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Conférence Charlie Hebo du 26 janvier – Après l’émotion, la réflexion

Le 26 janvier a eu lieu à Sciences Po Lille une conférence-débat sur la liberté d’expression et les conséquences probables des événements du 7 et 9 janvier sur la société française. Il semblait plutôt logique que l’école émette sa propre réaction aux attentats contre Charlie Hebdo, et elle l’a fait à sa manière, en essayant d’amorcer une réflexion liée aux enseignements dispensés dans les IEP. Pour vous donner une idée du déroulement de la conférence, voici un compte-rendu retraçant l’essentiel des points évoqués.*

Comme souvent avec ce type d’événements proches de « l’hommage » et plus ou moins improvisés, on pouvait craindre une conférence un peu vide de contenu, davantage dans l’émotion que dans l’argumentation réfléchie. Mais autant le dire tout de suite : on a évité le pire et ces craintes ont été en majeure partie dissipées. Fort de la présence de professeurs de l’IEP, avec Pierre Mathiot en maître de cérémonie, l’événement est parvenu à rester plutôt intelligent et constructif ; Anne Bazin, Sami Makki, Cédric Passard et Charles Tenenbaum ont su offrir une certaine complémentarité dans leurs interventions et leurs réponses aux questions de l’audience.

La conférence s’est ouverte sur les mots de Pierre Mathiot. Le directeur de l’IEP a d’abord tenu à expliquer pourquoi elle avait lieu plus de deux semaines après les attentats, justifiant cela par le besoin (légitime) de prendre un peu de recul sur la chose. Il a également annoncé que d’autres conférences sur des thèmes similaires seraient probablement organisées au cours du semestre.

« Un moment total » qui doit laisser place à la réflexion

Pierre Mathiot a commencé par retracer le fil des événements, distinguant trois séquences que sont, les attentats, les manifestations « spontanées » et/ou populaires et les réactions « officielles » des décideurs et gouvernements ce qui représente pour lui un « moment total« . Ces trois séquences ont soulevé d’innombrables questions sur une large variété de notions : notamment sur la définition des valeurs républicaines, leur acceptation par la population, la thématique de la violence, de la laïcité, des « ségrégations » dans la société, de la religion dans un espace démocratique, du rôle des institutions (au sens sociologique du terme, ce qui inclut l’Ecole ou encore la justice), et enfin sur la confrontation entre « l’absolu » théorique de la liberté d’expression et la réalité, moins simple et moins universelle.

Si l’émotion face aux événements était légitime, considérée par Pierre Mathiot comme une réaction citoyenne « tout à fait normale », ce dernier a insisté sur la nécessité, désormais, d’être capable de développer une analyse réfléchie. Il a ainsi invité l’audience à sortir de sa zone de confort intellectuel pour comprendre ce qui s’est passé sans tomber dans l’ethnocentrisme et le relativisme, ni même succomber à la tentation d’une analyse binaire. Plutôt que de chercher des coupables uniques et évidents, il convient d’admettre -a-t-il précisé- qu’il n’existe pas d’explication mono-causale au terrorisme et aux problèmes mis en évidence par les attentats mais aussi de prendre conscience qu’ « on n’évolue plus en vase clos dans le monde ».

Il est vrai qu’avec la puissance des moyens de communication actuels, un discours, une information, une caricature, presque tout peut être diffusé à l’autre bout du globe en quelques secondes. C’est donc à notre génération, « prise au piège des réseaux sociaux« , qu’il s’est adressé tout particulièrement, insistant sur la nécessité de « distinguer les savoirs et les croyances » et de faire la part des choses car, selon lui, « le mélange est total sur le web ». « Il faut méditer sur la nature des informations disponibles et réfléchir au caractère très régressif de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, surtout chez ceux qui ne disposent pas des clés nécessaires« .

Ou s’arrête la liberté d’expression ?

