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Élection du nouveau directeur #4 – Interview de Benoît Lengaigne

C’est au tour, tant attendu, de Benoît Lengaigne, professeur à l’IEP et actuel Directeur du développement et des partenariats institutionnels, de répondre aux questions de La Manufacture. Alors que le 21 février, date de l’élection du nouveau directeur, approche, il a accepté de nous éclairer concernant son parcours, ses idées et ses projets pour Sciences Po Lille, l’école qu’il aurait imaginé si elle n’avait pas existé. 

La Manufacture : Bonjour, faisons comme si les étudiants ne vous connaissaient pas. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Benoit Lengaigne : Je suis né un 14 juillet à Boulogne sur Mer. Après le BAC j’ai fait une hypokhâgne et une khâgne, spécialité sciences sociales, au Lycée Faidherbe de Lille. J’ai fait des études d’économie et de sociologie à l’Université Lille I avant de partir à Paris Nanterre pour faire une thèse sur les théories économiques de la justice. Je suis ensuite revenu dans le Nord, à Saint-Amand-les-Eaux, où j’ai enseigné les Sciences sociales en Lycée avant de commencer à enseigner à Sciences Po Lille, il y a quinze ans. En 2000, je tenais, devant les deuxièmes années, ma première conférence de méthode en économie. En 2007, j’ai été élu administrateur de Sciences Po Lille et titulaire à partir du 1er septembre de l’année suivante. Une semaine après, je recevais un mail de Pierre Mathiot qui s’intitulait « proposition importante ». Il m’annonçait que le Directeur des études de l’époque venait de démissionner. Le lendemain je faisais la pré-rentrée en tant que Directeur des études. La suite, vous la connaissez.

J’ai exercé cette fonction pendant cinq ans, puis j’ai prolongé ce que je souhaitais faire en tant que Directeur du développement. Depuis deux ans, j’ai impulsé tout ce qui est lié à l’insertion professionnelle, j’ai lancé le parcours de définition du projet professionnel pour les étudiants, le coaching, les conférences carrières, les relations avec les diplômés, avec les entreprises, la formation continue, la collecte de la taxe d’apprentissage, les partenariats ou encore le développement de la plateforme stages et emplois.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à déposer votre candidature pour le poste de directeur de l’IEP ?

Cela fait 7 ans que je suis directeur adjoint de Sciences Po Lille. J’y vois une structure à taille humaine, qui fonctionne de manière extrêmement efficace avec des moyens qui sont plutôt en dessous de la moyenne, et c’est un euphémisme. Je pense qu’elle a besoin d’une forme de stabilité, de cohérence avec ce qu’il s’est passé pendant les huit dernières années, c’est-à-dire, pendant le mandat de Pierre Mathiot. Sans porter ombrage aux directeurs précédents, Sciences Po Lille a vraiment décollé depuis que Pierre Mathiot en est le directeur. Si dans les classements officieux, qui deviennent officiels, Sciences Po Lille est considérée comme étant le meilleur IEP de région, c’est en très grande partie grâce à son action et à son équipe. J’en fais partie, donc forcément son bilan est un tout petit peu le mien. Me porter candidat, c’est donc garantir une certaine continuité et si j’estime que j’ai d’abord un devoir d’héritage avant un droit d’inventaire, je sais, et tout le monde le sait, qu’un nouveau directeur c’est aussi une nouvelle personnalité, une nouvelle équipe et donc aussi une forme de changement.

Selon vous, qu’est-ce qui caractérise les étudiants de Sciences Po Lille ?

Les étudiants de Sciences Po Lille ne sont pas là par hasard. Il y a chez eux une grande qualité qui est pour moi celle qui caractérise toutes les autres : la curiosité. Les étudiants de Sciences Po Lille sont curieux. Quand on rencontre des parents, des élèves qui ne sont pas encore étudiants, dans des salons, souvent on est face à cette phrase : « je ne sais pas quoi faire donc je veux faire Sciences Po ». Cette phrase est trompeuse, on a l’impression qu’elle est négative alors que c’est exactement le contraire. En réalité, c’est justement parce qu’ils veulent faire Sciences Po Lille, qu’ils ne savent pas quoi faire. Cette hésitation est le signe d’une curiosité, d’un intérêt au monde et aux questions contemporaines, d’une sorte de satiété qu’il est impossible de satisfaire en dehors de la pluridisciplinarité. C’est là, le lien le plus important. La pluridisciplinarité des maquettes à Sciences Po Lille alimente la curiosité des étudiants.

