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Centimeo – Lève-toi et mâche

Après la pause café, la pause clope, la pause goûter, bientôt l’heure de la pause chewing-gum ? La Manufacture revient sur la petite histoire du dernier-né des distributeurs de la cafet’ : Centimeo.

Janvier 2015, retour de vacances. Après quelques semaines de révisions ou de perdition, même décor à la cafet’ : les faluches au fromage, la queue aux micro-ondes, les polos qui bradent leurs muffins. Mais non loin de notre très chic bar à cacao, un détail vert et jaune attire notre attention.

Elle est humble, elle ne prend pas beaucoup de place, là-bas dans ce petit coin. Seulement « 0,10€ le chewing-gum », affiche-t-elle. Rapidement prisée des amateurs de café-clope en mal de fraîcheur, la machine à mâcher est en réalité porteuse d’un joli projet économique et solidaire au slogan éloquent : « It makes cents ».

C’est dans cette même cafet’ que nous avons rencontré son créateur, Benjamin Dupays. A peine diplômé de Sciences Po Paris (« mais Lille a l’air bien plus sympa », allez la moule), voilà déjà près de quatre ans qu’il s’est lancé dans l’aventure Centimeo.

Un cercle vertueux économique et solidaire

Numismate depuis l’enfance, il a un jour été choqué de réaliser que « personne ne ramassait les pièces de 1 et 2 centimes par terre ! » Il fallait faire quelque chose. D’autant plus que la fabrication d’une pièce de 1 centime coûte environ 4 fois sa valeur.

L’idée de Centimeo est de proposer des produits à l’unité en acceptant les pièces de 1, 2 et 5 centimes d’euro. Le projet permet ainsi de remettre la monnaie rouge en circulation dans l’économie. La masse de pièces récupérées est redistribuée aux commerçants locaux qui n’ont plus à passer par des convoyeurs de fonds bien plus coûteux. Comme dans un parfait cercle vertueux : l’Etat perd moins d’argent à produire des centimes, les commerçants y gagnent aussi, et la start-up grandit. « L’activité sociale porte l’activité économique. Le vrai « plus » de Centimeo, c’est cette aide à la collectivité », résume Benjamin.

L’élan solidaire ne s’arrête pas là. Dans son atelier à Bobigny, l’entreprise n’emploie que des chômeurs de longue durée ou des gens en difficulté d’insertion sociale. Pendant près de six mois, ils sont formés à la production technique et électronique des distributeurs. « Nous faisons tout nous-mêmes : soudure des cartes-mères, assemblage des machines… Puis nos salariés sont réintégrés sur le marché du travail, dans l’industrie automobile. » Centimeo s’engage aussi à créer un emploi toutes les 50 machines installées.

Entre excitation et pessimisme

Pour convaincre le dur monde de l’entreprise (et ses parents pas très chauds), Benjamin a d’abord mis sur pied un système de collecte puis s’est rendu en Inde pour y trouver un prestataire prêt à construire les 10 premiers distributeurs. Encore étudiant rue Saint-Guillaume, Centimeo finit par occuper tout son temps, et tant pis pour le master. Les challenges de l’entrepreneuriat prennent le dessus. « Ce job me permet de voir la réalité du terrain : je participe à toutes les étapes de la fabrication à l’installation. Je me souviens de trois nuits passées dans le métro à Paris pour installer des machines, c’était épuisant mais l’excitation est là. »

Sortir d’un IEP et se lancer dans l’entrepreneuriat ? Pourquoi pas. « L’innovation ne vient pas toujours des experts de l’économie ou du business ; une formation en politique permet de penser différemment ». Benjamin met tout de même en garde nos paliens contre les excès d’enthousiasme : « Les nouveaux entrepreneurs manquent de pessimisme ! On oublie souvent que 85% des jeunes boîtes font faillite dans les trois premières années. Il faut être capable d’anticiper une crise en permanence ».

Vers de nouveaux horizons bio

Aujourd’hui, on peut trouver près de 280 distributeurs Centimeo en France, principalement dans les universités, les écoles, les centres commerciaux, les hôpitaux et les gares. Nées en banlieue parisienne, à Saint-Quentin en Yvelines, la majorité des machines se trouvent en Ile-de-France. Comme pour la plupart d’entre nous, Lille a représenté le premier pied hors du foyer francilien, comptant désormais 15 bornes et 65 autres encore en déploiement.

Objectif 2015 : s’étendre en quantité mais aussi en qualité. Benjamin nous confie que la gamme de produits va se diversifier. Afin de répondre à un autre besoin (la faim tmtc), le distributeur devrait bientôt offrir des biscuits et des carrés de chocolat, bio et équitables (de quoi émoustiller nos meilleurs éléments du master Développement Soutenable). Le prix des chewing-gums sera également divisé par deux pour s’afficher à 5 centimes. D’ici 2016, on envisage même des « bornes petit déj’ ». En perspective, une rude concurrence pour nos bonnes vieilles Bunchy’s.

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