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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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GTA à 10 ans, est-ce bien raisonnable ?

Aujourd’hui vient le temps de la confession. J’y suis. Je vais enfin soulager ma conscience d’un poids qu’elle ne peut supporter plus longtemps. Voilà, il m’est déjà arrivé d’outrepasser les normes et d’entrer avec fébrilité dans le sombre univers de l’illégalité. Quand j’étais p’tit, bien que je ne sois toujours pas grand, j’ai posé mes paluches sur des jeux PEGI 16 et même, ô l’imprudent, PEGI 18.

Kézako? me rétorque le profane. MER IL ET FOU s’insurge le troll. PEGI la cochonne ? s’amuse le comique. Et pourtant, le sujet est sérieux. De ces problèmes qui, via le fait divers relaté par David Pujadas, deviennent des enjeux de société.

Mais qu’est-ce que c’est que ces histoires ?

Passons par l’incontournable passage soporifique sur ce qu’est PEGI. Pour les connaisseurs, sautez donc au paragraphe suivant. Pour les sourcils froncés, prenez le temps de lire les quelques lignes qui suivent. PEGI, pour Pan European Game Information, est un système de classification des jeux vidéo en fonction de leur contenu. Au dos de la jaquette du jeu, des pictogrammes informent de la présence par exemple de violence ou de scènes à caractère sexuel. En théorie c’est l’agence européenne chargée de protéger nos enfants (enfin les vôtres surtout) d’éléments jugés inappropriés. Sur le devant de la boîte figure un âge recommandé allant de 3 à 18 ans. Voilà ce qu’est donc PEGI : une agence de notation. Et, tout comme Fitch ou Standard and Poors, elle est à l’origine de classifications tantôt absurdes, parfois grotesques.

Ok. Je vous vois venir avec vos gros sabots enragés. Mais non, chérie, ce n’est pas du tout ce que tu crois. Non, je ne me fais pas l’apôtre de la violence dans le jeu vidéo. Non, je ne souhaite pas voir Mme Michu acheter GTA à son fils de 11 ans. Et non, je n’aspire pas à entendre Kevin parler de ses frags dans la cour de récré.

Bien sûr, la défense des consommateurs et la protection des mineurs est primordiale. Mais je conçois aussi qu’il faille mettre en lumière les failles d’un système qui repose sur des bases fragiles. Et c’est un euphémisme.

Un secret de fabrication bien gardé

Primo, comment sont déterminées les normes PEGI ? Qu’est-ce qui fait passer un PEGI 16 en PEGI 18 ? « C’est le résultat d’un processus très encadré » nous dit le directeur de l’agence. Un « processus très encadré » ? Mais encore ? Ah ? Pas plus d’informations ? Si, quand même. Chaque critère du jeu est « évalué » (niveau de violence, langage grossier, sexe, présence de drogues) et puis ça part au four thermostat 8. Au final on obtient le fameux âge recommandé. Précisons d’ailleurs que des éléments tels que la difficulté du jeu ne sont pas pris en compte (on comprend mieux le pourquoi d’une génération traumatisée à base de tortures Infogrames type Tintin au Tibet). En tout cas, la recette secrète de PEGI est somme toute opaque. Franchement, « un processus très encadré », c’est la phrase que me sort le mec au kebab du coin quand je demande comment ils préparent ses keftas. Enfin, ça c’était avant qu’il ferme pour raisons hygiéniques (il mettait de la pâtée pour chien dedans).

Toujours est-il que nombreux sont les joueurs à lever leur bouclier contre l’âge associé à certains jeux. Tandis qu’un jeune palefrenier de 16 ans se verra interdire l’accès à Bordeciel, il lui sera tout à fait possible d’enchaîner du panpan sur Battlefield 3. Cette incohérence est d’autant plus frappante que les FPS (First Person Shooter) modernes incorporent des armes se voulant réalistes.

Par ailleurs se pose également le souci du manque d’harmonisation au niveau européen. Alors que des pays comme la France ou l’Islande l’ont officiellement adopté, PEGI reste boudé de nombreux Etats tels que l’Allemagne ou l’Irlande. En bref, tout un imbroglio.

Enfin, un jeu PEGI 18 peut dans certaines circonstances être source de développement personnel pour un mineur. Débarrassé des assassinats à la lame secrète et des empalements au fleuret, Assassin’s Creed Unity offre une reconstitution intéressante du Paris de 1789. Arpenter ses ruelles en compagnie de son paternel est une expérience vraiment enrichissante pour un marmot.

Cela est-il la preuve que l’âge recommandé par PEGI n’a aucune espèce d’intérêt ? Bien sûr que non. Même si l’âge conseillé peut tantôt paraître arbitraire (et il est évident que la manière de déterminer le PEGI d’un jeu doit être repensée), la classification des jeux vidéo s’avère tout à fait nécessaire.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée »

Quand une horde de gosses assoiffés de CyprienGaming assiste en direct à une scène de trépanation tirée de (« PEGI eigteen ») The Evil Within, il y a de quoi s’insurger. Quand un gamin de 11 ans reçoit GTA V pour Noël, il y a carrément le feu au lac. Mais prendre le PEGI au pied de la lettre n’a pas non plus de sens. Alors existe-t-il une solution miracle ? Ne nous méprenons pas, la norme PEGI a une simple valeur de conseil : elle n’est en aucun cas obligatoire d’un point de vue purement légal.

Conçue en tant que guide de consommation, PEGI a effectivement un intérêt. Aiguiller, dissuader, informer devraient en être les trois piliers. Utilisé intelligemment, l’âge recommandé a du sens. En définitive, il faut repenser les critères de classification des jeux tout en gardant sa liberté de juger si oui ou non tel ou tel titre est approprié pour la personne destinataire.

Jamais un enfant de 10 ans ne devrait être confronté à des scènes choquantes. Cette évidence est valable aussi bien pour le média vidéoludique que pour le cinéma. Une industrie qui dispose aussi de son système de classification des œuvres. Un système qui, sans être parfait, peut fournir des pistes de réflexion pour PEGI. À bon entendeur…

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