Cédric Passard, professeur de sociologie à l’IEP, est intervenu sur la question de la liberté d’expression, grand thème de ces événements, et de ses limites : la diffamation et l’injure. D’autres excès, apparus dans la loi depuis les années 1970, ont également été pointé du doigt comme l’incitation à la haine raciale. « C’est un peu contre-intuitif, mais la liberté d’expression n’octroie effectivement pas le droit de tout dire dans nos sociétés« , explique-t-il. Quant à la caricature, son essence est de se trouver dans les frontières de la liberté d’expression, de s’aventurer dans « des zones un peu limites » et cela questionne les frontières entre nous et notre démocratie.
Pour trancher, la justice s’intéresse beaucoup au « contexte » de création, à « qui a dit quoi », dans quel cadre et au nom de quoi. Selon C. Passard, elle a, dans un premier temps, été clémente envers Dieudonné, jugeant ses propos vagues et prononcés dans un cadre particulier (le statut d’humoriste de Dieudonné). C’est donc la répétition de ses remarques antisémites qui a fini par détruire cette clémence, conclue-t-il sur l’affaire Dieudonné revenue au goût du jour après ses propos sur les attentats (« je suis Charlie Coulibaly »).


Durant le reste de la conférence, de nombreuses questions ont été débattues. Nous voulions, pour une fois, vous en restituer un large aperçu et non pas une sélection réduite. Vous trouverez donc ci-dessous un résumé des propos tenus par les différents professeurs présents. Effectué en prenant bien garde à ne pas dénaturer ceux-ci, ce compte-rendu n’est cependant pas une retranscription « au mot près ». Attention donc à ne pas en tirer des citations…


« Pourquoi relativiser l’importance des manifestations pour Charlie Hebdo ? »

Cédric Passard : Des études et sondages sont parus à la suite de la marche. Ils avaient tendance à montrer que c’était plutôt  une classe moyenne , voire aisée, qui se mobilisait. Des gens plutôt éduqués et pas tant de jeunes que cela…
Charles Tenenbaum : Poser la question du « Qui n’y était pas ? », cela peut être dangereux, cela peut avoir des implications assez inquiétantes. On entre dans un débat risqué sur l’élan de solidarité qui a eu lieu, certains vont se demander « sur qui peut-on compter » et ce n’est pas un bon réflexe. Il peut exister de très nombreuses raisons pour ne pas aller manifester.
Pierre Mathiot : Oui, attention à une forme de « sommation morale ». Il n’y avait pas d’obligation à manifester, on peut choisir de ne pas manifester sans soutenir pour autant les attentats (non seulement les musulmans n’avaient pas à se justifier, mais il faut bien voir que certains se sentent simplement illégitimes – comme dirait Bourdieu – pour aller manifester),

« Est-ce que tout ceci sert vraiment à quelque chose ? Les manifestations, les dessins… Sérieusement, est-ce que cela « ramène dans le droit chemin » ou est-ce juste un moyen de rassurer les gens sur eux-mêmes ? »

C. Passard : Oui, cela a effectivement une fonction principalement « rassurante » (il mentionne Durkheim). Et ces manifestations sont même potentiellement contre-productives chez certains. Diffuser soudainement un ensemble de valeurs et les placarder partout ne suffit pas à convaincre des gens qui n’y adhèrent pas à la base.
P. Mathiot : C’est une question de langage. On se comprend à Sciences Po, on parle le même « langage », mais certains ne le parlent pas. Il existe beaucoup de fractures, de « malentendus » dans la société. La question des responsabilités politiques doit être soulevée. Le gouvernement a plutôt bien réagi, mais pour vous donner un exemple, j’ai été sollicité par le préfet pas plus tard qu’hier. On me demandait de participer à des réunions publiques, lesquelles sont une bonne idée… sauf que celles-ci sont « privées » dans les faits, puisqu’on nous demande d’inviter en priorité les associations connues. Ces dernières font du bon travail, mais elles sont institutionnalisées, et elle n’incluent pas forcément bien toute la population, en particulier les franges les plus exclues. On voit passer beaucoup de politiques symboliques, la réactivation de références (républicaines…) qui vont parler à ceux qui y sont sensibles et pas aux autres.

