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Oxmose au pays d’Alice

C’est l’histoire d’une jolie rencontre. Celle de deux artistes aux univers musicaux bien particuliers, Ibrahim Maalouf et son jazz-rock aux mille couleurs et influences d’une part, et de l’autre Oxmo Puccino, dont le rap est une constante valse de mots et de métaphores. Ensemble, ils nous proposent «Au pays d’Alice», version 3.0 du fameux conte de Lewis Carroll. A la composition, l’arrangement, et bien évidemment à la trompette, Maalouf. Aux textes, Puccino. Avec eux, 130 choristes et 25 musiciens. Le projet est de taille, le résultat, époustouflant !

L’entrée dans l’univers d’Alice est mystique, lyrique et non moins poétique. Tomber longtemps, deuxième chanson de l’album, hypnotise. Chœurs et cordes se mêlent et montent en puissance. Au fur et à mesure qu’Alice plonge vers un univers inconnu, l’orchestre entier s’anime : bois, cuivres et percussions pénètrent tour à tour dans un somptueux tourbillon musical, aussi joyeux qu’inquiétant. S’il en garde la magie et le côté merveilleux, le pays d’Alice dépeint par Maalouf et Puccino est bien différent de celui de Carroll. Plus vif, plus sombre. Plus délirant aussi : cet univers, c’est celui où la chenille «fume le narguilé, narguilé» sur fond de rythmes groovy, où les genres musicaux s’entremêlent de façon envoûtante. Rien d’incohérent dans ce monde là à lier musique classique, funk, rap, jazz et rock. Rien d’incohérent puisque c’est là tout l’attrait de l’univers de Carroll : son côté fantastique laisse une place importante à l’imagination des deux artistes qui remanient, embellissent et interprètent à leur manière douze chapitres du conte. L’orchestre symphonique, dont la performance est magistrale, se mêle à la voix de Puccino, implacable, forte et précise, jouant constamment avec les mots, les rimes et les images, et à la trompette de Maalouf, qui s’élance dans de grandes envolées orientales ensorcelantes et doucement planantes. Tantôt sombre et effrayant, tantôt émerveillant et joyeux, mais dans tous les cas jamais ennuyeux ni pesant, l’univers de Carroll prend vie sans jamais céder à la lourdeur.

Sorte de grand poème symphonique, d’opéra hip-hop (si une telle chose existait), «Au pays d’Alice» est puissant, précis et étonnant. L’album, qui «va peut-être faire l’objet d’une réelle mise en scène», comme l’a annoncé Maalouf sur France Inter la semaine dernière, est riche musicalement et d’une théâtralité certaine. Le trompettiste, fidèle à lui-même, démontre une nouvelle fois avec force que le métissage des styles musicaux est non seulement possible, mais qu’il est détonnant. Le défi était de taille, tant l’œuvre de Carroll a été déjà maintes fois reprise, adaptée et repensée. Il en aurait cependant fallu plus pour désarmer Maalouf et Puccino, qui adaptent avec malice et brio le conte.

« Avec un dessin et quelques plumes, Le Bonheur se crie/s’écrit au son d’une flûte », déclame Puccino sur Le Porte Bonheur. Une chose est sûre : au pays d’Alice, Maalouf et Puccino font des merveilles.

Chloé Perceval

Ibrahim Maalouf Oxmo Puccino – La partie de croquet en live dans RTL JAZZ FESTIVAL

 

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