Enfin, il y a une troisième caractéristique. Quand, tous les jours, presque sans s’en rendre compte ou sans le savoir, on passe d’une analyse macro-économique à un commentaire d’arrêt, en passant par un travail sur archives et une analyse de sociologie électorale, on  acquiert un champ de connaissances extrêmement vaste et ouvert. Quand on passe d’une méthode à une autre, d’un enseignant à un autre, d’une discipline à une autre, on acquiert au final des compétences spécifiques, facilement repérables sur le marché du travail. C’est la fameuse phrase : «  j’ai tout de suite repéré qu’il avait fait Sciences Po Lille ».

Est-ce qu’il n’y a pas parfois un côté négatif dans cette phrase : «  j’ai tout de suite repéré qu’il avait fait Sciences Po Lille » ?

Est ce qu’il n’y a pas un côté Sciences Po-Sciences pipo, où les étudiants sont capables de parler de tout et donc ne savent rien faire ? Je pense que si cette critique pouvait avoir une forme de fondement, je dis bien si, c’était peut être quand Sciences Po n’était qu’en 3 ans. Maintenant Sciences Po est passé à cinq ans et cette critique est absolument factice, voire relève plutôt d’un cliché que d’une réalité. Le cycle Master est justement affuté pour une professionnalisation, une spécialisation et on ne peut plus dire Sciences Po-sciences pipo.

Comment décririez-vous Sciences Po Lille ?

Il y a plusieurs choses qui distinguent Sciences Po Lille, et de façon générale, Sciences Po Lille des autres IEP. D’abord je pense que ce schéma : curiosité, pluridisciplinarité, compétences spécifiques, est mieux géré à Sciences Po Lille qu’ailleurs. L’intérêt pour notre école est lié à la maquette et son équilibre : le fait qu’il y ait les disciplines importantes des sciences sociales sans qu’une discipline prenne le pouvoir sur toutes les autres, qu’il y ait une forme d’équilibre entre l’économie, le droit, l’histoire, la sciences politique. C’est essentiel et ça n’existe pas dans tous les Sciences Po. C’est aussi lié, notamment depuis deux ans puisque j’ai œuvré pour cela, au lien entre la formation initiale et les compétences sur le marché du travail. Cet espèce de triptyque – schéma, maquette et professionnalisation – fait de Sciences Po Lille le meilleur Sciences Po, cohérent et solide.

Sciences Po Lille, c’est aussi une culture, une signature collective qui se retrouve chez les enseignants, dans les équipes administratives mais aussi et certainement surtout chez les étudiants. Il y a une culture de la conviction, de la passion, une culture de l’humour, une culture du courage, de la prise de risque, de la ténacité. C’est ce qui se manifeste à travers des initiatives étudiantes comme Munwalk ou le Prix Mirabeau. Le dynamisme des associations étudiantes traduit cet esprit. Dans mon programme j’ai mis une phrase de Jules Verne qui, je pense, résume un peu les choses : « ce qui est impossible aujourd’hui, c’est ce qui reste à faire pour demain ». Par rapport à Sciences Po Paris, et c’est en lien avec cette culture, il y a, à Sciences Po Lille, la volonté de rester un IEP avec une taille humaine plutôt qu’une taille critique.

Enfin, je dirais que Sciences Po Lille est une très belle école. Comme je dis souvent, c’est sans doute celle que j’aurais imaginé, que j’aurais inventé, si on m’avait donné la possibilité de créer une école avec une baguette magique.

