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Mawimbi, gourous de l’électro tribale

Naviguant entre « techno chamanique », footwork et afro-house tribale, « l’onde » Mawimbi opère une véritable synergie entre la vague électronique actuelle et des sonorités importées du continent africain. S’imposant depuis plus d’un an sur la scène parisienne et ailleurs, le collectif de DJs cherche à partager sa musique avec tous les clubbers curieux « qui veulent faire la fête sans complexe ». Ils s’appellent Adrien, Alex, Lucas, Bertrand et Clément, et ils ont répondu aux questions de la Manufacture entre deux passages à Lille.

Salut les gars! Est-ce que vous pourriez d’abord me rappeler qui vous êtes?

Adrien : Je viens de finir mes études à Sciences Po Paris, je fais de la musique depuis une dizaine d’années et sous mon propre alias (SSCK) depuis un peu plus de trois ans. Je m’occupe actuellement de la programmation du Djoon et d’une nouvelle salle de spectacle qui s’appelle Le Trac (à Paris).

Alex : J’ai étudié à Sciences Po Toulouse, je fais de la musique depuis un moment aussi et ça fait bientôt six ans que j’ai commencé à toucher aux musiques électroniques. Je m’occupe de la programmation du Downtown Toulouse.

Lucas : Je suis étudiant en master 2 à l’université Paris Dauphine et je travaille en alternance chez Ubisoft. Parcours musical classique, conservatoire, guitare. Puis coup de foudre pour un disque de Para One qui m’a poussé à me mettre à la production électronique. Et depuis, quelques sorties solo mais rien de bien concret. Au final c’est Mawimbi, et la synergie entre nous, qui m’a redonné cette envie de sortir des morceaux.

Bertrand : J’ai étudié la communication et la médiation culturelle pendant cinq ans. Après une grosse expérience dans une célèbre agence événementielle, j’ai intégré l’équipe communication et marketing du Djoon et au Trac.

Clément : Je suis diplômé de l’ESRA (Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle) et je travaille aujourd’hui en tant que motion designer chez Fred & Farid. Je produis la musique de Pouvoir Magique depuis trois ans maintenant!

Comment vous êtes-vous rencontrés? D’où est née l’idée de créer ce collectif de DJs?

On est tous potes depuis bien avant la création du collectif, l’idée n’est venue que plus tard. On est tous DJs, ou du moins impliqués dans la musique électronique d’une manière ou d’une autre, et on s’est dit que c’était dommage de ne pas faire les choses ensemble. L’idée d’afro-centrisme, c’est ce qui nous a vraiment rassemblé autour d’un projet commun, qu’on a ensuite choisi d’appeler Mawimbi (« onde » en swahili).

Quel est votre rôle respectif dans le groupe? La touche personnelle de chacun?

Comme Bertrand le dit parfois, non sans humour, on est une « agence 360 ». On apporte tous notre pierre à l’édifice, en cohérence avec nos parcours et savoir-faire personnels. Alex est notre RP (relations publiques) et booker, Bertrand s’occupe de notre communication, Adrien plutôt de la direction artistique, Clément se charge de nos contenus vidéos et Lucas apporte un avis un peu détaché, plus concret, du fait de son expérience du monde de l’entreprise.

Côté musique, on a encore une fois chacun notre sensibilité respective. Lucas aime surtout la UK bass et la house américaine, Alex navigue entre house sud africaine et genres étiquetés comme « ghetto » (footwork, dancehall, kuduro). Clément et Bertrand (du duo Pouvoir Magique) ont commencé par développer ce qu’ils appelaient une « techno chamanique », mais leur son évolue de plus en plus vers une afro-house très deep et tribale. Adrien est peut-être le plus « chill » d’entre nous, il est à l’aise avec des morceaux très progressifs et un peu abstraits, plutôt du type de ce qu’on entend en warm up.

Est-ce que vous produisez aussi, un peu, beaucoup, pas du tout? 

On est tous producteurs, de manière plus ou moins assidue. Pouvoir Magique a déjà sorti un EP en décembre 2012 et un deuxième devrait paraître bientôt. SSCK vient de faire son premier live en première partie de Cuthead le 30 octobre dernier. w0lfchild reprend progressivement le chemin de la production et prépare des morceaux à venir sur Mawimbi.

Vous jouez encore beaucoup chacun de votre côté ou c’est « Mawimbi d’abord »?

Oui et non. Pouvoir Magique est un projet qui existait avant la création de Mawimbi et qui continue à décrocher des dates en « solo ». ALT a joué récemment au Nouveau Casino (Paris) sur une Afrodisco. SSCK a fait son premier live fin octobre. Mais de manière générale, c’est Mawimbi d’abord!

A ceux qui ne connaissent rien de votre musique : dans quel type de scène musicale et de public diriez-vous que vous vous inscrivez?

