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Élection du nouveau directeur #1- Interview de Bernard Cohen-Solal

A quelques semaines de l’élection du nouveau directeur de Sciences Po Lille, le moment est venu pour les candidats à la succession de Pierre Mathiot de se livrer au passage obligé de l’interview. Afin de connaître un peu plus leur parcours, leur personnalité et leur projet pour l’IEP, La Manufacture a contacté les cinq prétendants au trône ; Bernard Cohen-Solal est le premier à nous avoir répondu. Après s’être longtemps consacré à la gestion et au management des entreprises il s’est tourné, il y a quelques années, vers l’enseignement. Désormais, il vise la direction.   

La Manufacture : Bonjour, pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ?

Bernard Cohen-Solal : J’ai toujours été basé en région parisienne mais mon travail m’a amené à beaucoup voyager, que ce soit en Europe ou aux États-Unis. J’ai par exemple travaillé quinze ans pour le groupe américain Dell-ASAP Software et si je n’ai jamais résidé là-bas, j’y allais assez souvent. C’est dans cette même société que j’ai occupé le poste de directeur du Développement Europe, ce qui m’a amené à beaucoup y circuler.

Concernant mes études, j’ai une double formation. Comme vous l’aurez deviné avec mon CV, j’ai fait HEC (Executive MBA) et j’ai également un doctorat en informatique. Je m’étais d’abord orienté vers l’informatique dans l’entreprise. J’ai pu acquérir une grande expérience dans tout ce qui est technologie de l’information et de la communication et nouvelles technologies. Depuis 5-6 ans, je cultive une double activité puisque je suis enseignant à l’ESCP (École supérieure de commerce de Paris) et suis Mentor et Advisor à HEC (en Management des ressources humaines, ndlr). À côté de ça, je suis également mentor professionnel, accompagnant dirigeants et start-ups. Ça fait plusieurs années que je suis dans le milieu de l’enseignement.

Que dire de plus… Je suis marié et père de trois enfants. Mon épouse est médecin et deux de mes enfants poursuivent leurs études dans le domaine de la santé. Mon fils aîné a suivi ma voie et a intégré HEC puis développé sa start-up, qui, chose intéressante, touche également à l’éducation : le site s’appelle « Kartable » et propose pour les collégiens et lycéens tous les cours et exercices en ligne gratuits. En résumé, on peut dire que j’ai toujours été lié, de près ou de loin, à l’enseignement.

Comment décririez-vous l’IEP ? Les enseignements ? L’esprit ?

Je ne peux pas en parler avec certitude dans la mesure où je n’ai jamais eu d’expérience à l’IEP. Mais de ce que j’ai pu en lire, je sais que Sciences Po Lille est une grande école, publique et sélective, dans le sillage des autres IEP. C’est une école qui prépare tout aussi bien à des carrières dans la politique, dans l’administration, dans le journalisme, mais aussi dans l’encadrement et la direction des entreprises.

Concernant l’enseignement qui y est dispensé, je trouve deux choses particulièrement intéressantes : la diversité et la qualité de l’équipe pédagogique d’un côté, et la spécialisation progressive du cursus de l’autre. Contrairement à certaines grandes écoles, Sciences Po a un tronc commun qui permet de découvrir un vaste ensemble de choses. L’étudiant n’est pas tout de suite orienté dans un certain domaine.

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise un étudiant de Sciences Po Lille ?

Un étudiant de Sciences Po peut être caractérisé comme quelqu’un d’ouvert, de curieux, qualités liées justement à cette première phase de découverte. On peut arriver dans cette école sans savoir forcément ce que l’on veut faire mais on peut le découvrir avec cette spécialisation qui vient au fur et à mesure. J’aime aussi le fait que l’école s’ouvre à tout type d’élèves et investisse autant d’énergie dans son programme de démocratisation par exemple.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à déposer votre candidature au poste de directeur de l’IEP ?

Je suis un entrepreneur. J’aime la création, les projets… les challenges ! Quand j’ai vu cet appel à candidatures, j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de passionnant à réaliser. Cette vision que je propose de développer m’a donné envie de mettre en œuvre un vrai projet pour l’école. En tant qu’entrepreneur, j’ai développé beaucoup de projets et accompagné beaucoup de sociétés notamment lors de mon passage à Dell, ou ASAP Software, avec l’ouverture par exemple de toute une filiale à l’international. Challenge et création sont les maîtres mots. Et ce projet s’inscrit également dans la lignée de ce que j’ai pu faire ces dernières années.

En tant qu’entrepreneur, pensez-vous justement qu’une école peut se diriger comme une entreprise ? Plus généralement, qu’est-ce qui fait selon vous un bon directeur de grande école et pourquoi correspondez-vous à cette description ? 

Une grande école et une entreprise se rapprochent forcément si l’on a des objectifs de réussite, de performance, d’efficacité. Et ce n’est pas parce que c’est un organisme public qu’il ne faille pas bien le gérer. Essentiellement, un directeur de grande école doit avoir une vision. L’analyse stratégique est importante : si on ne sait pas où on va, on ne peut pas arriver à bon port. Il faut avoir une vision en adéquation avec les attentes des étudiants, des enseignants, du conseil d’administration, mais de l’État aussi !