Justement, Sciences Po Lille est souvent défini par rapport à Sciences Po Paris. On entend souvent qu’il est le meilleur IEP de province car le plus proche de la capitale, qu’en pensez-vous ?

C’est en partie faux. Quand les étudiants choisissent leur IEP, la hiérarchie implicite qui se dégage de leurs vœux place Sciences Po Lille en tête. Nous sommes l’unique IEP qui voit arriver uniquement des étudiants dont c’est le premier vœu. Ce n’est pas un hasard et ce n’est pas lié au fait que l’on soit proche de Paris. Après je ne veux pas tomber dans la caricature en disant qu’on est meilleur. Sciences Po Paris est une très bonne et très grande école, la seule chose c’est qu’elle est né en 1870 et nous, en 1991. Il y a un retard de moyens et on a plus d’un siècle de différence, donc, non, on ne se situe pas au même niveau, non, on ne joue pas dans la même catégorie, maintenant je pense qu’un étudiant de Sciences Po Paris et un étudiant de Sciences Po Lille ont les mêmes caractéristiques. Sciences Po Lille n’est pas choisi par ceux qui ont raté Sciences Po Paris ou ceux qui sont proches de Paris, Sciences Po Lille est choisi pour des raisons internes à l’école. La preuve, il y aussi énormément d’étudiants qui viennent d’Aix, de Bordeaux, de Toulouse et pas simplement de Paris.

Qu’est ce qui fait, selon vous, un bon directeur de grande école ?

La façon dont il s’entoure, car un directeur d’IEP tout seul ça n’a pas grand sens. Je crois qu’on est aussi défini par les personnes dont on s’entoure, un bon directeur c’est donc quelqu’un qui s’entoure d’une bonne équipe. C’est aussi quelqu’un qui réussit à fédérer les initiatives des étudiants, des enseignants et des équipes administratives.

Dans votre programme, vous évoquez la nécessité d’être à l’écoute des étudiants, est ce que vous estimez que Pierre Mathiot a arrêté, à un moment donné, d’être à l’écoute ?

Non je ne pense pas, je n’ai pas décidé d’être à l’écoute, je suis à l’écoute des étudiants depuis déjà longtemps. Quand on a été Directeur des études, on est à l’écoute des étudiants tous les jours, donc non. Il n’y a pas eu de rupture à ce niveau là. Je pense que Pierre Mathiot a toujours été à leur écoute également et je dirais même qu’il l’a été de plus en plus les années passant.

Vous souhaitez vous placer dans la continuité du travail de Pierre Mathiot mais vous évoquez une certaine forme de changement. Qu’entendez-vous par là ?

D’abord il y a des choses à consolider. Ce n’est pas un secret, on sait que le système d’information est extrêmement fragile. On ne parle pas là d’un simple outil informatique mais du cœur de l’établissement. Derrière, il y a l’innovation pédagogique qui est un enjeu de taille, la qualité et la fiabilité des informations pour la prise de décision, la qualité des enseignements, des étudiants et des enseignants. Il ne s’agit donc pas seulement d’avoir des mails et une messagerie qui fonctionnent, ce système d’information représente pour moi un enjeu stratégique.

Ensuite, le changement, c’est le développement. Sciences Po Lille, en particulier, est connu, et c’est une de ses forces, pour ses accords internationaux. Je pense qu’il faut les développer, en particulier dans le monde anglo-saxon. Il ne faut pas les développer en ayant seulement une approche quantitative, il faut aussi avoir une approche qualitative. On va dépasser la semaine prochaine les 180 accords, pour comparer, Grenoble avec seulement 135 accords est juste derrière nous. J’estime qu’il faut une trentaine d’accords supplémentaires et parmi eux, une quinzaine d’accords dans le monde anglo-saxon, là où les partenariats sont sans doute un peu plus difficile à obtenir.

Ce changement passe aussi par une nouvelle équipe de direction. Ce que les étudiants savent moins, c’est qu’un autre changement va avoir lieu, à savoir le départ à la fois du Directeur et de la Directrice générale des Services, Frédérique Madeuf, qui gère actuellement l’ensemble des services administratifs.

