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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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LOSC : putain, 70 ans !

En 2009, l’Olympique de Marseille célébrait ses 110 ans. L’année suivante, le Paris Saint-Germain fêtait ses 40 piges. En 2011 ce sont les Girondins de Bordeaux et le Stade Rennais qui contemplaient respectivement 130 et 110 années d’histoire footballistique tandis que ces deux dernières années, l’En Avant de Guingamp a célébré son centenaire et l’AS Saint-Étienne est rentré dans le club très fermé des octogénaires. Ces derniers temps en Ligue 1, chaque saison voit l’un des grands clubs de l’Hexagone célébrer un anniversaire un peu particulier. Un an de plus qui fait passer un club, ses joueurs, ses supporters – sa famille – dans une autre décennie. Et cette saison, si 2015 sera la 110e pige du SC Bastia, c’est au tour du LOSC de souffler sur soixante-dix bougies d’une vie que je m’apprête à vous conter.

Saint-Denis, 14 mai 2011. A la 88e minute d’un match plutôt enlevé, Ludovic Obraniak positionne un ballon excentré et s’apprête à taper devant quatre-vingt mille personnes le coup-franc du bonheur. Le ballon parfaitement fouetté du Polonais vient mourir amoureusement dans la lucarne gauche de Grégory Coupet, complètement battu. Les Lillois exultent : ils le savent peut être déjà, ils viennent d’inscrire le but qui leur offrira la première moitié d’un doublé historique conquis cette année là. L’histoire retiendra qu’en plus d’avoir chipé la Coupe de France à son tenant du titre, ce LOSC fabuleux ira gratter le titre de champion de France sur la pelouse du Parc des Princes, lors de la 37e journée de Ligue 1, en concédant face aux hommes d’Antoine Kombouaré un 2-2 leur assurant toutefois le graal avec cette petite semaine d’avance qui fait du bien.

Une histoire de hauts et de bas

Le doublé, une performance que le club lillois avait déjà réalisée, croyez-le ou non, en 1946, en battant en finale de la Coupe de France une équipe de la région parisienne – à l’époque, le Red Star. Mais revenons un peu en arrière si vous le voulez bien, et commençons au commencement. Le LOSC naît sur un paradoxe, celui d’une histoire un peu folle de deux clubs rivaux, l’Olympique Lillois et le Sporting Club Fivois, qui décident peu après la Libération de s’unir pour n’en former plus qu’un. Deux mois après l’officialisation de cette fusion (le 23 septembre 1944, ndlr), le Lille Olympique Sporting Club est né. Les identités des deux clubs fusionnés y trouvent des vestiges de leur institution passée et celui qui s’appelle officiellement aujourd’hui le « LOSC Lille » gardera cet acronyme accrocheur. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les dix premières années d’existence de ce LOSC sont une très franche réussite. Quatre Coupes de France en dix ans (1946, 1947, 1948 et 53), c’est vrai qu’on a fait pire dans l’histoire du football français. Mais surtout, les Lillois glanent en 1954, déjà, un deuxième titre de champion de France.

Et quand on monte si haut, si vite, il arrive malheureusement fréquemment qu’on chope le vertige. Et là, on chute. Une petite Coupe de France pour la route en 1955, la cinquième, et les supporters lillois voient leur club rentrer dans une disette infernale de 56 ans sans trophées parmi l’élite nationale, brisée par ce coup-franc de Ludovic Obraniak dont je vous parlais tout à l’heure. 56 saisons durant lesquelles Lille et son club font les montagnes russes dans les performances : le club connaît la première descente de son histoire en deuxième division dès 1956. Une mésaventure que les Ch’tis footeux connaîtront huit fois, et notamment en 1969 : dans ses années noires, le club renonce au statut professionnel et dégringole en division 3 sans passer par la case départ. Mais le LOSC sait remonter en Ligue 1 aussi bien qu’il sait descendre en Ligue 2 et au final, l’histoire du club lillois est jusqu’aux années 2000 un enchaînement tout sauf métaphorique de hauts et de bas.

Wouf !

56 ans de disette, je le précise encore une fois, au plus haut niveau national. Car rassurez-vous, le LOSC n’a pas fait que dépérir entre 1955 et 2011. Déjà, il remporte une compétition européenne : la Coupe Intertoto, depuis disparue, en 2004. Et là c’est le moment où le jeune novice que tu es se demande ce que peut bien être cette compétition au nom de blague de mauvais goût que le football a éradiqué de son paysage : la Coupe Intertoto était un tournoi réunissant les meilleures équipes non qualifiées pour les deux principales compétitions européennes (la Ligue des Champions – la C1 – et la Coupe de l’UEFA – la C3). Autrement dit, la gagner n’était pas plus glorifiant que ça mais quelques clubs français ont tout de même fièrement inscrit leur nom à son palmarès. La parenthèse fermée, il se trouve que le LOSC a aussi brandi quelques trophées à l’étage d’en dessous, avec quatre championnats de France de Ligue 2 (1964, 1974, 1978 et 2000). Je vous l’ai dit, à Lille, la descente et la montée sont deux arts maîtrisés à la perfection.

