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Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

Vladimir Benlolo - 15 novembre 2019

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Le Maroc : terre insoupçonnée du féminisme de demain ? 

« Féminisme » aujourd’hui est dans bien des bouches devenu presque un gros mot. Beaucoup ont l’image de femmes aigries, plus poilues que Chewbacca, célibataires bien sûr, et qui n’hésitent pas à rabaisser les hommes à la moindre occasion. Bien évidemment, il s’agit d’une vision drôlement erronée (et réductrice il va sans dire !) du féminisme.

La première erreur ne réside pas seulement dans les jugements de valeur, mais dans le sexe même des féministes. Aujourd’hui, certains hommes s’intéressent à la question, et n’hésitent pas à s’impliquer dans le combat. La dernière campagne promouvant l’égalité homme-femme m’a frappée, justement parce qu’elle met en scène… des hommes. Ces valeureux guerriers de l’égalité sont à la tête d’une structure peu connue en France, mais qui commence à faire pas mal parler d’elle au Maroc, et qui s’appelle Médias et Culture Maroc. Fraîchement sortie de terre (elle a moins d’un an), elle se donne pour objectif de promouvoir le progressisme social, sous ses aspects les plus variés. Les thèmes abordés par l’asso sont donc aussi bien féministes, qu’écologistes, ou sociaux de façon plus globale.

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Des idées de campagnes innovantes

Leur première campagne traite du sexisme. C’est de loin, l’une des campagnes les plus innovantes sur la question des stéréotypes de genre. Elle s’intitule sobrement « même regard, mêmes droits ». Avant même de s’intéresser aux visuels, le bon sens et la simplicité qui découlent de cette formulation font plaisir à entendre. Déclinée en deux volets, elle a pour premier objet de communication une série photographique dont le nom est « Ils, Elles, Nous, Féministes ». Le deuxième est une série de caricatures satiriques représentant un sexiste de bas étage dans son quotidien, et qui s’appelle « L’moustach ».

J’ai quant à moi choisi de vous parler des photographies, plus agréables à regarder, et sur lesquelles j’ai questionné le président de l’association. Pour les réaliser, Médias et Cultures Maroc, a fait appel à Fayçal Zaoui, non seulement parce qu’il bosse toujours dans une optique de dialogue avec ses clients, mais aussi parce qu’il est assez réputé au Maroc.

Parlons peu parlons bien ; rien de tel pour vous faire une idée que laisser les photos parler d’elles-mêmes :

image2-2Si ça vous intéresse, il y a encore d’autres affiches sur le site qu’ils ont créé pour cette campagne (ici). Le slogan, lui aussi, est assez accrocheur « Il ne suffit pas de comprendre les femmes – Partageons le pouvoir ». A bon entendeur.

De grands résultats avec peu de moyens

L’humilité de ces hommes, qui appellent la gente masculine à se remettre en question tout en faisant eux-mêmes partie de cette catégorie de la population, m’a paru particulièrement louable. Surtout quand on sait qu’ils ont un budget très limité (moins de 6 000€ pour cette campagne comme nous l’a confié AbdelmajidMounid), et qu’ils ne sont que 11 membres actifs dans la structure. Bien sûr, ils ont des sympathisants, mais ils ont fait la campagne tout seuls, avec peu de moyens.

« La campagne n’a pas coûté grand-chose […] notre idée étant de faire avec le minimum, avec l’existant pour travailler l’imaginaire. On aurait pu avoir des opportunités plus importantes mais ça ne nous intéresse pas. Trop d’argent, ça tue l’imagination. »

Les résultats, avec une bourse si petite, sont bluffants : « 90000 marocains ont interagi avec la campagne sur les réseaux sociaux, et je crois qu’il y a eu 2 millions d’articles photos ou vidéos qui ont imprimés sur les pages Facebook. Alors ça ne veut pas dire qu’ils ont été visités, ce qu’on sait c’est qu’il y a eu 91 000 clics qui sont en lien avec un de nos articles sur la page Facebook. »

Facebook et les réseaux sociaux ont donc été le canal principal de cette campagne de communication, qui a misé sur la « viralité » pour reprendre les mots de son président. Pour s’assurer un aspect participatif, un concours (« envoyez la meilleure photo ou caricature pour l’égalité des genres ») avait aussi été lancé en ligne et s’est clôturé le 5 avril dernier.

Une campagne bien relayée par les médias

Forcément, la campagne a bien été relayée dans les médias marocains. Médias et Cultures est intervenu dans deux émissions radio différentes, 5 – 6 articles de presse ont été rédigés sur la question dans des quotidiens web (notamment le Huffington Post) ou dans la presse papier marocaine. Selon Moudni, cette semaine encore il y aura « plusieurs reportages qui vont être faits sur la campagne » et une conférence de presse aura lieu le 30 avril.

Cette campagne m’a surprise pour diverses raisons. D’abord, pourquoi n’en a-t-on pas entendu parler en France ? Les hommes qui n’hésitent pas à se mettre littéralement à nu pour dénoncer le sexisme dont les femmes sont victimes ne sont pas pléthore dans notre bel hexagone. Ensuite, parce que cette campagne a eu lieu au Maroc, et que je ne pensais pas que le débat sur l’égalité hommes-femmes y était récurrent. Et pourtant. Il y a peu, c’est un animateur radio très populaire, « Momo » (j’ai l’impression qu’il s’agit un peu du Cyril Hanouna marocain, mais bon, globalement je ne suis pas incollable sur le Maroc), qui s’affichait à la une de Citadine, magazine féminin historique à forte audience. Il ressemblait un peu à Stromae dans « tous les mêmes », puisqu’il s’était aussi travesti une seule moitié du visage.

Momo Citadine C’était histoire de jouer sur l’ontologie de l’être humain, et non pas sur la dualité des genres (c’est beau), et c’est exactement ce qu’ont fait les hommes de Médias et Cultures Maroc.

« Si tu regardes bien les photos, tu verras qu’on a donné qu’un seul accessoire féminins aux hommes. On ne voulait pas casser leur masculinité non plus, ce n’était pas l’objectif ».

L’objectif revendiqué est alors de « concevoir les relations hommes-femmes sous un autre prisme que celui de deux visions inconciliables ». Un bel objectif, espérons qu’ils réussiront à se faire connaître, puisque leurs prochains projets portent entre autres sur les droits des relations hors mariage, mais aussi des homosexuels, au Maroc. Rien que ça !

Rendez-vous sur la page Facebook de l’asso : ici.

Pauline Moutaux

  1. Apparences et vanité – Comme si être une femme se définissait par du rouge à lèvres… Et comme tend à le faire croire le queerisme, il suffit de se transvêtir, de se dire une femme et exiger que l’identité administrative change votre sexe, et hop un coup de rimmel et on est une femme ?! Prendre les choses sous cet angle est à double tranchant et ne profitera du tout aux droits des femmes à terme.

    • ND ND

      Ne confonds pas sexe et genre. Pour être une femme, il ne faut rien de plus que se sentir femme…

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