Skip to content

Anne-Lyvia Tollinchi • 13 avril 2018

Anna Lippert et Anne-Lyvia Tollinchi • 12 avril 2018

Philippine Malloggia • 29 mars 2018

Enough.

Anne Tollinchi • 28 mars 2018

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Élection du nouveau directeur #2 – Interview de Guillaume Vinchon

Nous poursuivons notre série d’interviews des candidats au poste de directeur. Guillaume Vinchon, directeur d’établissement, est le deuxième candidat à répondre aux questions de La Manufacture. A quelques semaines de l’élection du nouveau directeur de Sciences Po Lille, qui aura lieu le 21 février prochain, c’est l’occasion pour nous de connaître son parcours, sa personnalité et son projet pour l’IEP.

La Manufacture : Bonjour, pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ?

Guillaume Vinchon : Je suis originaire du Nord, depuis de nombreuses générations. J’ai 56 ans, je suis marié et j’ai trois enfants. Aujourd’hui je suis Picard, après avoir travaillé un peu partout en France. Roubaisien d’origine, j’ai commencé mon cursus à l’EDHEC. J’ai ensuite poursuivi mes études à l’Université de Strasbourg. Jusqu’à fin janvier, j’étais directeur du lycée professionnel Henry Potez de Méaulte, lycée aéronautique pour Airbus. Mes autres expériences professionnelles ont été dans le monde de l’entreprise : tant dans des grandes firmes multinationales – comme Shell à Lille – que des moyennes – l’univers des réseaux câblés – ou des petites entreprises. Je suis très souvent en contact avec différents établissements de l’enseignement et de la formation : l’Université de Valenciennes, l’Université de Strasbourg, l’UTC (l’Université de technologie de Compiègne), des écoles d’ingénieurs, des centres de formation…

De l’administration d’établissements et centres de ressources au management d’équipes, en passant par l’enseignement de l’économie-gestion au niveau secondaire, j’ai acquis des compétences multiples. J’ai également eu à développer des projets, recruter des personnes, assurer des responsabilités commerciales.

Nordiste d’origine, je suis complètement conscient de la dynamique de la région, qui explose tous les jours. J’ai également une forte image de Sciences Po depuis longtemps et, par rapport à Lille, ce qui me motive c’est que c’est un IEP jeune mais qui est plus que performant. On peut en faire beaucoup de choses.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à candidater au poste de directeur de l’IEP ?

Je suis passionné par le monde de l’enseignement, je veux faire progresser les étudiants. Ce qui me plaît aussi c’est l’image de marque et le niveau d’excellence de cette école et de ses jeunes.

C’est un peu prétentieux de dire « voilà ce que je vais faire », il faut arriver avec un œil neuf pour comprendre, discuter, changer et voir ce que l’on peut faire. J’ai toujours aimé démarrer quelque chose et me remettre en question pour accomplir de nouveaux projets.

Comment décririez-vous l’IEP ? Les enseignements ? L’esprit ?

Je me fais l’idée d’une école très ouverte, les enseignements sont très attractifs, que ce soit les doubles filières, l’année à l’étranger, ou encore les modules en langue étrangère. D’un point de vue extérieur, l’aspect des cours est passionnant, notamment dans les masters ou les spécialités. Je trouve que Sciences Po Lille va loin dans la communication et l’institutionnel. Les Humanités, ce que l’on appelle les « sciences molles » : j’ai enseigné dans cette branche, ça me plaît. C’est le cas de beaucoup d’enseignements. C’est une force de l’école.

L’esprit « Sciences Po » est pour moi un esprit d’ouverture, et c’est totalement plaisant.

Qu’est ce qui fait un bon directeur de grande Ecole et pourquoi, selon vous, vous correspondez à cette description ?

