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Élection du nouveau directeur #5 – Interview de Marie-Hélène Fosse-Gomez

A trois jours du vote, La Manufacture a rencontré Marie-Hélène Fosse-Gomez, quatrième et dernière candidate à la succession de Pierre Mathiot. Elle nous parle de son parcours, de son attachement pour notre école et de ses projets une fois l’emménagement quartier Saint-Michel réussi.

La Manufacture : Bonjour, pour commencer pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Marie-Hélène Fosse-Gomez : Je suis lilloise, diplômée de l’EDHEC et professeur des Universités en Sciences de Gestion à Lille 2. Je suis revenue à Lille en 2000, après obtention de l’Agrégation en Sciences de Gestion et un passage par l’université de Valenciennes. J’ai auparavant été maître de conférences à l’Université Lille 2 entre 1994 et 1997. Je suis actuellement enseignante, essentiellement de marketing, en charge au sein de l’IEP de Lille du cours de Marketing Fondamental en deuxième année. Je suis responsable d’une mention de Master en marketing et d’une spécialité de Marketing International. Egalement chercheuse, je dirige des thèses ainsi que des HDR (N.D.L.R qualification universitaire la plus haute).

Quelles sont les motivations qui vous ont poussée à candidater au poste de directeur de Sciences Po Lille ?

C’est avant tout ce que j’aime : l’IEP. J’apprécie ses étudiants, ses programmes, son projet, son ambiance. J’aime également sa taille, qui est pour moi celle que doit avoir un établissement de formation. Pas trop grand, de façon à pouvoir connaître ses collègues, les étudiants et tout le personnel administratif, mais en même temps suffisamment pour qu’il y ait une véritable dynamique et une diversité. Un établissement d’à peu près 2000 étudiants me parait être une très bonne taille pour bâtir des projets d’une certaine ampleur.

Ensuite, le projet est intellectuellement séduisant et cela compte. J’ai déjà fait beaucoup de choses dans ma vie professionnelle, c’est important de trouver des projets enthousiasmants.

Enfin je suis enseignante-chercheuse depuis longtemps, ce choix s’inscrit donc dans une certaine logique de continuité. Mais il s’agit également d’une rupture, car j’ai jusqu’à présent eu à gérer d’autres types de diplôme. Le poste de direction à l’IEP de Lille est beaucoup plus autonome que les postes que j’ai occupés jusque là, qui étaient davantage dans une logique de coordination et rattachés à des composantes universitaires. C’est un projet suffisamment différent pour constituer un vrai challenge.

Comment décririez-vous l’IEP, ses enseignements, l’esprit « sciences po », s’il y en a un ?

Je pense très clairement qu’il existe un esprit Sciences Po, et même un esprit Sciences Po Lille. On ne choisit guère la région pour son climat, on fait réellement le choix d’y venir. Il y a une certaine satisfaction d’être à l’IEP de Lille et cela fait partie de l’esprit très positif que l’on y trouve. Je connais les étudiants de l’établissement depuis 2003, je les côtoie depuis plus de dix ans, à doses variables selon les années. En plus de mes enseignements, j’encadre en général chaque année un ou deux mémoires d’étudiants de l’IEP et j’ai souvent accueilli des étudiants de 5ème année dans la spécialité Marketing International.

Ce qui caractérise tout d’abord ces étudiants, c’est une grande curiosité sur le monde. Ce sont des étudiants stimulants, exigeants, qui posent des questions, qui veulent savoir. Cela demande d’être toujours préparé et bien disponible. Il y a une qualité intellectuelle qui rend les interactions très agréables, on se situe tout de suite à un bon niveau d’échange. Ce sont également des étudiants qui ont une grosse capacité de travail, à qui l’on peut demander beaucoup en peu de temps et qui répondent positivement.

Enfin, Sciences Po Lille se définit également par sa vie étudiante assez exceptionnelle, telle que je l’ai connue en école de commerce: je suis frappée par son foisonnement, sa multiplicité, son dynamisme.

Selon vous, qu’est ce qui fait un bon directeur de Grande Ecole et quels aspects de votre parcours professionnel, voire personnel, pourraient être des atouts pour la Direction de l’établissement ?

Un bon directeur est quelqu’un qui croit en son projet, en son école. Quelqu’un qui a confiance dans son équipe, dans l’ensemble du personnel administratif et technique et dans ses étudiants. Les relations humaines sont toujours assez complexes, il faut donc savoir faire travailler les gens ensemble, les respecter et leur faire confiance. Mes fonctions précédentes m’ont souvent amenée à faire travailler ensemble des personnes très différentes dans des équipes pédagogiques, à réunir des étudiants autour de projets de formation.

Un bon directeur de Grande Ecole, c’est également une personne qui a une vision, une idée de ce vers quoi il souhaite que son établissement tende. Si vous n’avez pas de vision, vous vous laissez porter par les événements ; cette vision doit avoir de la hauteur. L’objectif lorsque vous êtes à la tête d’un établissement de formation, c’est quand même de rendre les gens autonomes, d’accompagner les étudiants, de leur donner la confiance nécessaire et je pense être capable d’en donner. Je sais aussi écouter ceux qui œuvrent pour que se dégage une vision, un véritable projet à long terme.

Je connais à la fois suffisamment le programme de l’IEP de Lille parce que je suis intervenante ici, et en même temps, j’ai vu d’autres façons de fonctionner, d’autres modes pédagogiques. J’ai connu beaucoup d’institutions dans ma vie, j’ai eu des fonctions différentes. Toutes ces expériences vous donnent beaucoup plus d’ouverture, elles vous nourrissent de ce qu’il y a de bien et vous permettent de réfléchir à la pédagogie.

Pouvez-vous donc présenter les axes principaux de votre programme, quelle direction souhaitez-vous donner à l’IEP ? Qu’est ce que vous changeriez ? Qu’est ce que vous conserveriez ?

A court terme, l’enjeu consiste à réussir le déménagement et surtout l’emménagement rue Auguste-Angellier. Il s’agit non seulement de ne pas perdre l’esprit Sciences Po, pour les étudiants, le corps enseignant et l’ensemble du personnel administratif, mais également de rebâtir quelque chose de nouveau, dynamique et positif dans le quartier Saint-Michel en prenant possession des lieux, en faisant vivre le quartier.

Par ailleurs l’environnement est en train de se modifier complètement autour de l’université de Lille. A moyen-terme, à l’horizon de deux ans, il faut donc avoir collectivement bâti un projet pour une vision de ce que Sciences Po veut et doit devenir. Une fois qu’on a le cap, il faut savoir le tenir, permettre à Sciences Po Lille d’être un acteur important et positif dans le paysage de l’enseignement supérieur.

Il est essentiel de se dire que beaucoup de choses positives ont été bâties et le moins que puisse faire le nouveau directeur, c’est de faire vivre ce qui a été acquis. La formation de l’établissement est un beau projet, même s’il y a des choses à revoir, l’internationalisation est également positive, même s’il peut toujours y avoir des améliorations. Mais globalement, le bilan est extrêmement positif. La vie étudiante au sein de l’établissement est riche et il faut la préserver. Les finances sont saines et il faut les maintenir ainsi, car sans un minimum de moyens il n’y a pas d’autonomie possible, pas de projets ambitieux.

Au niveau des enseignements, le cursus est passé rapidement d’un système bac +3 à bac +4 puis 5, mais le mode pédagogique n’a pas nécessairement évolué. Or, en quittant l’IEP pendant un an, les étudiants découvrent un autre mode de fonctionnement et acquièrent une maturité. Je trouve qu’on ne construit pas suffisamment sur cette maturité, qu’on reste trop proche des méthodes d’enseignement et d’apprentissage de première année.

