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Expo : Niki de Saint Phalle au Grand Palais, coup de foudre et coup de fusil

Le Grand Palais dédie cette saison une partie de ses murs à l’artiste franco-américaine Niki de Saint-Phalle, figure de proue du monde artistique des années 50 à aujourd’hui. De salle en salle, les ambiances diffèrent. Tableaux, sculptures, images d’archives, l’univers de Niki de Saint Phalle est palpable jusque dans les couloirs du musée. L’exposition parisienne prend fin le 2 février 2015. Un train, un covoit : pourquoi ne pas s’y rendre ?

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, plus communément connue sous le nom Niki de Saint Phalle, est née en 1930 dans une famille franco-américaine. Plus bon chic bon genre que bourgeois bohème, la famille de Niki baigne dans la haute société new-yorkaise des années 1930 et 1940. Pour la jeune femme, tout s’accélère. Un premier mariage à 18 ans avec son ami d’enfance le poète américain Harry Matthews. Une carrière dans le mannequinat. La une de Vogue, Elle et Life. Pourtant, rien n’y fait. Agée de 23 ans à peine, elle est atteinte d’une grave dépression. Après avoir séjourné un temps en hôpital psychiatrique, Niki de Saint Phalle trouve refuge dans l’art. Elle y découvre une nouvelle façon d’exprimer sa créativité et sa soif de liberté.

Au milieu des années 1950, Niki de Saint Phalle est une femme baroudeuse, curieuse et inspirée. Ses voyages en Europe, en Espagne et son plongeon dans le milieu artistique et littéraire parisien forgent son caractère créatif. Elle exécute alors une série de tableaux que certains qualifieront de chaotiques. Mêlant visions du monde moderne et archaïque, l’artiste imagine un art avant-gardiste en jouant sur les confrontations et les tensions culturelles qu’elle observe. Tout en finesse et farfelu, la plasticienne donne du relief à ses toiles d’allure classique en collant tantôt objets de la ménagère, tantôt jouets pour enfants ou autres outils de bricolage. Une véritable ode au bazar s’effectue sous nos yeux et ne laisse personne indifférent.

Night Experiment, Niki de Saint Phalle, 1953
Night Experiment, Niki de Saint Phalle, 1953

« Je ne vous ressemblerai pas ma mère »* 

L’artiste choisit très vite son sujet de prédilection : la condition féminine. Elle-même victime d’un système qui l’a cantonnée dans son rôle de femme pendant des années, Niki de Saint Phalle s’indigne contre cette vision réductrice du sexe « faible ». Lectrice du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir et admiratrice inconditionnelle des Suffragettes, elle est féministe avant l’heure. Son art est alors mis au service de la cause qu’elle défendra toute sa vie. Elle accumule les œuvres ambivalentes et les titres provocateurs. Prostituées, Mariées, Accouchements, Déesses, Sorcières, les sculptures sont ses armes de bataille pour dénoncer le modèle patriarcal qui l’a tant marquée. L’influence de Simone de Beauvoir est particulièrement visible dans les Accouchements de Niki de Saint Phalle. « On ne naît pas femme, on le devient ». Les mariées qu’elle façonne à l’image de la femme de cette époque sont des femmes sans visage, impressionnantes, mais soumises. Car ce que souhaite Niki de Saint Phalle, c’est la révolution : réussir à imposer une nouvelle société matriarcale.

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Mariée, Niki de Saint Phalle

Lui vient alors l’idée de reprendre les codes de la féminité et de les détourner pour imposer le pouvoir des femmes. Les célèbres Nanas prennent forme. Courbes voluptueuses, couleurs vives, ces sculptures dansantes respirent la joie de vivre et la liberté. De nouvelles muses comme Josephine Baker ou encore Black Rosy inspirent le travail de l’artiste. Les premières statues sont en papier collé, laine, grillage et tissus. Au fil du temps, Niki de Saint Phalle multiplie les collaborations. En 1966, elle s’associe à son compagnon Jean Tinguely et à l’artiste Per Olof Ultvedt pour créer en six semaines HunElle en suédois – une Nana de 27 mètres de long et 9 mètres de large, commandée par le directeur du Modernat Museet de Stockholm. Les visiteurs se pressent pour découvrir ce géant féminin. Les Nanas envahissent peu à peu la scène artistique et sont déclinées sous toutes les formes : des poupées gonflables, des sérigraphies ou encore des bijoux.

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Nanas, poupées gonflables, Niki de Saint Phalle

Si les muses ne se comptent plus, la femme qui a réellement inspiré l’artiste est sa mère, l’Américaine Jeanne-Jacqueline Harper. Dans la série de sculptures Mères Dévorantes, Niki de Saint Phalle dresse le portrait d’une femme soumise au pouvoir de son mari et emprisonnée dans sa condition féminine. Pire encore, elle dénonce l’impuissance de sa mère face au père de Niki de Saint Phalle. Cette dernière dévoile un lourd secret dans le film Daddy (1973). Alors qu’elle n’avait qu’onze ans, son père abusa d’elle.

Femme révoltée et sniper des idées

Passionnée et insurgée, Niki de Saint Phalle innove une fois de plus en tuant ses œuvres. L’œil aiguisé et armée d’une carabine, elle tire sans hésiter sur ses toiles. Le critique Pierre Restany, ami et témoin d’une séance de tir, l’invite alors à rejoindre les Nouveaux Réalistes. Erigés en performance artistique, les tirs prennent des allures colorées : les poches de peinture accrochées aux toiles explosent au rythme des balles. « En tirant sur moi, je tirais sur la société et ses injustices. En tirant sur ma propre violence, je tirais sur la violence du temps »**. La mort de l’art, de la femme, de la politique. Les messages sont clairs.

Renaître. C’est la finalité, tant est qu’il y en ait une, de son œuvre. La naissance, la transformation et la métamorphose sont des thèmes omniprésents dans tous ses travaux. Engagée, elle milite à travers l’art pour un renouveau des idées dans une société engourdie par un système dominant bien installé.

Elle aurait pu être terroriste, clame-t-elle fièrement. « Au lieu de cela, j’ai utilisé le fusil pour une bonne cause, celle de l’art »**.

Toutes les infos sur le site du Grand Palais

* : Lettre à sa mère

** : Lettre à Pontus, 1992-1993

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