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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Ukraine : croire à la résolution du conflit revient à croire au Père Noël

Samedi 14 février. 22h20. 20 minutes à peine se sont écoulées depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en Ukraine. Les autorités sur place dénombrent déjà deux morts. Le conflit qui oppose actuellement les forces de Kiev, favorables à l’indépendance ukrainienne et à un rapprochement avec l’Union européenne, et les séparatistes pro-russes a atteint son paroxysme meurtrier. Le cessez-le-feu négocié mercredi dernier par les dirigeants français, allemands, ukrainiens et russes peut-il mettre fin aux conflits qui déchirent ce pays ?

 

Les violences se multiplient à l’est de l’Ukraine

Le froid et les balles. Voilà le lot quotidien de ces hommes et femmes qui essaient de s’adapter tant bien que mal à leur nouvelle vie. Les lycéens ont l’air heureux pourtant. Leur programme d’histoire, désormais en russe uniquement, s’est allégé, puisque l’histoire ukrainienne est occultée. Mais l’hiver est rude pour les habitants des régions de l’est de l’Ukraine. Sans cesse confrontés aux violences quotidiennes, aux risques de bombardements et de fusillades, aux tensions identitaires, les civils ne savent plus comment appréhender cette situation. Si certains envisagent le départ, la plupart des Ukrainiens plongés au cœur de ce conflit, malgré eux, vivent retranchés chez eux, la peur au ventre. Roman Schell, journaliste correspondant en Ukraine, est allé à Donetsk et a rencontré les infirmières de l’hôpital de la ville. Ces dernières déambulent dans les couloirs, déplorant l’état de ce centre de santé en partie détruit par les bombes, le regard toujours vigilant et l’oreille à l’affût des coups de feu qui retentissent non loin de là. Elles ne peuvent plus supporter ces conditions de survie. Elles dénoncent une impuissance ukrainienne, russe et internationale dans ce conflit qui n’en finit plus.

Le désordre règne dans la région. Le territoire est tenu par des dizaines de chefs de guerre. Les républiques de Donetsk et de Lougansk s’autoproclament tour à tour et prêtent allégeance au Kremlin en vue de recréer une nouvelle Russie, tandis que les forces loyalistes essaient de maintenir une cohésion nationale, ce qui semble compliqué au vu de l’ingérence russe. Les leaders séparatistes souhaitent instaurer des gouvernements dans ces nouveaux Etats autodéclarés indépendants. Les nominations aux postes stratégiques prennent des allures fantasques : de simples civils deviennent chefs de la police et des profs de sports deviennent députés.

Source
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Les tensions se sont récemment ravivées, malgré un cessez-le-feu louable sur le papier négocié en septembre dernier. L’Europe, qui jusque là ne savait plus trop sur quel pied danser – doit-on ou non livrer des armes létales à l’Ukraine ? – a pris les devants en proposant un sommet de la dernière chance.

Un cessez-le-feu pour la Saint-Valentin

Les récents déplacements de la Chancelière allemande en compagnie du Président de la République française en Ukraine, puis à Moscou, ont démontré la volonté du couple franco-allemand de remettre le couvert en matières de relations internationales. Les deux chefs d’Etat se sont également retrouvés le 11 février 2015 à Minsk, accompagnés par Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko, en vue de trouver une issue au conflit. Au terme de longues négociations dans la capitale biélorusse, plusieurs points d’accord furent trouvés, notamment la déclaration d’un cessez-le-feu effectif dès le 15 février. Ce cessez-le-feu fait écho à celui négocié et mis en vigueur en septembre 2014, et violé dans les jours et les mois qui suivirent au vu et au su de la communauté internationale. Un échec diplomatique cuisant.

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De gauche à droite : Vladimir Poutine, Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko Source

 

Le nouveau texte en 13 points reprend en grande partie ceux du « protocole » de cessez-le-feu signé le 5 septembre à Minsk. Il élargit cependant la zone tampon, d’où les armes lourdes doivent être retirées, et insiste sur une révision de la Constitution ukrainienne et un contrôle de la frontière par les forces de Kiev.

Outre le cessez-le-feu, le document prévoit le retrait de « toutes les armes lourdes par les deux parties » afin d’établir une zone tampon d’une profondeur de 50 kilomètres à 140 kilomètres en fonction du type d’armes lourdes. Il prévoit également « le retrait de tous les groupes armés étrangers, des équipements militaires et des mercenaires du territoire ukrainien, sous l’observation de l’OSCE » (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe).

Peut-on espérer une fin du conflit ?

Les protagonistes ont exprimé des impressions bien différentes à la suite de cette discussion quadripartite. Porochenko, sentant encore les menaces de Moscou, s’est dit prêt à introduire la loi martiale. « Nous sommes pour la paix mais s’il le faut, nous allons casser la gueule [à l’ennemi] ». Merkel a fait la soupe à la grimace, tandis qu’Hollande a affiché un sourire de façade, laissant planer le doute sur cette soi-disant résolution du conflit. Le seul qui paraît visiblement satisfait des conditions négociées est Vladimir Poutine. Et c’est ce qui inquiète le plus Kiev.

Difficile de croire à l’efficacité de ces négociations, quand on voit déjà que les conflits n’ont pas complètement cessé dans la région de Donetsk, après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Pire : le 18 février, les séparatistes pro-russes ont parachevé leurs avancées militaires commencées pendant l’été 2014, en boutant l’armée loyaliste hors de Debaltseve. En récupérant cette ville stratégique, les rebelles ont réussi à obtenir une zone de contrôle homogène en Ukraine, leur conférant un pouvoir et une influence optimales dans cette région. Se pose ensuite la question de leur prochaine extension : vont-ils continuer les conflits à l’est ou au sud de l’Ukraine ?

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Face à cette violation évidente de la trêve, Petro Porochenko a saisi le Conseil de Sécurité de l’ONU, afin qu’un contingent de maintien de la paix mandaté par l’ONU soit envoyé en Ukraine pour garantir le contrôle de la frontière entre la Russie et l’Ukraine. Les réactions de l’Occident sont nombreuses pour dénoncer cette brusque invasion. « La Russie et les séparatistes doivent immédiatement et pleinement mettre en oeuvre les engagements pris à Minsk« , a ordonné la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Interrogé sur la prise de Debaltseve, Poutine, en visite officielle à Budapest, a clairement affiché son soutien aux rebelles. Il a « espéré que les autorités ukrainiennes n’allaient pas empêcher les soldats ukrainiens de déposer leurs armes ». Selon lui, Kiev serait responsable du non-respect de la trêve en exhortant le maintien des équipements militaires. Une belle illustration de mauvaise foi en somme.

Mais à force de provoquer l’ire des dirigeants européens et de rire au nez de Porochenko, Poutine risque de perdre à son propre jeu. Les sanctions économiques appliquées par l’Union européenne à la Russie ne feront qu’aggraver la situation économique du pays. Si les conflits persistent à l’est du pays, les Etats-Unis mettront leurs menaces à exécution en livrant des armes à l’armée ukrainienne, allant à l’encontre du retrait des armes lourdes négociées la semaine dernière.

Le début de la trêve n’a donc pas commencé sous les meilleurs auspices. C’est peu dire que la communauté internationale éprouve des difficultés à adoucir les ardeurs des séparatistes. Une lourde tâche attend également les dirigeants occidentaux : calmer les ambitions impérialiste du chef du Kremlin, homme fier et imprévisible.

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