Skip to content

Anne Tollinchi • 22 janvier 2018

Tribune d'étudiants • 15 janvier 2018

Alice Galopin • 11 janvier 2018

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

The Shoes, Beat Market, Hyphen Hyphen : trois albums pour l’automne

Après un été typiquement gorgé de festivals, de WC de chantier et de pintes de Kro à 7 euros, on range le short en jean et on branche ses écouteurs : c’est la rentrée aussi pour les sorties d’albums. En voici trois pour la peine, tous sortis il y a moins d’un mois et sélectionnés en toute subjectivité. Par un heureux hasard (la vie c’est quand même bien fait), ils témoignent chacun d’une vision spécifique de la musique aujourd’hui, entre nouvelles expériences, synthèse du passé et recherche d’efficacité. Au menu :

La petite déception : The Shoes – Chemicals

Effeuillé par petits bouts depuis des mois, le nouveau LP de The Shoes était logiquement attendu au tournant après un Crack My Bones impressionnant de maîtrise, qui alignait les morceaux mémorables (Time to Dance, People Movin, Investigator) avec l’assurance du vieux maître ninja. Brûlant les étapes, les deux Rémois du groupe parlent parfois de Chemicals comme d’un « troisième » album (ce n’est que leur second), celui de la maturité. Seulement, jamais Chemicals n’atteint l’unité et la grandeur de leur premier long format. Il serait injuste de parler de ratage – tant l’album transpire le talent dans ses compositions et ses performances vocales – mais c’est une déception quand même, amèrement nourrie par l’ampleur d’une campagne promotionnelle présentant (c’est le job) le disque comme un évènement interplanétaire.

Il y a du bon et du moins bon dans Chemicals. Il s’ouvre ainsi sur un Submarine pas déplaisant et complètement dans la continuité du premier album, en plus calme et plus lent – sans doute un peu trop. C’est une bonne introduction en soi, qui donne le ton, tantôt léger, tantôt sombre et peuplé d’écarts sonores calculés ; mais qu’on ne réécoute pas forcément indépendamment du reste. Made for You soulève quelques craintes pour la suite : avant sa montée finale avec supplément d’âme, jolie, aérienne, c’est une piste plutôt ennuyeuse.

Puis Drifted relève le niveau. Sortie peu avant l’album avec un clip hypnotisant, elle est âpre et brutale, beaucoup moins consensuelle. Alternant la voix mélancolique de Sage et des séquences aux basses désespérées, elle semble animée d’une énergie obscure, destinée à faire se secouer les têtes sans ne plus se soucier de rien. On la trouve d’abord écrasante avant de se laisser porter par ses contrastes et sa puissante lame de fond sonore. Retour ensuite à la simplicité avec Lost in London, un peu rétro, complètement influencée par divers groupes anglais plus ou moins identifiables (il y a notamment du Depeche Mode là-dedans). C’est peut-être la meilleure piste de l’album ; c’en est en tout cas la plus immédiate avec son refrain joliment scandé et sa petite mélodie entêtante qu’on se surprend à chantonner.

On reprend confiance, un peu trop tôt. Car arrive immédiatement Vortex of Love qui fleure bon la soupe, avant Us & I  au beat techno osé et aride, piste qui réclame plusieurs tentatives avant d’être pleinement appréciée. Give it Away s’écoute bien mais s’oublie à peine moins vite que 15 Instead & Brown, point faible du disque. La lassitude guette et le groupe semblait en avoir conscience quand il a choisi l’ordre des morceaux : les deux suivants permettent d’en rester sur une bonne impression. Feed the Ghost, premier extrait dévoilé en mai dernier, renoue ainsi brillamment avec une envie de faire du neuf. Le featuring apporte vraiment quelque chose, la partie vocale est surprenante, touchante, parfois si grave qu’elle racle le sol, et tout fonctionne grâce à l’accompagnement fort et intelligent. Hommage appuyé aux Chemical Brothers, Whistle apparaît alors comme la conclusion logique de l’album, avec progression lente et final explosif. La piste bonus (Two Pills, avec Thomas Azier qui fait du Thomas Azier et des restes de dubstep usée) est en trop, il vaut mieux s’arrêter là.

N’en déplaise à ses créateurs et bien que produit avec maestria (ce qui rend la critique plutôt inconfortable), Chemicals sonne bien comme un second album, celui qui essaie des choses pour dépasser le premier au risque du dédoublement de personnalité. Avant un troisième opus pour mettre tout le monde d’accord ?

Les sorciers de Montréal : Beat Market – Sun Machine

a2394295499_10

Il est très probable que vous ayez entendu parler des deux autres groupes de cet article ; Beat Market, c’est nettement moins sûr. Sous leurs vidéos (voir lien Youtube plus loin), on trouve des commentaires les qualifiant de « Daft Punk québécois ». La comparaison est certes flatteuse mais erronée. Il s’agit bien d’un duo et ils font certes de la musique électronique, mais c’est à peu près tout pour les similitudes. Le groupe s’inscrit dans la lignée plus globale de la French Touch années 90-2000, et dans celle de compères canadiens comme l’excellent Le Matos.

