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Élection du nouveau directeur #3 – Interview de Florence Legros

Au tour maintenant de Florence Legros, professeur à l’université Paris Dauphine, de répondre aux questions de La Manufacture. Alors que le 21 février, date de l’élection du nouveau directeur de l’IEP, approche, elle a accepté de nous éclairer concernant son parcours, ses idées et ses projets pour Sciences Po Lille. Ses mots d’ordre ? Ouverture sociale et internationale, formation continue et réussite.

La Manufacture : Bonjour, pouvez-vous tout d’abord vous présenter en quelques mots ?

Florence Legros : Je suis un professeur d’université un peu tordu. J’ai commencé dans le secteur parapublic avec un détour dans le privé. J’ai été économiste à la Caisse des Dépôts et Consignations. Ensuite, j’ai passé l’agrégation des universités et j’ai été en poste à Perpignan, Paris Sud et actuellement à l’Université Paris Dauphine. Parallèlement, j’ai aussi effectué un certain nombre d’auditions pour la Banque mondiale, sur les retraites, qui est devenu mon sujet d’étude et de recherche. J’essaye continuellement de mener cette double vie d’enseignant et de chercheur. En janvier 2008, dans le cadre d’un détachement, j’ai été nommé recteur de l’académie de Dijon et chancelière de l’Université de Bourgogne.

A Dauphine, j’ai monté un Institut de Gestion de Patrimoine, tout en développant la formation continue. J’ai pris en charge un Master d’Assurance et Gestion des Risques, auquel j’ai essayé de redonner une colonne vertébrale. Je suis également en charge du magistère ‘Banque, Finance, Assurance’ pour lequel révise la dimension internationale et trouve des accords de doubles-diplômes. A part ça, j’ai aussi deux enfants qui ont votre âge.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussée à déposer votre candidature pour le poste de directeur de l’IEP ?

Depuis mon expérience de recteur, j’ai réalisé que j’aime l’ingénierie pédagogique. J’aime reprendre un diplôme, une école, un ensemble de formations, m’attacher à en faire un tout cohérent et avoir de l’ambition pour mes étudiants et pour l’institution qui m’emploie. A Dauphine, j’ai l’impression d’avoir bâti quelque chose qui fonctionne mais j’ai encore de l’énergie à revendre et suis convaincue que cette énergie et ce goût pour l’ingénierie pédagogique et l’international peuvent être mis à profit.

Parallèlement, j’ai le sentiment qu’il est plus simple de mener des projets à Lille qu’à Paris. Dans les régions, les élus locaux sont beaucoup plus impliqués. A Paris, les élus locaux s’occupent de 15 universités, alors qu’en région, on a une vraie implication. Quand j’étais recteur à Dijon, un des plus beaux projets que j’ai conduit est une Classe prépa pour Bac Pro industriel à Montceau-les-Mines. Ce genre de projet est réalisable à Douai, mais pas à Paris. Et le Nord, compte tenu de ce que j’en sais, est probablement une région ad hoc pour des projets de ce type.

Comment décririez-vous l’IEP ?

Sciences Po Lille est un beau produit, c’est un bel IEP, réputé et remarquablement bien placé avec des étudiants brillants, avec qui, il est possible de construire quelque chose. J’ai été impressionnée par les collaborations internationales et la formation continue. Le directeur précédent a fait un boulot remarquable. Sciences Po Lille a un potentiel formidable, qu’il faut encore développer. En continuant à creuser ce sillon, on peut arriver à minima à maintenir cette image de Sciences Po Lille, et même à faire quelque chose d’encore mieux.

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise les étudiants de Sciences Po Lille ?

Ce sont des étudiants qui ont fait le choix de Sciences Po, qui ont fait le choix d’un certain attachement à la vie politique, au monde politique, au bien public. Il y a une tournure d’esprit particulière, me semble-t-il, à souhaiter faire Sciences Po plutôt que Sup de Co’ par exemple. Ce n’est pas le même profil.

Tout d’abord, ce sont des étudiants plus jeunes que les étudiants auxquels on s’intéresse quand on a des masters à l’université. Certains n’ont pas fait de Classe prépa, ils sont à la lisière du bac et de l’enseignement supérieur, ce qui est un âge particulier dans la vie d’un étudiant. Par ailleurs, il y a beaucoup d’étudiants non parisiens. D’expérience, j’ai aimé travailler en province car on y trouve une tournure d’esprit moins arrogante, assez sympathique. Il y a là plus de mixité sociale, un environnement différent et c’est quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Enfin, les étudiants sont brillants, donc si j’étais élue, il faudrait que je sois à la hauteur.

Pensez-vous qu’il y a un « esprit sciences Po » ? 

Oui, il y a un esprit Science po, il y a un esprit naturel qui est celui d’appartenir à une communauté, à des groupes un peu fermés. Ce n’est pas si différent de Dauphine où mes étudiants sont aussi dans cet esprit de communauté, ce qui est assez sympa. Il y a aussi un attachement à la vie publique et c’est là quelque chose qui m’attire sans précisément l’avoir connu de très près. A Dijon, j’étais en contact avec le campus délocalisé de l’IEP de Paris. Je connais donc cet esprit de gens intéressés par la macroéconomie, la politique, l’environnement et j’en passe.

Qu’est ce qui fait un bon directeur de grande école et pourquoi, selon vous, vous correspondez à cette description ?