Enfin parlons un peu de l’identité de ce club dont vous êtes tous familiers mais que beaucoup ne connaissent finalement pas si bien que ça. Moi même, en tant que supporter historique du Paris Saint-Germain, je découvre en même temps que j’écris ces lignes un club qui fait partie du patrimoine de notre football et dont l’histoire est loin d’être inintéressante. Parlons identité donc, et identité visuelle. Jusqu’en 1999 et l’arrivée de Nike pour équiper le club, le LOSC porte sur ses tricots les couleurs des deux clubs qui l’ont formé : le Blanc pour l’Olympique Lillois, couleur principale du maillot – frappé aux premières années d’un scapulaire rouge – et le short et les bas bleus qui rappellent l’ancien club de Fives. Nike inverse les deux couleurs principales pour donner le maillot que l’on connaît aujourd’hui : rouge et bleu foncé, alors que le blanc honore le maillot extérieur. Et pour marquer son attache aux symboles, le jaune que le LOSC arbore souvent sur ses deuxièmes ou troisièmes tenues lui vient du blason des Flandres. Une couleur que les Lillois arborent en déplacement cette saison et qui, non, ne rappelle pas la couleur d’un certain breuvage au houblon que la région a porté au rang de divinité.

Source : http://tourcoingsupportersworldfoot.e-monsite.com - Devant le domaine d'entraînement de Luchin, le « Dogue de Bronze» Lillois veille en chien de garde depuis 2011
Source : http://tourcoingsupportersworldfoot.e-monsite.com – Devant le domaine d’entraînement de Luchin, le « Dogue de Bronze» Lillois veille en chien de garde depuis 2011

Un maillot que les joueurs du LOSC voyaient frappé jusqu’aux années 1980 de la fleur de Lys du blason de la ville. Puis vinrent les crocs du dogue lillois qui apparaît sur le logo du club pour la première fois en 1981. Le dogue, plus qu’une image : un surnom désormais greffé à ce club dont les origines sont certes floues mais qu’on date généralement de quarante à cinquante ans après la naissance du LOSC. Pour les uns, celui-ci viendrait des années 1920 et serait dû au chenil situé à proximité de l’ancienne enceinte du club, le stade Henri-Jooris. Pour d’autres, comme l’ancien président du club Patrick Robert : « Ça remonte aux années 30. Après un match contre Paris gagné par l’Olympique lillois au Parc, un journaliste parisien a comparé les joueurs à des dogues parce qu’ils ne lâchaient rien. » (La Voix du Nord, août 2014) Encore et toujours, l’histoire s’écrit avec la complicité des Parisiens.

Septua-vénère

Bref, dans le Nord, on se bat sur le terrain avec la fierté et la hargne du plus fidèle ami de l’Homme, mais pas de n’importe quelle race. Et si le dogue lillois arbore aujourd’hui à la gauche du maillot nordiste un design fier et moderne, les choses ont bien changé depuis le coup-franc somptueux de Ludovic Obraniak. Comme dans tous les clubs français à la finance boudeuse mais à la réussite insolente, les cracks sont partis et ont été mal ou pas remplacés. Aujourd’hui, c’est dans le ventre mou qu’une équipe de Lille pourtant talentueuse se traîne et pour son match anniversaire, samedi dernier face à Saint-Étienne, un triste 1-1 est venu souffler la bougie, malgré les festivités rondement menées que le club prépare sur tous les terrains depuis des semaines. Sur les réseaux sociaux notamment, les community managers du club nous font revivre et (re)découvrir les grands hommes et les grands moments qui ont forgé ce club, des plus anciens aux plus récents. L’occasion pour certains de se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps que ça, Eden Hazard, Yohan Cabaye, Moussa Sow, Gervais « Gervinho » Yao Kouassi, Adil Rami, Aurélien Chedjou et Mathieu Debuchy menaient entre autres le club sur le toit de la France. Mais à priori aujourd’hui, pas que quoi se morfondre pour le LOSC : au moins, le temps des troubles et des montagnes russes semble passé. Et c’est bien ancré en Ligue 1, dans un stade somptueux de 50 000 places, que le LOSC va pouvoir croquer les soixante-dix prochaines années. Les canines acérées et les pattes affûtées, bien entendu.

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