Plutôt musiques électroniques, c’est clair, on ne va pas le nier. Mais on s’adresse d’abord à des gens qui veulent faire la fête, sans complexe, on ne veut pas des clubbers qui te fixent pendant 2h en attendant que tu foires une transition! Disons qu’on essaye autant de faire apprécier des musiques club aux gens qui n’en écoutent pas trop que de donner une touche particulière, offrir une certaine vision du clubbing, à un public plus pointu dans les musiques électroniques.

Pouvez-vous expliquer cet intérêt particulier pour la musique aux accents africains? Qu’a-t-elle de si fascinant selon vous? 

C’est une affaire de goût et a priori aucun d’entre nous ne saurait le relier à une expérience personnelle. Disons qu’on a grandi dans un pays où existe une certaine diaspora africaine, surtout à Paris. On a été exposé à cela d’une manière ou d’une autre. La France est un pays où les musiques africaines ont fasciné assez précocement, on essaie tout simplement d’être à la hauteur dans une lignée de gens aux horizons divers, qui comprend Hector Zazou, Francis Falcetto, Radio Nova, Bazzerk, Julien Lebrun. On pourrait ajouter qu’une grande partie de la musique amplifiée moderne découle des musiques noires, qu’on écoute du rock, du rap, du reggae… Il y a probablement une part d’inconscient collectif en filigrane. On n’a pas l’impression qu’il y ait un engouement particulièrement nouveau pour les métissages musicaux. Mais peut-être que ce genre d’initiative s’est décuplé avec l’arrivée d’internet, de l’accessibilité immédiate, d’une exposition sans contrainte à toutes les cultures.

Avez-vous l’occasion de travailler directement avec des artistes africains?

Jusqu’ici ça s’est limité à un featuring avec Mo Laudi, un MC et DJ sud africain, toujours en suspens d’ailleurs… Mais on aimerait clairement approfondir ce côté-là, on a quelques contacts, peut-être que cela se fera en 2015!

Est-ce que vous pensez rester attachés à l’identité que vous cultivez actuellement ou évoluer au gré de vos envies?

En ce qui concerne Mawimbi, on va en rester à la musique électronique pour l’instant, c’est ce qui nous rassemble et nous donne envie d’aller plus loin. On a toujours nos projets personnels pour assouvir des envies différentes. Par exemple, le projet d’Adrien (SSCK) est assez electronica, pas vraiment fait pour les clubs. En solo, ALT peut être plus hip hop ou jersey club… Mais l’identité de Mawimbi étant assez large, elle nous permet déjà d’exprimer beaucoup.

Faut-il que votre musique se danse? Comme dans une vision collective et sociale rappelant l’usage qui en était fait dans certaines sociétés primitives africaines par exemple? Ou rien à voir?

Il y a bien évidemment cette idée de rituel, c’était d’ailleurs l’idée derrière cette phrase un peu bancale qu’on avait élaborée pour notre première soirée Chez Moune (à Paris) : « une cérémonie rituelle et mouvante »… Parfois Clément porte une chemise Maasai (population semi-nomade d’Afrique de l’Est), il nous est aussi arrivé de porter des masques spécialement fabriqués par une amie russe d’Alex, mais tout cela reste bien évidemment de l’ordre du clin d’oeil. On essaie de limiter les analogies entre notre activité de DJs / promoteurs d’une part et certains traits de cultures africaines d’autre part. L’Afrique est un continent qui continue de souffrir de l’expropriation de ses richesses, culturelles ou pas, et la dernière chose dont on a envie c’est d’être taxés de néo-colonialisme – et cela arrive bien plus vite qu’on ne le croit.

Sinon, nous ne pensons pas la musique qu’en contexte de fête non, nous écoutons beaucoup de choses, pas forcément africaines d’ailleurs. Après, le projet Mawimbi a une vocation festive évidente, on espère faire danser notre public. Pour autant, il peut nous arriver de proposer des choses moins dansantes. Surtout dans un contexte de club, on espère quand même transmettre une énergie qui donne envie de danser, mais ce n’est pas une recherche sur les sociétés primitives africaines à proprement parler.

Quelques tracks représentatives de l’esprit Mawimbi?

DJ Mujava – Mugwanti

MMM – Que Barbaro

Auntie Flo – Water of life

Francis Bebey – Bissao (Pilooski Edit)

Amadou & Mariam – Ce n’est pas bon (JD Twitch Remix)

J’ai vu que vous avez joué dans plusieurs villes de France, surtout à Paris, mais aussi une fois à Berlin. A l’occasion de festivals ou dans le cadre de soirées plus intimes ; sur des petites scènes à l’ambiance conviviale comme dans des gros clubs à la pointe de la « hip »… Quelle est votre meilleure expérience? Quel a été le meilleur public? Qu’est-ce qui vous correspond le mieux?