Ayant vocation à enseigner à Sciences Po, je peux comprendre ce qu’il s’y passe sur le fond comme la forme. Je crois aussi qu’il ne faut pas être déconnecté de la recherche car on est dans un environnement universitaire. Il faut une crédibilité institutionnelle pour diriger Sciences Po Lille, quelqu’un qui puisse discuter avec l’université, les universitaires, le recteur, les élus, ce dont j’ai l’habitude.

Il y a aussi des caractéristiques humaines. J’aime le dialogue social. Je pense qu’une formation comme Sciences Po est nécessairement une formation ouverte. Il faut que les étudiants soient des gens ouverts vers l’extérieur, avec un sens de l’écoute, de regard, un rapport à la collectivité particulier. Si le directeur n’a pas lui-même un bon sens de l’écoute et une appétence pour le dialogue social mais aussi le dialogue tout court, ce n’est pas possible. Il faut pouvoir dialoguer avec les universitaires comme l’environnement économique local. Quand on a mis le nez hors de l’université, ce qui est mon cas, on est assez bien placé pour parler aux entreprises et élus locaux.

Une autre grande qualité pour diriger un diplôme ou une école, c’est aussi d’être ambitieux pour ses étudiants. Il faut être proche de leurs besoins. Cela ne veut pas dire être « béni oui oui » à leur écoute, il y a des règles, mais il faut être bienveillant. Il faut aussi être organisé, avoir les idées claires sur ce qu’on veut. J’ai beaucoup de rigueur dans la gestion, et davantage encore depuis mon expérience de recteur. J’essaye de travailler à l’adéquation emplois/ressources, avec une gestion par projets. Avoir une expérience internationale est un plus. Il faut donc être parfaitement bilingue, avoir un carnet d’adresses d’universitaires à l’étranger pour les échanges. Il faut aussi avoir des projets, et pour cela, il faut un mélange d’opiniâtreté, un grain de folie, et un peu de fantaisie.

Quelle attitude adopter face à Sciences Po Paris, par exemple concernant la bataille des subventions, notamment quand on sait que Sciences Po Lille est beaucoup moins bien doté que Paris ?

C’est un vrai problème, c’est pour cela que l’un des points de mon programme concerne la formation continue, qui peut permettre d’obtenir des financements, pour pallier l’insuffisance des subventions. D’ailleurs en écrivant mon programme pour Sciences Po, je m’étais dit que le fait que Sciences Po Lille soit orienté vers le journalisme pourrait être une orientation possible de la formation continue à Sciences Po, pour permettre aux journalistes de faire des mises à jour.

Il y a un vrai souci sur les dotations. Je crois qu’en tant que recteur, je peux aller dialoguer avec Paris. Si j’étais élue, l’une des premières choses que je ferais serait d’aller voir le recteur de Lille et aussi de Paris pour expliquer que cela ne peut plus durer. Il y a un vrai déséquilibre, un côté « parent pauvre », et ce n’est pas qu’une histoire d’argent, c’est une histoire de principe. Mes expériences de provinces m’ont rendue agacée de ce genre de déséquilibres. Ceci dit, ça a déjà été fait précédemment par le Directeur actuel.

Quels éléments retenir de votre programme ? Quelle direction voulez-vous donner à l’IEP ?

Celle de la réussite de tous, surtout des étudiants. La bienveillance est une grande qualité, notamment vis-à-vis de l’étudiant. Il faut être opiniâtre et sortir des choses par le haut. Quand j’ai pris le magistère, on était quatrièmes au classement SMBG (Classement des meilleurs masters de France), l’année dernière on était deuxièmes, cette année, j’ai décidé qu’on serait premiers. Avec Sciences Po Lille, si je suis élue, ça peut être pareil.

Pensez-vous que certains atouts de l’IEP n’ont pas été assez mis en valeur ? Qu’est-ce que vous changeriez ? Qu’est-ce que vous conserveriez ?

La direction précédente a fait ce qu’elle pouvait et il y a eu un vrai progrès sur l’internationalisation ou encore la formation continue. Les atouts ont été très bien utilisés et il faut continuer. Le succès d’une école c’est du long terme. Il faut commencer par une période d’observation. Un IEP est un écosystème, il faut le comprendre, l’appréhender  et après on évolue doucement. Encore une fois, il faut être crédible, avoir de vrais projets. Il faut continuer et infléchir la courbe vers le haut. Chacun met modestement sa pierre à l’édifice. Si la pierre permet de monter encore plus haut, c’est mieux.

Le PEI est devenu plus qu’un simple programme de préparation au concours commun. Comptez-vous continuer dans cette lancée ? Quelle ouverture sociale faudrait-il à Sciences Po d’après vous ?

J‘ai déjà montré que j’étais très favorable à l’ouverture sociale sous plusieurs formes : avec d’un côté l’ouverture sociale « traditionnelle », le mélange en termes de catégories socio-professionnelles, et de l’autre l’ouverture aux zones rurales où l’on constate une vraie autocensure. Quand j’étais à Dijon et Perpignan, certains étudiants, même les plus brillants, se disaient « Sciences Po ce n’est pas pour nous » et pourtant il y a là un réservoir de talents. Dans leur cas, il y a quelque chose à faire car la mixité n’est pas un concept descriptif, c’est une richesse mutuelle. J’y crois. C’est un peu une obsession pour moi.

Propos recueillis par Maëlys Septembre

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