… Les dépenses publiques représentent tout de même 57 % du PIB, c’est énorme ! Le budget qui y est alloué est le premier, devant celui de l’Education Nationale.

Je suis partisan de la réduction des dépenses publiques et des impôts, cela ferait repartir la croissance et créerait des emplois. En Allemagne, la situation économique il y a dix ans était atroce. Aujourd’hui c’est reparti de plus belle. Pareil au Canada et en Suède, des pays qui s’en sont d’ailleurs sortis sans mesures trop violentes.

Dans mon éditorial, je parle de « syndrome albanais ». Il s’agit du conservatisme de droite comme de gauche et de l’atmosphère protectionniste. L’enfermement derrière les frontières va nous crever.

L’impertinence c’est votre domaine, mais pensez-vous réellement qu’un bon journaliste politique doit avoir un faible pour la transgression ? 

Non, c’est juste dans ma nature de faire des piques. Je connais de grands journalistes qui sont très sérieux, en réalité c’est une question de personnalité. Pour moi, la seule chose fondamentale c’est l’indépendance. Je ne parade pas, je suis imprévisible. Nous ne sommes pas là pour défendre un parti ou un autre, nous faisons seulement notre travail.

Vous avez déjà, il y a plusieurs années, invité Alain Soral dans une de vos émissions. Seriez-vous prêts à l’accueillir à nouveau dans Les Grandes Questions et pour quelles raisons ? Quelle place accordez-vous à la censure dans une démocratie ?

Je me suis toujours battu pour la liberté d’expression. J’ai invité des personnes qu’il ne fallait pas inviter, comme Tariq Ramadan, que j’ai accueilli plusieurs fois sur mes plateaux télévisés. Pour ce qui est d’Alain Soral, objectivement, aujourd’hui je ne l’inviterais pas. C’est plus de l’autocensure que de la censure. Nous ne pouvons pas tout nous autoriser, ce n’est pas utile, surtout si cela a pour unique but la provocation.

A partir de quel moment pensez vous que les connivences entre politique et journalisme deviennent un danger pour la liberté de la presse ? Comment définir la limite ?

Nous avons les moyens de tout faire mais nous devons nous battre en permanence. Certains décident de courber l’échine, on peut le faire si on le veut. Il ne faut cependant pas oublier que pour bien faire notre métier, il faut avoir des règles et selon moi il ne faut pas dépasser certaines limites. D’un côté comme de l’autre. Par exemple une grande journaliste en couple avec un ministre, pour moi c’est l’apothéose de ce que Raymond Barre qualifiait le ‘microcosme’.

Durant la conférence, vous avez parlé de la paupérisation de la presse mise en parallèle avec sa féminisation. Qu’est ce que vous entendiez par là ?

C’était une provocation, une boutade ! Plus objectivement le métier de journaliste devient de plus en plus dur. La réalité, c’est que beaucoup de journaux luttent pour leur vie. La féminisation est une bonne chose, mais elle est reléguée au second plan. Ce n’est pas considéré comme la question fondamentale. C’est frustrant mais de nos jours, on ne pense plus qu’à faire vivre un journal…

Un mot sur votre nouveau livre « L’animal est une personne, pour nos sœurs et frères les bêtes », comment expliquer ce grand écart avec vos ouvrages précédents ? 

C’est un cri d’amour pour les animaux. A la base c’était une idée de ma femme. Avec les animaux c’est vraiment une passion, une histoire. Je me suis découvert une empathie pour les animaux, une empathie pour les singes. Parallèlement, on fait de plus en plus de découvertes, sur la conscience des cochons par exemple. A vrai dire, je ne m’attendais pas à un tel succès et puis j’aime bien changer de genre. Je ne veux pas toujours faire le même livre. Roman policier, biographie politique… J’ai écrit toutes sortes de choses.

Propos recueillis par Maryam EL HAMOUCHI et récap’ par Laura LAVENNE

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