Pour ce qui est des qualités requises, je pense qu’un bon directeur doit être un leader, un coach qui est capable de rassembler et d’emmener tout le monde dans ce projet. À la fois manager et gestionnaire, car il est important par exemple de bien gérer les budgets dont on dispose. La qualité d’exécution est également primordiale. J’ai vu beaucoup d’entreprises tourner court parce que l’idée ne suffit pas pour mener à la réussite. Bien sûr, pour être directeur d’une école, il est important d’être aussi un enseignant, de faire partie de ce milieu. Et sans me permettre de dire ce que les uns ou les autres ont ou n’ont pas, je pense vraiment pouvoir apporter cette double expérience avec à la fois l’enseignement et le management.

Avec cette candidature, vient aussi un tout autre challenge : succéder à Pierre Mathiot, qui dirige l’école depuis huit ans maintenant. Vous êtes-vous intéressé à ce qu’il avait fait pour l’IEP ? Selon vous, est-ce important de rester dans une certaine continuité ?

Oui. J’ai lu plusieurs articles à son sujet et plusieurs de ses interventions. Il représente la pluridisciplinarité, l’égalité des chances… Tout ce qu’on a décrit tout à l’heure porte aussi son empreinte : politique d’accompagnement, partenariats… Tout ce qu’on peut lire sur l’école a été forgé par son travail, son ambition et tout ce qu’il a mis en œuvre. Mon programme passe bien sûr par le développement et la consolidation des acquis et des points forts de l’école : les enseignants, les chercheurs, la qualité de vie des étudiants, les filières. Il y a beaucoup de choses à garder ! Ce n’est pas un projet de destruction, mais au contraire de consolidation et de vision sur le futur.

Justement, quelle direction voulez-vous donner à l’IEP ? Présentez-nous votre programme.

En arrivant dans une organisation quelle qu’elle soit, il faut rapidement faire une analyse de l’existant, capitaliser sur les points forts et considérer ce qui peut être amélioré. C’est un vrai travail d’équipe.

Par rapport à ma vision, comme je l’ai dit, je suis un homme de projets. J’en ai plusieurs clairement en tête :

  • Créer et renforcer les filières de l’entreprenariat.
  • Créer un incubateur pour favoriser et accompagner les start-ups.
  • Créer un fonds d’investissement en partenariat avec des organismes régionaux.

Mon programme commence par une phrase qui peut déranger un peu, mais que j’ai entendue plusieurs fois en faisant un rapide sondage auprès d’étudiants de prépa ou de grandes écoles : Sciences Po Lille ne doit pas être l’école de ceux qui n’ont pas pu rentrer à Sciences Po Paris.

Le futur est en train de se jouer, des choses changent. Il y a à la fois beaucoup de craintes mais aussi beaucoup de potentiel. Tous les grands dirigeants boostent une jeunesse qui rêve de créer car il y a beaucoup de choses à faire. L’enseignement supérieur français doit réagir à ça car les jeunes cherchent de plus en plus des terres d’accueil pour leurs projets, et c’est dommage ! Les 24 écoles de la CCI Paris (Chambre du Commerce et de l’Industrie), que je cite entre autres dans mon programme, en ont pris la mesure : « Un campus ouvert et multiple / adapté au projet de chacun / ouvert sur le monde / axé entreprises / connecté au futur ».

On trouve aussi dans ce programme deux verbatim : Fleur Pellerin d’abord, qui dit (à l’occasion du salon LeWeb en décembre 2013, ndlr) que « la France doit s’affirmer comme une ‘start-up nation’ ». C’est l’un des moyens de faire redémarrer l’économie et d’avoir quelque succès dans ce monde globalisé ! C’est aussi la vision que j’ai pour Sciences Po Lille : une grande Ecole au cœur de l’Europe. L’autre, c’est François Hollande qui vient d’annoncer (à la conférence de presse du 5 février à l’Élysée, ndlr) la nécessité d’une « grande école du numérique ». C’est là l’un des enjeux majeurs du développement de l’entreprenariat.

C’est quelque chose d’intéressant et particulier : Internet a aujourd’hui soit touché, soit apporté, soit bouleversé presque tous les champs de l’économie et de la vie quotidienne. Mais il y a un domaine pour lequel on n’a quasiment pas constaté de changement avec Internet : la politique. Mais il va, selon moi, se passer beaucoup de choses dans ce domaine : on parle de démocratie participative, de web-télé spécialisée, etc. Sciences Po est un creuset pour ce genre de développement. De même que tous les journaux et médias accélèrent leur transition vers le digital, il faut se donner les moyens d’embrasser ces nouveaux paradigmes.

Le projet d’incubateur d’entreprises est aussi central pour des étudiants qui ont envie de créer leur entreprise. Cela peut être soit un incubateur régional avec un rayonnement régional et européen/international, soit un incubateur spécialisé, dans les secteurs des médias et de la politique par exemple. Il y a vraiment beaucoup de choses à faire. Les entrepreneurs aident beaucoup les créateurs au sens large. L’insertion professionnelle des étudiants passe aussi par ce genre de choses.

Propos recueillis par Alexandre Aflalo


Retrouvez l’intégralité de son programme ici

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