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Mort suspecte du procureur Alberto Nisman : quand l’Argentine fait face à son passé

Le procureur argentin Alberto Nisman, qui travaillait sur l’élucidation d’un attentat antisémite commis il y a plus de vingt ans à Buenos Aires, a trouvé la mort il y a une quinzaine de jours. Alors qu’il avait déclaré quelques jours avant sa mort : « ça pourra me tuer, cette histoire », l’affaire prend de l’ampleur et éclabousse la présidente Cristina Kirchner.

Dans la nuit du 18 au 19 janvier, le corps du procureur Alberto Nisman est retrouvé dans son domicile à Buenos Aires. À première vue il s’agirait d’un suicide, puisqu’un revolver de calibre 22 a été retrouvé près du corps et que l’immeuble était entouré de gardes du corps. Pourtant cette théorie est assez fragile : Nisman n’était pas dépressif, il avait reçu de nombreuses menaces de mort, et en plus, aucune trace de poudre n’a été retrouvée sur ses mains.

C’est le début d’une enquête qui piétine encore à ce jour. Des milliers de manifestants ont déjà marché pour réclamer la justice pour Nisman. La démocratie argentine est éclaboussée par des soupçons de corruption et de complot. Il faut dire que la démocratie argentine, encore jeune, a des pratiques encore clientélistes, réalisées par des hommes politiques manquant de probité et de transparence.

Le procureur Alberto Nisman
Le procureur Alberto Nisman

Nisman et l’attentat de 1994

Alberto Nisman avait été chargé en 2004 d’élucider un attentat commis à l’encontre du siège d’une association juive de Buenos Aires en 1994 qui avait fait 84 morts. L’enquête n’avait toujours pas désigné de coupables même si l’Iran avait fait l’objet de larges soupçons.

Nisman travaille alors en association avec les services de renseignement, le SI (Secretario de Inteligensia), qui étaient à l’époque alliés au président Nestor Kirschner, l’ex-mari de l’actuel chef d’État du pays. Nisman va prononcer plusieurs mandats d’arrêt internationaux envers des dirigeants iraniens, à peine deux ans après le début de son enquête.

La présidente de l'Argentine: Cristina Kirchner
La présidente de l’Argentine Cristina Kirchner

Quelques années plus tard, les SI prennent leurs distances par rapport à la présidence et Nisman dévoile des écoutes téléphoniques qui révéleraient que Cristina Kirchner aurait juridiquement couvert l’Iran lors de la première enquête, dans le but de protéger des intérêts commerciaux. À l’époque, l’Argentine est en crise énergétique et elle négociait alors le pétrole iranien. Pourtant, quelques jours après la mort de Nisman, elle se défendait de tout soupçon, qualifiant les accusations de grossiers mensonges.

Le lundi 26 janvier, elle dissout officiellement les SI pour enrayer les « rebelles » qui seraient dans les rangs du service, et parce que l’institution n’aurait pas changé de structure depuis la fin du régime militaire en 1983. Elle est persuadée que le meurtre de Nisman fait partie d’un complot des SI pour porter préjudice à son gouvernement. Antonio Stiuso, le cadre des SI responsable du réseau d’écoutes téléphoniques sur le territoire argentin, et principal informateur de Nisman, est d’ailleurs introuvable depuis 2014.

A quand la justice pour Nisman ?

Depuis 10 jours, l’enquête pour déterminer la cause de la mort de Nisman se révèle compliquée. La thèse du suicide n’est pas définitivement repoussée car l’arme utilisée ne laisse pas forcément du poudre sur celui qui l’utilise. L’autopsie du corps a révélé ce samedi qu’aucune autre trace d’ADN n’a été retrouvée sur le corps et les vêtements de Nisman, ce qui renforce la théorie du suicide. Il faut préciser que la théorie du complot est très répendue en Argentine, dû à une certaine habitude médiatique et à un manque de visibilité certain des affaires politiques. Il serait donc possible que cette affaire soit donc simplement beaucoup de bruit pour rien.

Pourtant, même la présidente affirme qu’il s’agit d’un meurtre : elle avait écrit sur sa page facebook : « Le suicide (j’en suis convaincue) n’a pas été un suicide. (…) Ils l’ont utilisé vivant, et ensuite ils avaient besoin de lui mort. C’est triste et terrible. »

Certains éléments sont louches, comme les « irrégularités dans le registre des entrées et des sorties » de la résidence de Nisman, le soir du meurtre, selon les déclaration de la procureure chargée de l’enquête. Le seul suspect, actuellement, est l’informaticien et ami de Nisman, Diego Lagomarsino. Ce dernier est le propriétaire de l’arme prêtée à Nisman et retrouvée dans son appartement. Selon lui, Nisman avait reçu de nombreuses menaces de mort, n’avait plus confiance en personne et lui avait demandé l’arme au cas où quelque chose arriverait à ses filles. Mais il avait déclaré qu’il ne s’en servirai pas. L’informaticien n’a actuellement pas le droit de quitter le pays et il risque la prison pour avoir prêté son arme à Nisman.

L'informaticien de Nisman et seul suspect: Diego Lamarsino
L’informaticien de Nisman et seul suspect: Diego Lamarsino

L’heure reste aux suspicions. En effet, Lagomarsino était connu pour son opposition à Kirchner. De plus, le premier journaliste qui a reporté la mort de Nisman, Damian Pachter, a déclaré être suivi par les services de renseignement, que sa vie était menacée, et a du fuir en précipitation vers Israël. Il dénonce un système corrompu et déclare ne pouvoir revenir que « quand la situation aura évolué » même s’il pense « que ce ne sera pas le cas sous ce gouvernement ».

Ce jeudi, alors que le procureur est enterré, des centaines d’Argentins ont de nouveau réclamé justice pour Nisman, ainsi qu’indirectement pour les 84 victimes de l’attentat de 1994. Pourtant, il n’est pas pure spéculation d’avancer que ce n’est pas tant l’Iran que l’Argentine qui va le plus souffrir de l’affaire de la mort de Nisman.

Anaïs Dudout

Merci à M. Vladimir Sierpe

Sources :

http://www.bbc.co.uk/mundo/noticias/2015/01/150128_argentina_nisman_personajes_socios

http://www.bbc.co.uk/mundo/ultimas_noticias/2015/01/150126_ultnot_argentina_cristina_fernandez_cadena_en

http://www.bbc.co.uk/mundo/ultimas_noticias/2015/01/150128_ultnot_argentina_nisman_lagomarsino_ch

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/01/29/argentine-l-affaire-nisman-en-5-points_4565159_3222.html?xtmc=argentine&xtcr=1

http://internacional.elpais.com/internacional/2015/01/29/actualidad/1422550542_413230.html

http://www.bbc.co.uk/mundo/noticias/2015/01/150126_argentina_nisman_espias_vs

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/01/27/apres-le-suicide-d-un-procureur-argentin-un-de-ses-proches-mis-en-cause_4563910_3222.html?xtmc=nisman&xtcr=6

http://internacional.elpais.com/internacional/2015/01/30/actualidad/1422649647_148796.html

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