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Before Sunrise, Before Sunset, Before Midnight : la vie, seulement la vie

Trois journées marquantes dans la vie d’un Américain et d’une Française. Jesse (Ethan Hawke) et Céline (Julie Delpy) se rencontrent dans un train à Vienne. Ils se baladent dans la ville jusqu’au lever du jour, avant que leurs chemins se séparent. (Before Sunrise). Ils se retrouvent neuf jours plus tard à Paris, où Jesse présente son nouveau roman, relatant sa journée avec Céline. Mais il n’a qu’une heure avant de repartir à l’aéroport. (Before Sunset). Cette fois-ci neuf ans plus tard, désormais parents de jumelles, ils passent la dernière soirée de leurs vacances en Grèce dans un hôtel offert par leurs amis. Une violente dispute éclate … (Before Midnight).

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Boyhood partait d’une idée simple mais révolutionnaire : filmer durant douze ans la vie d’un jeune américain, de ses 6 ans à ses 18 ans. Une audace saluée par la presse mondiale, qui aurait peut-être mérité une récompense plus prestigieuse à la dernière cérémonie des Oscars. Il est donc grand temps de se pencher sur la filmographie de son réalisateur Richard Linklater, mélange savant entre succès grands publics (Rock Academy, avec Jack Black) et œuvres plus expérimentales (Waking Life). En tout cas, une obsession revient souvent : celle du temps qui passe. Un thème qui parcourt Before Sunrise, Before Sunset et Before Midnight, magnifique triptyque sur le sentiment amoureux.

Trois ballades au fil des âges

Si vous aimez les grands scénarios compliqués à la Inception, la trame de cette trilogie atypique vous semblera particulièrement minimaliste. Mais sa première prouesse est justement de réussir à contourner tous les clichés du film romantique. Les Before peuvent dérouter au premier abord : pas de réelles péripéties, ni de grands rebondissements. Seulement deux personnes qui marchent et qui parlent. Beaucoup, comme dans la plupart des films de Linklater. On peut s’endormir rapidement, ou au contraire littéralement boire leurs paroles. Tout y passe : l’amour, la vieillesse, la réincarnation, la séparation, les enfants, la vie … Les dialogues sont d’autant plus brillants qu’ils parviennent à garder cet équilibre délicat entre envolées philosophiques et simplicité des situations. Julie Delpy et Ethan Hawke ont d’ailleurs participé à l’écriture, ce qui se ressent à travers leur alchimie savoureuse. Leurs échanges, qui semblent si naturels, presque improvisés, sont le fruit d’un grand travail d’acteur en amont. Les trois films sont ainsi remplis de « walk and talk », de long plans-séquences où la caméra accompagne au plus près les acteurs, créant l’impression de vraiment « coller » aux personnages.

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A time goes by …

Des Quatre cent coups à L’amour en fuite, de L’auberge espagnole à Casse-tête chinois …  Toutes ces sagas générationnelles parviennent à brouiller la frontière entre le cinéma et le réel. Les personnages grandissent, murissent, vieillissent. On les retrouve avec plaisir comme lorsque l’on retrouve de vieux amis que l’on avait perdu de vue. De la même façon, c’est parce qu’ils évoluent, et pas forcément toujours dans le bon sens, que Jesse et Céline nous paraissent si attachants et réels. Romantiques et idéalistes à vingt ans, les échecs amoureux de leur trentaine les ont rendu plus matures mais aussi plus désabusés. A quarante ans, ils listent tous les sacrifices qu’ils ont du faire en neuf ans de vie conjugale : Jesse a vu son fils grandir loin de lui, Céline a abandonné sa vocation féministe pour s’occuper de ses filles …  La fraîcheur et la mélancolie des débuts semblent avoir disparus, et des rancœurs enfouies depuis longtemps éclatent lors d’une scène de dispute mémorable.

Les trois films sont finalement uniques : chacun possède sa propre sensibilité, sa propre tonalité. Les environnements illustrent bien l’évolution de la série : Before Sunrise est rempli de passages très poétiques, les rues viennoises étant propices aux moments oniriques. Dix-huit ans plus tard, presque la moitié de Midnight se déroule dans une chambre d’hôtel de luxe complètement impersonnelle. La magie du monde qui nous entoure, mais aussi la magie de l’amour, semblent peu à peu s’estomper à mesure que nous vieillissons.

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Richard Linklater réussit dans chacun de ces trois films à filmer, avec une grande simplicité et sincérité, comment se construit réellement une histoire d’amour. Le trajet n’est jamais simple, et souvent parsemé d’embûches, de l’océan Atlantique à la routine de la vie familiale. Mais comme le dit si bien Céline : “If there’s any kind of magic in this world, it must be in the attempt of understanding someone, sharing something. I know, it’s almost impossible to succeed, but… Who cares, really? The answer must be in the attempt.”

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A la place des traditionnelles bandes-annonces, voici un court extrait de Before Sunrise. Un passage pour une fois presque sans dialogue, qui illustre de façon très touchante les prémices d’une jolie histoire qui dure depuis vingt-ans déjà. Rendez vous pour la suite en 2022 ?

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