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Régionales : Nord-Pas-de-Calais-Picardie, une région gagnée d’avance pour le Front National ?

« Marine Le Pen peut gagner », titrait La Voix du Nord en Une de son numéro du 17 septembre dernier. Et pour cause, les sondages s’accumulent à l’approche des élections de décembre prochain et la tendance Bleu Marine ne fait que se renforcer dans la région, bastion historique du Front National. C’est l’occasion pour La Manufacture d’analyser les enjeux de ces régionales afin d’éclairer les nouveaux arrivants dans le Nord et les Nordistes les moins avertis.

Un combat de coqs

Marine Le Pen : la favorite

Marine Le Pen s’est officiellement déclarée candidate le 30 juin dernier, après plusieurs semaines de faux suspens. La présidente du Front national était déjà en tête des sondages réalisés dans la région, avant même qu’elle n’officialise sa candidature, entre 31 et 32% des intentions de vote au premier tour. Dans un contexte national et régional difficile – le chômage élevé, la situation de Calais, la question des migrants, le sentiment d’insécurité – Marine Le Pen fait figure de proue pour la défense des intérêts régionaux aux yeux des électeurs.

Xavier Bertrand : le concurrent

Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin (Aisne), investi par son parti comme candidat dès le mois de février, talonne Marine Le Pen de près. Face à une présidente frontiste qui n’a lancé sa campagne que récemment, l’élu picard a profité de la période estivale pour occuper l’espace médiatique. Les thèmes abordés par la droite, notamment les questions du chômage et des migrants, ont favorisé la progression de Xavier Bertrand dans les sondages au cours de ces dernières semaines. Les régionales sont un enjeu majeur pour le candidat de droite, avant les primaires du parti Les Républicains, et les résultats pourraient déterminer la suite de sa carrière politique.

Pierre de Saintignon : l’outsider

Pierre de Saintignon, premier adjoint au maire de Lille et vice-président de l’actuel Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais, doit faire face à une crise à gauche, une crise de désunion entre le Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, le Parti de Gauche et le Parti communiste. Les tractations vont bon train pour se rassembler à gauche, comme le souhaite le candidat socialiste, et continueront jusqu’au 9 novembre prochain, date limite du dépôt des listes. Trois hypothèses sont soulevées en ce sens par l’IFOP : un Front de Gauche divisé (PCF/PG-EELV), une gauche dispersée (FG/EELV/PS-PRG), et une gauche unie (PS-PRG soutenus par EELV-FG).

Le candidat socialiste est également affaibli par sa faible notoriété aux yeux du grand public. 60% des habitants de la région ne le connaissent pas, d’après Odoxa. Il n’est pas une figure politique nationale comme peuvent l’être Marine Le Pen ou Xavier Bertrand. Le Parti socialiste l’a reconnu lui-même récemment, notamment Jean-Christophe Cambadélis, en souhaitant la candidature symbolique de Martine Aubry pour une « question d’affichage« , ce que refuse fermement la maire de Lille.

Premier tour : la gauche, cette grande inconnue

La région Nord-Pas-de-Calais-Picardie sera sans doute l’un des enjeux nationaux de ces élections, aussi bien pour le rôle que peut y jouer le Front national que par le mystère qui règne autour du rôle de la gauche, de sa division ou de son union. Pour analyser les enjeux de ce premier tour, nous reprendrons deux des hypothèses soulevées par l’IFOP.

Hypothèse - Front de Gauche divisé
Hypothèse – Front de Gauche divisé

L’hypothèse la plus d’actualité est celle d’un Front de Gauche divisé, avec une liste du Parti communiste indépendante menée par Fabien Roussel, séparée d’un Parti de Gauche incorporé au sein de la liste de Sandrine Rousseau, pour Europe Écologie-Les Verts (les adhérents ayant voté cette union en septembre dernier). L’alliance des deux partis ne joue pas en faveur des Écologistes. Sandrine Rousseau a ainsi été vivement critiquée par plusieurs de ses collègues. C’est l’une des raisons expliquant le départ de François de Rugy et de plusieurs personnalités du parti qui souhaitaient une alliance avec la majorité socialiste.

En tout état de cause, cette conjoncture est la moins favorable au Parti socialiste qui n’obtiendrait alors que 18% des suffrages. La volonté des Écologistes à accéder au second tour pourrait ainsi mettre en difficulté la liste PS-PRG dans la perspective d’une triangulaire et d’éventuelles négociations avec la droite.