Il y a beaucoup d’offre en matière de formation, il s’agirait donc d’alléger les cours, de faire d’avantage confiance aux étudiants dans leur capacité d’apprentissage et de leur faire gagner en efficacité. On met les étudiants dans une logique de concours alors qu’en entreprise ou dans les administrations ils se retrouveront aussi dans une logique de collaboration. Je suggère de changer certaines modalités de notation, de ne pas multiplier les évaluations.

J’aimerais également valoriser la recherche. Par rapport à d’autres étudiants, ceux de l’IEP sont très autonomes dans leur mémoire et aptes à la recherche. J’encadre chaque année un ou deux mémoires de recherche d’étudiants de Sciences Po Lille, c’est très intéressant, on se rencontre, on échange, encore faut-il avoir le temps pour le faire. Toute l’université s’oriente d’avantage vers la recherche aujourd’hui, qui est un critère essentiel de la qualité d’un établissement ; ce serait un comble de ne pas valoriser cette recherche à Sciences Po.

Au sujet de l’opposition Sciences Po Paris/ IEP de province, quelle attitude adopter ?

Dans un pays jacobin comme la France, la rupture Paris/province est réelle. Mais la province ne doit pas en faire un complexe, bien au contraire. Pour moi la question de la rivalité Sciences Po Paris/IEP de province est un fait, ces établissements sont différents. Ils n’ont pas la même culture, peut-être pas exactement les mêmes vocations, les mêmes stratégies dans le paysage français. Ils ne sont pas selon moi en concurrence frontale.

Il y a dans les IEP de province un esprit qui peut être plus aventurier, un caractère plus combatif que l’on ne va pas peut-être pas retrouver à Paris. L’IEP de province peut être une fin en soi, alors qu’on a souvent l’impression que Sciences Po n’est qu’un passage, un tremplin. Il est important que le projet éducatif, pédagogique de l’IEP de Lille se tienne, qu’il se suffise à lui-même.

Quelle attitude adopter dans la bataille pour les subventions, Sciences Po Lille étant très peu doté en comparaison, notamment, à Sciences Po Paris ?

Sur les postes, il est hors de question de lâcher, c’est une ressource essentielle au sein d’un établissement d’enseignement et de recherche. Au niveau des dotations financières, je pense que la bataille pour une dotation directe supplémentaire du Ministère est perdue. On peut néanmoins trouver d’autres moyens de financement, notamment en s’intégrant correctement et judicieusement dans l’université de Lille. Obtenir un droit de tirage sur les ressources globales de la nouvelle université de Lille est une façon d’avoir des ressources.

Le PEI est devenu, au fil des années et sous l’impulsion de Pierre Mathiot, plus qu’un simple programme de préparation au concours commun. Comptez-vous continuer sur cette lancée ?

Jusqu’à présent, l’IEP est très engagé dans une bataille qui est celle de l’égalité des chances et il est hors de question d’abandonner. Même s’il y a eu des réalisations tout à fait notables, l’égalité des chances fait malheureusement parti de ces batailles qu’on peut recommencer tous les jours parce qu’il y a toujours beaucoup à faire.

J’aimerais plutôt attirer l’attention sur une autre dimension, celle de la culture. On voit bien aujourd’hui dans les tensions au niveau de la société française combien le fait de ne pas partager un bagage culturel commun, de ne pas toujours avoir une variété de grilles de lecture à sa disposition est préjudiciable pour le vivre-ensemble.

L’IEP est caractérisé par sa pluridisciplinarité, l’enseignement donne une culture multiple. De ce point de vue, l’IEP est assez exceptionnel dans le paysage français où on est plutôt dans une logique d’hyperspécialisation dans les disciplines.

L’enjeu est donc de parvenir à essaimer dans l’ensemble du secondaire, du supérieur, ce que Sciences Po Lille arrive à faire dans le domaine dans la culture. Ce n’est pas seulement une question d’égalité des chances, mais plutôt une réflexion sur la manière d’exporter la façon de réfléchir et de lire le monde qu’ont les Sciences Po.

Propos recueillis par Cécilia Brès

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