Beat Market en est aussi à son deuxième album, Sun Machine, bonne surprise qu’on ne trouvera ni à la FNAC ni sur Deezer ou iTunes mais qu’on peut écouter en entier sur Soundcloud (et pourquoi pas récupérer sur le site web du groupe contre une poignée d’euros). C’est un disque aux recettes assez simples, rythmé et dansant, dans lequel tout s’apprécie et tout s’imbrique naturellement. S’il ne révolutionne pas le genre (on n’y trouve jamais le degré de complexité formelle atteint par l’album de The Shoes évoqué plus haut), il forme un bel objet cohérent et sans temps mort. Tranquillement, il parvient à un bel équilibre entre gros son à faire trembler les murs, et esprit lyrique de bande originale de film.

https://soundcloud.com/beatmarket/sets/sunmachine

Dune annonce la couleur en ouvrant l’album dans une fiévreuse cavalcade ; Sun Machine enchaîne avec son statut évident de tête d’affiche, mitrailleuse de nappes musicales chaleureuses. Les samples de voix sont minutieusement placés, les boucles mélodiques tombent au bon moment, c’est une séduisante invitation au déhanchement désordonné – loin d’être la seule, c’est juste la plus visible du disque. Doors complète joliment le premier trio de morceaux avec ses percussions enveloppantes, dans une montée en puissance qui paraît ne plus pouvoir s’arrêter.

Le disque entier apparaît alors comme une ode au mouvement et on se dit que Beat Market en concert, c’est sans doute du sport. La très classique Stars est un appel au pogo, et si Oz calme un peu le jeu, c’est pour mieux préparer le terrain avant un Riders au rythme sans pitié ; Mariane (répétitive, douce et mélodieuse dans ses superpositions) et surtout See What I Mean (abrupte, tournant légèrement en rond) sont moins intéressantes, tout en restant dans la continuité de l’album. On arrive alors sur un très beau Les Belles Années, exemple idéal de l’électro positive du groupe, puis Madonyx qui l’est aussi dans son genre, dans l’air du temps au point de ressembler à du Madeon (enfin presque). Rien ne choque l’oreille, ce qui n’est pas forcément un compliment, mais c’est redoutable. Après une massive envolée numérique, quand Blue Ship épuise ses dernières salves de notes, on ne demande qu’à retourner au début du morceau. Ou à retrouver d’anciennes pistes du groupe, histoire de continuer sur sa lancée.

La machine à tubes : Hyphen Hyphen – Times

hyphen-hyphen-times

Difficile de ne pas aimer les Nîmois de Hyphen Hyphen, tant ils se donnent à fond dans leur projet, dans leur musique et sur scène. Alignant les concerts au point qu’il est très possible de les voir deux fois dans l’année sans faire exprès (il suffit par exemple de les avoir vus une fois en concert gratuit à Lille et une autre dans un des nombreux festivals où ils ont joué), ils impressionnent par leur vigueur. Ils sont partout, en première partie d’autres groupes, dans les salles branchées de Paris, et même au Petit Journal – leur premier album vient de sortir après quelques années, et ils comptent visiblement le propulser aussi haut qu’ils en ont les moyens.

Est-ce que Times vaut le coup ? On y retrouve en tout cas l’efficacité implacable du groupe. Presque chaque morceau est taillé dans l’étoffe des tubes, conçu pour fonctionner à la radio. Le mauvais côté de la chose, c’est que Hyphen Hyphen tend souvent à des compositions et des arrangements dans l’air du temps, d’une originalité relative. Mais on ne va pas bouder son plaisir, c’est bien fait et très agréable à l’oreille, porté par l’enthousiasme inoxydable des membres du groupe, sa chanteuse Santa en tête. Inépuisable, cette dernière impressionne par la force qu’elle dégage en concert comme ici.

I Cry All Day annonce d’ailleurs la couleur, chanson impliquée qui galvanise les foules. On entre de plein pied dans l’album, et la dynamique se poursuit avec un Just Need Your Love calibré pour marcher à tous les coups. Le début d’album est un vrai cas d’école de ce point de vue, avec ces deux titres nerveux qui débouchent sur un We Light The Sunshine plus paisible (clairement le morceau avec option allumage de briquet et ondulation de flamme gauche-droite). Puis retour sur un morceau plus fun et léger, Cause I Got A Chance, joyeuse déclaration d’intention du groupe, et ainsi de suite. Closer To You et surtout Please Me reviennent dans un registre plus posé et émotionnel, nécessaires respirations avant un Stand Back qui bouge de nouveau.

A ce moment du disque, on risque un peu la routine. Aucune piste n’est honteuse mais on se dit qu’elles se ressemblent tout de même, ou qu’on a déjà entendu des choses similaires ailleurs. On ne sait plus trop quoi en dire : il y a un peu de Lana Del Rey dans No Sweet Surrenders, I See Myself essaie de se caler sur un rythme un peu différent… Ultime sursaut, Steel réveille l’auditoire, avant un Endless Lines qui se mélange de nouveau avec le reste de l’album. On en conclut alors que Times, succession de bons morceaux, est cette machine à tubes qui respecte un peu trop les codes et manque juste d’une étincelle pour s’enflammer. Le jour où Hyphen Hyphen sera moins sage, ce sera le feu d’artifice.

BONUS EN VRAC POUR LES BRAVES

  • Une balade impériale à la grandeur de l’astre lunaire :

  • Un petit remix par Perturbator pour les amateurs d’électro qui n’a pas appris les bonnes manières :

  • Et un bout d’OST par Gesaffelstein, qui prouve qu’il sait composer une atmosphère :

 

Charles Carrot

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *