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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Eric Fottorino : « L’urgence n’est-elle pas une perte de sens ? »

Les étudiants en journalisme sont souvent étonnés lorsqu’on leur enseigne qu’il ne faut développer qu’un seul sujet par article. Fort de ses trente ans de journalisme dont trois à la tête du Monde, Eric Fottorino a, lui, décidé de ne développer qu’un seul sujet, mais par numéro de son hebdo. Et son numéro hebdo c’est le 1

Sa venue à l’IEP tombe bien puisque le 1 va bientôt fêter ses 1 an. 1 an pendant lequel, 1 fois par semaine, Fottorino et son équipe de 10 personnes ont choisi 1 thème d’actualité dont ils ont tiré les ficelles historiques, sociologiques, philosophiques, poétiques, artistiques, scientifiques et parfois (hic) même religieuses. Pour l’écrivain et journaliste, Le 1 revient à « se redonner chaque semaine l’énergie d’un nouveau numéro ». Mais c’est, pour ses lecteurs, « chaque semaine, une question d’actualité, plusieurs regards », tel le credo en Une du 1.

Eric Fottorino du haut de ses 54 ans semble appartenir à cette génération – restreinte – qui manifeste l’envie de révolutionner le journalisme, tout en maintenant le papier à flot. Une génération qui ne croit pas que le web a tué le journalisme « traditionnel », ni que les étudiants qui distribuent les journaux gratuits devant les bouches de métro sont le reflet de la lente agonie des kiosques de quartier. Mais plutôt que les supports, sur lesquels l’information (sous toutes ses formes) trouve refuge, se multiplient. La presse écrite ne serait donc pas en train de rendre son dernier soupir, mais de prendre une profonde inspiration pour mieux renaître. Pour l’instant, elle  semble plutôt suffoquer. Les journalistes aussi, et Fottorino le premier.

Doit-on considérer que quelqu’un qui part d’un fait d’actualité pour nourrir une réflexion plus profonde et plus large pour déboucher sur une conclusion qui n’engage que lui, pratique le journalisme ?

Eric Fottorino et son 1 répondent oui. Et puisque l’information est partout, pourquoi aurait-il fait un simple journal d’information ? Considérant que le risque le plus important c’est « de trouver chez l’un ce que l’on trouve chez l’autre », il a préféré, faire « un journal d’aspirations » comme il aime à l’appeler. L’ancien directeur du Monde soutient d’ailleurs que les journalistes ont le droit de sortir de l’information. Le journalisme et ceux qui le pratiquent ont, selon lui, plus que jamais un devoir de pédagogie, de compréhension et de hiérarchisation de l’information, tout en essayant d’être innovant et créatif.

L’innovation justement, a la part belle dans l’histoire du 1. Eric Fottorino est parti de ce constat simple que, « si on considère qu’un journal est une entreprise et que l’assurance-vie d’une entreprise c’est d’innover, alors l’assurance-vie d’un journal c’est aussi d’innover ». Ainsi est né le 1. Un hebdo papier qui rend lisible et prononçable l’interdisciplinarité de l’actualité, qui rend l’histoire innovante, et qui, une fois déplié, fait renouer le lecteur avec le format « poster » que tous les journaux ont progressivement abandonné.

Cette innovation éditoriale avait évidemment besoin d’un format inédit : une feuille A4 qui se déplie et rompt avec la verticalité traditionnelle de la presse, l’idée étant de « redonner de la valeur au contenant pour redonner de la valeur au contenu ». La rupture avec le traditionnel ne s’arrête pas là, puisque c’est à contre-pied de l’urgence quotidienne qu’Eric Fottorino a opté pour un format hebdomadaire, mettant ainsi toutes les chances de son côté pour atteindre son objectif : « faire un journal qui puisse être lu du début à la fin ». Mais c’est aussi une  façon de contourner cette question posée mais laissée ouverte en guise de conclusion : « est-ce que l’urgence n’est pas une perte de sens ? ».

Eric Fottorino ne va pas soigner la presse papier avec son 1, mais il va sûrement donner des idées à cette nouvelle génération de journalistes qu’il semble incarner, mais à laquelle il n’appartient pourtant pas. Espérons donc que le 1 soit le premier d’une longue série.

(En savoir plus sur http://le1hebdo.fr)

Nelson Getten

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