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Chapel Hill : face à l’islamophobie, le silence 

Le 10 février dernier, en Caroline du Nord, Craig Hicks a tué trois personnes, non armées, à leur domicile. Les victimes, Deah Shaddy Barakat, sa femme Yusor Mohammad et la sœur de cette dernière, Razan Mohammad Abu-Salha, étaient musulmanes et avaient déjà fait l’objet de menaces de la part de l’homme.

L’information n’est pas apparue immédiatement dans les médias, y compris les médias locaux. Twitter, en premier, s’est saisi de l’événement, remettant lourdement en cause le manque de réaction des médias traditionnels. Les articles sont arrivés lentement, la plupart après 24 heures, souvent dubitatifs et hésitants. La situation montre d’abord une évolution du statut de ce que l’on appelle encore les « nouveaux médias », mais elle montre surtout une hésitation : la difficulté à traiter le sujet.

Questionner le silence 

Twitter s’enflamme, attend que les médias en parlent. Les tweets émis avec le hashtag « Chapel Hill shooting » atteignent la première position des tendances Twitter. Avec une incrédulité croissante, les internautes découvrent la prise de parole de la femme du tueur, expliquant qu’il ne s’agit pas de haine. Sur Fox News il est fait état d’un différend à propos d’une place de parking.

Le silence est d’autant plus frappant que face à lui, des manifestations populaires apparaissent. Un « vigile » à l’université de Cincinnati, une manifestation à Gaza et une marche à New York protestent contre l’absence de retentissement médiatique des assassinats.

Quelques articles (notamment dans The Independent et Courrier International) ont ouvert un dialogue autour du problème que pose cet événement, établissant au moins que la haine soit envisagée comme motif. Mais ils sont minoritaires. CNN pose la question : « leur foi a-t-elle joué un rôle dans la tuerie ? », semblant se demander si les victimes ne seraient pas les responsables. Il est vrai que les motifs n’ont pas été officiellement établis, mais au vu des publications anti-théistes de Craig Hicks sur Facebook, cette hypothèse est néanmoins valable (par exemple : «Etant donné les énormes dégâts que votre religion a fait dans ce monde, je dirais que j’ai non seulement le droit, mais aussi le devoir, de l’insulter»). Au moins est-il possible de parler d’irrespect de la religion d’autrui, tout au plus de haine ou mieux encore, évoquer un acte islamophobe apparait bien plus adapté compte tenu de l’appartenance religieuse des victimes.

The Independent s’interroge : si un musulman, ayant tué trois non-musulmans, avait posté sur les réseaux sociaux des opinions extrêmes à propos de l’athéisme et d’autres religions, la réaction des médias occidentaux et des hommes politiques aurait-elle été la même ?

Faits contre faits

Si l’on est peu au courant de Chapel Hill, la tuerie de Copenhague fait l’objet d’une importante médiatisation. La comparaison n’est peut-être pas des plus évidentes. La différence en termes de traitement reste frappante. Il s’agit, dans les deux cas, d’assassinats commis dans un pays étranger dont nous nous sentons plus ou moins proches.

Cela n’a évidemment pas de sens d’évoquer les deux sujets dans un même JT, ou dans un même article sur le terrorisme. Pour autant la différence de résonnance médiatique est réelle et révélatrice. Dans Libération, la tuerie de Copenhague fait la une, accompagnée du titre « vi er Danskere » (« nous sommes danois »), tandis que celle de Chapel Hill fait l’objet d’un seul article. 

Nous ne sommes pas tous musulmans, et il serait déplacé et irrespectueux de dire cela aux suites de Chapel Hill si nous ne pouvons pas tous faire l’expérience d’une telle haine. Pourtant, ceux qui n’étaient pas français ne se sont pas posé la question de l’appartenance à une communauté lorsqu’il s’agissait d’être Charlie, « d’être » français, par solidarité.

Et si on parlait, vraiment, de l’islamophobie ?

Le terrorisme est, depuis plusieurs années déjà, le fruit d’une attention particulière. Le thème de l’islam comme « problème », assimilé à l’islamisme radical,  est devenu récurrent. C’est encore plus le cas dans la France post-Charlie, en proie à la psychose. Si un dialogue à propos de l’exclusion a été ouvert, les articles traitant de l’apologie du terrorisme sont nombreux et reçoivent une audience considérable. D’autant que ce motif sert aujourd’hui à entendre Ahmed, 8 ans, avec son père au commissariat.

Il peut sembler contradictoire de dire que le sujet a été passé sous silence, alors qu’il est traité. Le silence des médias conventionnels à ce propos n’a cependant rien d’anodin. C’est justement le climat social et la stigmatisation récurrente des musulmans qui différencie ces meurtres d’une « autre tuerie aux Etats-Unis ». On en a peut-être plus parlé que lors d’autres assassinats, mais cela devrait permettre d’aboutir à un traitement de l’islamophobie comme un fait de société. Aujourd’hui, il est important de contrer la narration principale. S’il y a bien eu une volonté diffuse de ne « pas faire d’amalgame », aux suites du 7 janvier, et s’il est normal de ne pas faire de l’islamophobie le thème principal de la communication politique après les attentats, il est douteux de ne pas en parler clairement.

L’on a répété : « pas d’amalgame », mais cela n’a pas empêché d’en faire. L’observatoire national de l’islamophobie a recensé 128 actes islamophobes dans les deux semaines suivant les attentats de janvier, soit autant que pendant toute l’année 2014.

Le silence des médias conventionnels a favorisé une narration manichéenne. En outre, dans la panique relative au terrorisme, n’oublions pas que certains appellent à un « Patriot Act à la française » ; n’oublions pas que la communication du gouvernement prend assez peu en compte l’islamophobie, et cite le port « d’habits musulmans » comme un signe potentiel de radicalisation.

Gabrielle Vogelpoel

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