Hypothèse - Gauche unie
Hypothèse – Gauche unie

L’hypothèse d’une Gauche unie au premier tour est la moins crédible en vue de ces futures élections. Bien qu’il s’agisse du scénario le plus favorable au Parti socialiste, qui obtiendrait son meilleur score (28%) et talonnerait la liste de Xavier Bertrand, les divisions nationales comme régionales à gauche ne donnent pas de crédit à cette configuration. Pourtant, c’est sans doute la seule possibilité pour la gauche de peser véritablement et d’être légitime au second tour, et de pouvoir débattre avec la droite pour faire barrage au Front national.

À noter que cette configuration est la plus favorable à l’union de la droite et du centre-droit, les électeurs de gauche réticents à une union du PS, du FG et d’EELV pourraient reporter leurs suffrages sur la liste de LR-UDI, voire même sur la liste FN qui gagne 1% grâce au report de voix.

Face à ces deux hypothèses, un seul constat s’impose à deux mois des élections : le Front national l’emporterait avec un minimum de 5% d’avance sur la liste LR-UDI. Rappelons que la liste arrivée en tête du premier tour obtient une prime majoritaire, soit 25% des sièges qui lui sont assurés. Si Marine Le Pen et la liste frontiste arrivent effectivement en tête, comme le prévoient les sondages, ils obtiendraient 43 sièges dès le premier tour.

Second tour : l’hypothèse d’une triangulaire

Pour se maintenir au second tour d’une élection régionale, une liste doit recueillir un minimum de 10% des suffrages exprimés. En considérant les deux hypothèses ci-dessus, le second tour adopterait le format d’une triangulaire entre Marine Le Pen, Xavier Bertrand et Pierre de Saintignon. Pour obtenir une majorité absolue au Conseil Régional, Marine Le Pen devra se contenter d’obtenir 33% des suffrages exprimés (en plus de son éventuelle prime majoritaire déjà acquise). Le Front national gouvernerait donc seul, sans nécessité de former une coalition avec une autre liste. Et c’est bien ce qui se profile pour le second tour à en croire les sondages, où Marine Le Pen arrive en tête avec 35% pour le sondage IFOP et 39% pour le sondage Odoxa.

Sondage IFOP pour la Voix du Nord et le Courrier Picard & Odoxa pour BFMTV et Le Parisien-Aujourd'hui en France - Septembre 2015
Sondage IFOP pour la Voix du Nord et le Courrier Picard & Sondage Odoxa pour BFMTV et Le Parisien-Aujourd’hui en France – Septembre 2015

La vraie question de ce second tour n’est pas tant l’éventualité d’une triangulaire (qui semble assurer la victoire de Marine Le Pen) qu’un désistement d’une liste ou la fusion entre les listes. Deux hypothèses semblent aujourd’hui possibles : un second tour opposant FN et Droite (avec désistement de la liste PS-PRG) ou un second tour opposant FN et fusion Droite-Gauche. En considérant les sondages, la seconde configuration semble devoir être écartée. Une négociation entre la liste PS-PRG et la liste LR-UDI est envisageable si les deux listes se talonnent. Or à l’heure actuelle, Pierre de Saintignon ne semble pouvoir que se désister s’il souhaite faire barrage au Front national. En outre, l’hypothèse d’une alliance ou d’un Front républicain est toujours refusée au plan national par les deux camps. Comme pour le premier tour, la grande énigme est donc le rôle que jouera la gauche, car face à la certitude d’un Front national en tête, c’est son action qui pourrait tout faire basculer.

Les trois informations essentielles

  1. Marine Le Pen est aujourd’hui en tête de tous les sondages, et semblerait dans l’état actuel des choses assurée de gagner la grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie en cas de triangulaire.
  2. La gauche est plus divisée que jamais et, à moins de s’unir face aux listes FN et LR-UDI, devrait perdre la présidence de la région.
  3. Tout est encore possible, s’il y a report de voix au second tour, si une liste ne se maintient pas, s’il y a alliance ou fusion, si le second tour n’est pas une triangulaire. La région n’est donc pas gagnée d’avance pour le Front national. Rien n’est encore joué, et c’est la gauche qui pourrait déterminer l’issue des élections.

Pour aller plus loin

Damien Cottin

  1. Dumesges Doris Dumesges Doris

    Un article clair concis et précis. L’essentiel y est dépeint, reste à attendre le dénouement. en effet, rien est encore joué…..

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