« Pourquoi ce choix de placarder « Je suis Charlie » partout dans l’IEP ? Est-ce que vous êtes choqués par le fait que cela puisse en agacer certains ? »

P. Mathiot (sur un ton léger) : je suis quelqu’un de libéral, j’ai un peu laissé les volontaires dans l’administration de l’IEP faire ce qu’ils voulaient, je n’avais pas d’arguments forts pour refuser ces affiches. Et puis pour certains, c’était une manière de gérer la résilience. Il faut bien se rappeler de la psychose générale dans laquelle on se trouvait cette semaine-là (on a même cru à une attaque de Sciences Po Lille le vendredi 9 janvier). Cela dit, au nom de la fameuse liberté d’expression, je ne suis absolument pas choqué que certains ne se reconnaissent pas dans ce slogan.
C. Passard : Après, je n’invente rien en disant cela mais l’expression est très polysémique et peut être interprétée de nombreuses manières…
C. Tenenbaum : Il existe un droit à la nuance, la solidarité envers une cause ne s’exprime pas forcément d’une seule manière.

« On a vu passer des articles inquiétants qui montraient que la minute de silence décrétée par l’Etat n’avait pas été respectée dans beaucoup d’écoles. Est-ce qu’aujourd’hui on ne paie pas le prix de ne pas avoir assez diffusé les valeurs républicaines à l’école, de ne pas avoir assez parlé de laïcité, etc. Est-ce que ce n’est pas un problème de valeurs avant tout ? »

P. Mathiot : La minute de silence a peut-être été décidée un peu trop vite. Le gouvernement a dicté des consignes sous la pression, parce qu’il se sentait obligé d’agir rapidement…Personnellement, mes enfants fréquentent des établissements situés dans des endroits un peu difficiles de la métropole. Parfois ça se passe très bien, j’ai en tête cet exemple d’un collège de Roubaix où un prof d’Histoire est intervenu pour expliquer les raisons de la minute de silence, pour discuter avec les gamins. Mais souvent les profs sont juste démunis face aux évènements. On ne peut pas juste ordonner, gueuler d’un coup « MINUTE DE SILENCE ! » et espérer que ça se passe bien… Je pense que ça s’est très bien passé dans les lycées de l’inclusion sociale, beaucoup moins dans les autres.
Il y a déjà pas mal d’éducation civique dans les écoles. Mais effectivement, les heures d’instruction civique sont de plus en plus dénaturées, pour rattraper d’autres heures de cours… Peut-être qu’on ne parle pas assez des « valeurs », cela dit il faut avant tout vérifier que les choses qu’on instruit parlent aux enfants. Surtout quand ils sont en perte de repères dans leur situation personnelle et familiale. Si discours sur les valeurs il doit y avoir, c’est un discours sur le POURQUOI de ces valeurs, pour que les gamins comprennent en quoi ces valeurs ont du sens. Là où on est fautifs, c’est que les responsables politiques ont des oeillères, ils s’étonnent de la différence entre les textes, les programmes, et leur application ailleurs que dans des établissements (parisiens) privilégiés où sont placés leurs enfants.
A. Bazin : Et je ne vous raconte pas comment la minute de silence a dû se passer dans les maternelles. Tout cela pose aussi la question du rapport des familles avec l’école, du dialogue entre les deux. Dans les moments compliqués comme celui-ci, il faut encourager ce dialogue, c’est certainement une clé pour avancer. Et concernant les valeurs : il n’existe pas de liste de valeurs à enseigner, c’est un débat permanent.
P. Mathiot : Ce qui nous fragilise, c’est de penser que notre modèle est universel. Qu’il est tellement universel qu’il n’est pas nécessaire de l’interroger.

« Est-ce qu’il y a eu des réactions au niveau des institutions européennes ? »
A. Bazin : Pour le moment rien de bien concret, mais je pense qu’on risque de céder à la facilité. On va probablement entendre parler de renégociations des accords Schengen, envisager davantage de mesures sécuritaires, et je trouve que ce n’est pas la solution idéale. Mais je ne suis pas surprise.

« Comment on a pu laisser ça arriver ? On savait que Charlie Hebdo était menacé. Les coupables étaient des gens qui étaient sur des listes noires, qui étaient connus des services de police, etc. On aurait dû s’y attendre. »
Sami Makki : Des dysfonctionnements peuvent toujours survenir. Par nature, les attaques terroristes comportent une grande part d’imprévisibilité. Parvenir à une prévision parfaite des agissements de tout le monde, secrètement, hors de tout débat public, ce serait peut-être encore plus inquiétant pour ce que cela dirait de la société française. Il existe bien des moyens alternatifs d’imaginer la prévention ; d’ailleurs bien des politiques ne sont pas en faveur de plus de mesures sécuritaires, ils cèdent juste à la pression par défaut.