Rentrons dans le cœur du sujet, quels éléments retenir de votre programme ? 

Mon programme est vaste, je vais donc plutôt cibler sur les étudiants. Il y a plusieurs dossiers. L’un, de taille, correspond à l’enseignement des langues. Pour vous raconter la petite anecdote, il y a deux ans, Cédric Passard, à la suite d’une commission pédagogique m’explique qu’il a reçu un étudiant qui a repassé le concours commun parce qu’il était à Aix et voulait Sciences Po Lille. Alors qu’il fait une rapide comparaison, cet étudiant lui dit : « tout va bien, sauf les langues ». Cela m’a fait prendre conscience de la nécessité d’affronter le dossier des langues. Il ne s’agit pas du tout de remettre en cause la qualité des enseignants, mais d’entendre la remarque selon laquelle, à Sciences Po Lille, l’enseignement des langues n’est pas satisfaisant. Il faut tout mettre sur la table, la distinction LV1/LV2, les groupes de niveaux, les cours de langue et les cours en langue. Il faut en cinq ans transformer ce qui était une faiblesse en un avantage et pourquoi pas être, à ma connaissance, la seule école de sciences sociales type Sciences Po qui propose trois langues vivantes obligatoires.

Il y aussi un enjeu dans la confection des emplois du temps. Il faut dégager une demie journée dans les emplois du temps pour les associations et les compétitions sportives, pour toute sorte d’activité para-Sciences Po mais qui fait aussi partie de la culture de l’école.

Il y a aussi des ajustements qui doivent être faits sur le cycle master qui a maintenant 3-4 ans. Je suis bien placé pour en parler puisque c’est moi qui l’avais coordonné quand j’étais directeur des études. Il faut sans doute l’ajuster, rééquilibrer certains cours, certains semestres, notamment en 4ème année où il y a entre le semestre 1 et 2 une rupture conséquente.

En 1ère et 2ème année, il faut également donner un second souffle à la conférence de méthode qui est une sorte de marqueur de Sciences Po Lille. Les enseignants de Sciences Po Lille y réfléchissent déjà depuis un an et finalement, le changement de directeur sera peut être l’occasion de mettre en place les conclusions de ce premier groupe de travail.

J’ai en tête les grandes directions mais, évidemment, tout cela ne se décide pas seul et suppose une concertation avec les enseignants et les étudiants. Il y a des choses à voir sur les partenariats publics/privés, une réflexion sur l’apprentissage. Mais ce ne sont en aucun cas des chamboulements, les masters resteront ce qu’ils sont.

Il y a aussi de la mobilité mixte, à savoir 6 mois en université, 6 mois en stage du fait du décret sur les stages paru fin novembre, qui bouscule un peu les usages.

Si je suis élu, il y aura également un nouveau directeur du développement et un directeur des études. Il y aura un directeur des relations internationales, qui est actuellement Patrick Mardellat et qui le restera, ce qui fait partie des éléments de stabilité qui sont importants pour moi. Pour la nouveauté, il y aura un directeur de la Recherche. Même si ça concerne un peu moins les étudiants, pour les enseignants c’est très important que la recherche, qui souffre actuellement d’un déficit de visibilité à Sciences Po Lille, soit visible. En ce qui concerne les noms, je n’ai pas encore arrêté de décision, ce serait aller un peu vite en besogne.

Dans la mesure où vous ne seriez pas élu, resteriez vous directeur du développement ?

Il y a peu de chance. J’ai été sept ans adjoint de Pierre Mathiot, je suis pour une certaine idée de continuité, donc si je ne suis pas élu c’est que, quelque part, Sciences Po Lille a vraiment besoin de changement, d’un changement qui est plus fort que le changement dans la continuité mais qui est le changement dans le changement, avec une sorte de page qui se tourne. Donc si le Conseil d’Administration décide de prendre un candidat externe, cela voudrait dire que l’ère Mathiot-Mardellat-Lengaigne est terminée et il faudra en tirer les conséquences.

Propos recueillis par Laura Lavenne

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