 La personne qui dirige est un chef d’orchestre, qui a des musiciens (autant les élèves que les profs). Le chef doit savoir jouer et avoir de l’oreille, mais surtout faire en sorte que ça fonctionne bien. Il impulse une dynamique et donne les directions. Il faut de la passion, pour ce que le Directeur fait, pour l’école et pour les jeunes. Ma motivation, c’est que les jeunes réussissent. La différence c’est que j’étais dans un lycée professionnel. A Sciences Po, on rencontre des jeunes avec un plus fort potentiel. Nous avons un boulot pour vous donner encore plus de passion, vous faire aller loin et faire en sorte que vous fassiez honneur à l’école. Que vous rentriez dans une belle institution, que nous donnions une bonne image de l’école.

Une école est une entreprise, il faut la manager, il y a des aspects de ressources humaines. Pour avoir l’autonomie, on a besoin de ressources puissantes.

Que répondriez-vous à ceux qui pourraient penser que vous appliqueriez une logique managériale à l’IEP ?

 Pour pouvoir partager les parts d’un gâteau, il faut avoir un gâteau. Quand on réussit à avoir une bonne gestion, des recettes propres plus importantes, on est plus autonomes pour aller de l’avant. C’est manager pour donner des moyens. Sciences Po Lille est une école publique donc il faut tout faire pour maintenir des frais de scolarité relativement raisonnables.

Le but est de gagner de l’argent pour que ça se répercute sur les frais de scolarité et les rendre moins coûteux pour qu’il y ait un accès le plus ouvert possible. C’est important de garder de l’ouverture.

Après, il faut arbitrer la qualité pédagogique par rapport aux ressources, c’est par exemple ce que j’ai dû faire au sein de mon établissement. Si on ne pense qu’aux finances, on perd en qualité mais si on ne le fait pas, on ne peut plus assurer de pédagogie. Il faut développer des nouveaux outils pédagogiques, faire en sorte que les équipes se sentent intéressées et bien rémunérées.

Sciences Po Lille est sous tutelle de l’Etat, ce sera toujours comme ça, et heureusement. Mais si on augmente les ressources, grâce à la taxe d’apprentissage, aux mécènes, aux dons des anciens élèves, on peut investir plus dans l’école.

Vous êtes donc pour les partenariats public-privé ?

Oui, je trouve que c’est bien. Il y a longtemps, le magazine TIME avait comparé la réussite de grands patrons en Europe. Ils avaient établi des profils : en France ils étaient polytechniciens, centraliens, anciens d’HEC ; en Angleterre juristes ou historiens et en Allemagne, issus d’une école technique. On voit qu’avec des cursus complètement différents on arrivait à avoir des top-managers. J’en retiens que si les gens sont brillants et vont loin dans leur formation, on peut faire des choses magnifiques. Il faut faire en sorte de développer des partenariats avec l’IEP.

Présentez-nous votre programme, quelle direction voulez-vous donner à l’IEP ? Que changeriez-vous ou conserveriez-vous ?

Je suis parti d’un constat extérieur : une structure importante – en termes d’étudiants et d’administration – attractive, sélective et financièrement saine. Je n’ai pas vu le bilan détaillé mais j’ai approfondi le rapport de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, ndlr).

Je pense tout d’abord qu’il faut améliorer la gestion des ressources humaines. Il y a des soucis de dotation, de fonctionnement, de chiffres d’affaires  et de formation continue.

Pour cela, je voudrais approfondir la lancée actuelle à plusieurs niveaux :

  • L’accompagnement

Il est très important d’aider les étudiants à chaque moment pour qu’ils fassent le meilleur Erasmus possible. Il faut également montrer que l’école est présente, que les jeunes ne sont pas laissés isolés. Ensuite, pourquoi pas, les suivre une fois embauchés.