« La mise en place d’un enseignement moral et civique au lycée a été votée en décembre 2014. Quel est votre avis sur la question ? »

P.Mathiot : Aujourd’hui il peut y avoir un effet d’aubaine pour ce genre de choses, c’est le moment opportun. On risque de mettre en place des solutions démagogiques, c’est vrai. Dans ces moments de désarroi, ce qui m’inquiète c’est que ce ne sont pas les experts les plus « calmes » et réfléchis qui ont le plus d’influence…
C. Passard : On fait quand même beaucoup d’éducation civique en France, plus qu’ailleurs, du moins en théorie. Seulement ça ne doit pas être envisagé comme un cours classique, c’est sous forme de débat que cela a un sens. Mais on sait bien que ça n’est pas toujours fait, que l’éducation civique est souvent utilisée comme une « variable d’ajustement » par les professeurs…
A. Bazin :  Les programmes scolaires c’est bien, mais je ne suis pas sûre qu’ils devraient s’appliquer de l’exacte même manière à tout le monde. Alors attention, je ne vais pas faire du relativisme, néanmoins : est-ce qu’on ne devrait pas faire un peu attention au contexte ? Ouvrir les yeux du « petit blond aux yeux bleus du centre de Paris » sur la réalité sociale du pays, et offrir quelque chose de différent dans les banlieues sensibles ? Le vivre-ensemble s’applique à tout le monde, à toutes les catégories de population.

« On a souvent l’impression d’être seul dans un monde de bisounours ou sécuritaire. On pourrait demander leur avis à davantage d’experts, imaginer des modèles alternatifs, mais en Europe continentale ça ne se fait pas trop, j’ai l’impression. L’Etat tient trop à sa façon de faire actuelle, à son monopole. »

P. Mathiot : En France, il faut aussi que les universitaires et les experts acceptent ce rôle de conseiller. Il faut qu’ils le veuillent bien, qu’ils assument d’utiliser leurs connaissances de manière « pratique ». Pour cela, il faut qu’on arrête de leur dire des choses comme « Ah maintenant t’as fait du gouvernement, t’es plus universitaire ». Dans la situation actuelle, comme de nombreux excellents universitaires ne veulent pas s’investir, ce sont des gens un peu mous, moyens, opportunistes, qui s’insèrent dans le créneau laissé libre. Effectivement, je pense qu’on devrait aller vers davantage de participation d’experts comme « conseillers ».
A. Bazin : A ce propos, il y a aussi une certaine paresse de certains médias qui invitent toujours les mêmes « experts ». Ce n’est pas quelque chose de facile à changer, les médias ont des contraintes de temps et c’est plus simple de ne pas avoir à chercher d’autres experts.

 « Qu’est-ce qui explique selon vous l’ampleur et la dimension internationale des manifestations ? »

C. Tenenbaum : C’était intéressant de voir à quoi ressemblaient les manifestations dans les autres pays, notamment ceux qui affichent des valeurs similaires aux nôtres. Dans le cas des Etats-Unis, c’était fascinant de voir à quel point le pays s’affichait solidaire des évènements, et donc de la défense de la liberté d’expression, tandis que les médias américains se montraient incapables d’afficher des caricatures visibles partout en France.On a vu deux types de manifestations dans le monde tout de même, beaucoup de témoignages de solidarité bien sûr, mais il y aussi eu des manifestations importantes CONTRE Charlie Hebdo, dénonçant ardemment la caricature du prophète. Pendant un temps, tout était vu à travers le prisme des évènements de Paris – alors qu’on peut discuter du lien réel entre ceux-ci et des attaques d’Eglises au Niger, par exemple.

P. Mathiot : L’ampleur internationale des manifestations s’explique aussi par des raisons techniques. Les manifestations sont mondialisées par la puissance des réseaux sociaux, il y a quinze ans tout cela aurait été difficilement envisageable. Concernant les manifestations contre Charlie Hebdo c’est pareil, on a l’impression certains « attendaient » la sortie du nouveau numéro pour « mobiliser leurs troupes ». Dès que la couverture est sortie en France, certains étaient fin prêts à s’indigner à l’autre bout du monde.

A. Bazin : Sans faire de la géopolitique à deux sous, il pouvait y avoir des enjeux locaux aussi à manifester, des effets d’opportunité (qu’on ne voit pas forcément très bien d’ici). Les évènements ont aussi ravivé la compétition entre les mouvements extrémistes, Al Qaïda, l’Etat islamique, etc. Il faut vraiment faire du cas par cas pour être sûr des vraies raisons de telle ou telle mobilisation.
C. Tenenbaum : Oui, et d’ailleurs on fait presque toujours une lecture essentiellement religieuse des évènements, alors que d’autres agendas, d’autres luttes (de pouvoir, de légitimité…) se cachent là-dessous.

« Est-ce que ce ne serait pas une bonne idée de réintroduire un « service militaire » ou un « rituel » aux effets similaires, qui amènerait les individus d’une classe d’âge à se côtoyer malgré leurs différences ? »

A. Bazin : Concernant la question du service militaire, on a arrêté parce que le système était arrivé à ses limites…
P. Mathiot : Cette notion de « rituel » est intéressante. Personnellement, j’ai fait mon service militaire dans les commandos parachutistes. Bon j’ai été un peu con, j’étais déjà diplômé et j’aurais pu activer mes réseaux, me planquer dans l’administration militaire mais je n’y ai pas pensé, je ne l’ai pas fait. Donc je suis parti un matin commencer mon service comme n’importe qui. C’était une expérience particulière, on était à l’époque de la première guerre du Golfe et on était armés. Dans mon unité, on était chargés de défendre le Sénat. Les familles étaient contre ce genre de choses, beaucoup de parents protestaient, avaient peur pour leur progéniture et parmi ces parents il y avait ma mère (rires). Ce serait vraiment difficile de réintroduire un service militaire de nos jours. Mais ça m’a effectivement beaucoup influencé, ça m’a fait me rendre compte qu’il y avait des jeunes dans des situations sociales et sanitaires graves, des gens en mauvaise santé, qui avaient les dents qui se déchaussaient…
Ce qui se dessine peut-être de nos jours c’est la généralisation du service civique, qui poserait aussi beaucoup de problèmes de mise en application. Il est complexe d’élaborer une politique qui profiterait à un maximum de jeunes, il faut faire de la place (où caser 800 000 personnes ?) sans tuer des emplois, ce genre de choses. Et il faut faire attention aux dérives : souvent le service civique est effectué par opportunisme, pour un souci de CV…

« Quand est-ce qu’on agit concrètement ? On connait les lignes de fracture dans la société, cela fait des années, voire des décennies maintenant. On sait qu’il y a un problème de dialogue social, de vie en communauté… »

P. Mathiot : la dernière fois qu’on a fait un débat un peu sociétal, c’était après les élections de 2002 et le passage de Jean-Marie Le Pen au second tour. Un vrai traumatisme. On se promettait que cela ne devait plus jamais arriver, « plus jamais ça, il faut agir », mais les promesses ont fait long feu. La fracture est là et elle n’est pas nouvelle, c’est vrai ; alors après attention, la situation n’est pas totalement invivable non plus. Seulement les élites doivent se débarrasser de leurs œillères.

« Comment expliquer l’élan de solidarité quelque peu inhabituel envers les forces de police ? »

P. Mathiot : Alors là.
A. Bazin : Je pense qu’un effet émotionnel a joué ici, d’abord avec la diffusion de la vidéo de l’exécution du policier devant les locaux de Charlie Hebdo. Ensuite, les médias ont fait une publicité énorme aux opérations de police, massivement couvertes, suivies en direct. Les forces de police elles-mêmes diffusaient des informations sur les réseaux sociaux, montraient qu’elles étaient dans l’action. Il ne faut pas non plus négliger l’aspect symbolique. Les trois policiers tués étaient d’origine et de couleur de peau différente, c’était la France « Black Blanc Beur », ça coïncidait parfaitement avec le moment « d’unité nationale » auquel on assistait.

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