On a tous un souvenir différent en tête, mais une de nos plus belles fêtes était sans hésitation notre première Soukmachines au 6B (Paris), puisqu’elle symbolise notre rencontre avec le duo berlinois Africaine 808, devenus de très bons amis depuis. Le meilleur public c’est celui qui vient à une soirée sans attendre un genre musical en particulier, c’est celui qui danse plus qu’il ne sort fumer et discuter avec ses amis, c’est celui qui est dévoué corps et âme à la musique – et seulement la musique!

Vous êtes plutôt implantés à Paris pour l’instant. Bientôt d’autres horizons au programme?

On aimerait bien, on attend que les opportunités se présentent. Elles arrivent petit à petit : on joue pour la première fois à Rouen fin février en compagnie de Greg Gauthier, un des résidents de Djoon Experience. On aimerait bien retourner à Lyon aussi. Et puis Marseille, Lille, Toulouse…

Qu’est-ce que vous avez pensé de votre dernière soirée à Lille, à St So et à l’Australian (le 20 novembre)?

C’était vraiment cool, malgré les problèmes d’organisation qui ont fait que l’on a joué moins longtemps que prévu, mais l’équipe est au courant et je leur fais confiance pour s’améliorer. Cela dit, le lieu était vraiment beau, avec un sound system à la hauteur et un public réactif, peut-être un peu difficile au début, mais personne ne voulait partir quand on a dû couper le son. Quant à l’Australian, justement, à notre arrivée, c’était un peu vide, et puis très rapidement le public de St So est arrivé, la tension est montée d’un cran. Alex a retrouvé un ami de Toulouse, les gens dansaient, l’ambiance était au rendez-vous. Le petit moins serait le limiteur, mais bon, ça existe dans de nombreux endroits, apparemment ils vont refaire les lieux. En tout cas, l’accueil était bon partout, le public réceptif. Je note aussi que ce qui marchait le plus, c’est la partie assez bass/uk funky. C’est toujours intéressant de voir comment notre musique est reçue devant des publics nouveaux. On revient quand vous voulez les Lillois.

Et alors bientôt de retour pour une soirée au Palais des Beaux-Arts le 22 janvier?

Oui, en effet. C’est l’équipe de l’Aéronef qui organise cet événement. Il s’agit d’une Silent Disco, c’est-à-dire que tout membre du public aura un casque sur les oreilles et choisira ce qu’il veut écouter, piste 1 Fakear, piste 2 Pouvoir Magique (plus d’infos ici).

J’ai aussi vu que vous faites beaucoup d’action culturelle en promouvant des artistes africains par exemple, à travers des émissions de radio et une intense activité sur les réseaux sociaux. Dans quelle mesure cette partie du job occupe-t-elle votre temps? Vous pensez allez plus loin dans cet aspect « plateforme culturelle »?

Elle l’occupe en partie, mais pas assez pour être tout à fait honnête. Au début de l’aventure Mawimbi, on avait à coeur de se proposer comme générateur de contenu éditorial, sans non plus entrer dans les prétentions d’un webzine. Pour l’instant, on a notre tumblr, sur lequel on poste parfois quelques articles news, reports, focus… Ainsi que notre soundcloud sur lequel on poste les podcasts des artistes qui nous inspirent, ainsi que nos propres mixtapes et sets enregistrés en live. Pour les réseaux sociaux, ça reste assez intuitif, on sait tous les « manier » et on essaie de garder un juste équilibre entre notre actualité et nos coups de coeur. Evidemment, on voudrait aller plus loin avec un véritable site internet où on serait en mesure de présenter convenablement les artistes qui font partie de cette même galaxie « afro-électro », avec plus de contenus bilingues, etc.

Des sons ou des musiciens à nous recommander?

Plein, mais pour ça il vous faut patienter encore quelques semaines (surprise). Une découverte récente pour la route : Noumoucounda Cissoko! Vous pouvez aussi rejoindre le groupe de partage sur facebook « Radio Mawimbi » où les membres postent de la musique africaine comme de la musique électronique. Il nous arrive de rassembler le meilleur des posts sous forme de playlist Whyd.

Dans une interview sur 09BPM, vous disiez que votre grand projet 2014 était la création d’une compil : où est-ce que ça en est aujourd’hui?

Justement, c’est le coeur de notre actualité en ce moment! Les choses ont pris un peu plus de temps que prévu, mais on voit enfin le bout du tunnel. Un EP en téléchargement libre devrait paraître aux alentours de Noël, et surtout, notre première release officielle, cette fameuse compilation dont on a un peu trop parlé partout, qui devrait sortir au début de l’année 2015. On ne vous en dit pas plus, vous en saurez d’avantage très bientôt, vous pouvez en être certains!

Tumblr : http://wearemawimbi.tumblr.com
Facebook : https://www.facebook.com/wearemawimbi
Soundcloud : https://soundcloud.com/wearemawimbi
Email : wearemawimbi@gmail.com

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