  • Les partenariats 

Je pense qu’il faut élargir les partenariats, s’ouvrir vers le monde industriel qui doit avoir besoin de l’IEP. Il ne faut pas avoir peur de concurrencer les écoles de commerce, et pour s’en différencier, aller là où on est fort. En se focalisant sur les aspects culturels, je pense que l’IEP est plus performant que l’EDHEC, vous allez plus loin dans certains domaines. Une entreprise a besoin de décrypter le monde dans lequel elle va aller : l’ingénieur n’est pas le meilleur pour cela. L’industrie a besoin de Sciences Po, mais le fait-elle assez ? C’est à l’IEP de lui montrer qu’elle en a besoin en développant ses spécialités.

  • Le numérique 

J’ai beaucoup d’expérience dans les nouvelles technologies, notamment dans les formations à distance (e-learning), que j’aimerais mettre à profit.

  • Le déménagement 

J’ai déjà réalisé un déménagement dans mon ancien établissement. Je sais qu’il faut tout faire pour que cela se passe au mieux.

  • La formation continue

La philosophie de la formation continue c’est optimiser nos moyens. A Sciences Po Lille, ça a déjà été initié avec les summer camps. On pourrait penser à faire des winter camps. Il faut développer la formation continue en s’appuyant sur nos expertises et nos moyens. Ce serait construire du sur-mesure plus que du prêt-à-porter. Dans le monde de la formation, il faut appliquer une démarche pour se faire connaître. Parmi nos partenaires et les structures mécènes, certains sont sûrement intéressés par les formations continues et cela permet de créer des ponts. Pour autant, il faut se donner des objectifs éminemment qualitatifs. Ce n’est pas l’activité principale et c’est pourquoi il ne faut faire que de la formation continue d’excellence, qui reste dans la continuité de la formation initiale.

Plus largement, et plus concrètement, la formation peut consister en une formation d’aide à l’export. Au sein des relations extérieures des entreprises, on a besoin de savoir qui sont les gens en face, leurs coutumes, leur culture, leur histoire, leur religion, leur philosophie. C’est important pour découvrir et s’adapter au pays. Egalement dans des aspects analyse-export, montage d’entreprises à l’étranger, avec l’aide du droit comparé. Cela pourrait se faire via des modules de formation continue aux structures qui le souhaiteraient.

Ce qui est intéressant c’est de se mettre en pratique en étant consultant. Et donc être dans le concret tout en étant dans le conceptuel.

  • L’innovation pédagogique

Sur le plan pédagogique, mettre en place des contrats d’apprentissage et approfondir l’aspect « Humanités » en mettant, par exemple, de la philosophie dans les enseignements de base.

  • Les associations

Il faudrait approfondir l’importance des associations, les aider à se structurer, à avoir de la méthodologie.

La vision que je propose est celle de quelqu’un qui connaît bien le monde de l’éducation mais qui ne connaît pas la machine de l’intérieur. C’est une vision neutre et différente.

Quelle attitude adopter dans la bataille pour les subventions entre les différents Sciences Po et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ?

Vu de l’extérieur, je dirais qu’il faut prendre le bâton de pèlerin pour dire « traitez-nous comme on doit être traités ». Après, je n’ai pas tous les tenants et les aboutissants. Il faut se battre, dans le bon sens du terme, pour avoir mieux, et être un peu offensif, me semble-t-il, vis-à-vis des ministères. En venir aussi à répondre à des appels concernant des projets européens et autres, ne pas se limiter à la tutelle en termes financiers.

Le PEI est devenu, au fil des années et sous l’impulsion de Pierre Mathiot, plus qu’un simple programme de préparation au concours commun. Comptez-vous continuer dans cette lancée ?

J’ai besoin de mieux comprendre le dispositif mais ayant dirigé un établissement professionnel d’excellence, je me suis rendu compte que des petits gars qui commençaient par un CAP, ou un Bac Pro étaient capables d’aller vachement loin. A partir du moment où les gens sont volontaires, il faut les aider. C’est intéressant pour solidifier le portefeuille étudiant d’avoir des gens issus de toutes origines.

 

Propos recueillis par Maryam EL HAMOUCHI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *