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Silence et lassitude : plongée dans la crise grecque (1/2)

[Dans la rubrique “Carnets de 3A”, nos paliens en exil nous livrent leurs ressentis sur leur pays d’accueil, les étrangetés de la culture qu’ils découvrent, leur adaptation dans une nouvelle société. C’est un peu d’exotisme qui souffle sur nos pages pour faire rêver nos lecteurs lillois, mais aussi un guide pour les 2A désemparés dans leur choix de mobilité. Nouveauté cette année : en partenariat avec le Pôle International du BDE, La Manufacture lance une page Facebook “Carnets de 3A” , c’est par ici !]


Je suis arrivée à Athènes il y a presque deux mois maintenant. Loin de connaître la ville, elle continue de me surprendre tous les jours. Cet article aurait pu narrer mon début de semestre sous le soleil grec, les incroyables lieux à visiter, la gastronomie locale et les soirées Erasmus. Mais j’ai choisi de partager avec vous l’envers du décor. Immiscez-vous dans la vie des Athéniens, pour découvrir la ville, la Grèce, ses enjeux politiques et leur troublante réalité, bien loin de l’image renvoyée par les médias.

Marine Lannoy, depuis Athènes (Grèce)

La politique sans bruit

La victoire de Syriza, la vague d’espoir dans toute l’Europe… Ah, la Grèce ! Vous et moi savons que cette euphorie ne fut qu’éphémère et que le gouvernement s’est heurté dès les premiers jours de son mandat aux résistances de la Troïka. Je ne vais pas vous expliquer les enjeux politiques, les tractations européennes, ni vous donner de chiffres ou de statistiques. Tous les jours, on peut lire un article sur l’économie grecque dans les journaux. Mais ce que l’on ne dit pas dans ces articles, c’est qu’ici, la politique, la crise, on n’en parle pas – ou plutôt, plus.

La population est incroyablement silencieuse. Lorsqu’on arrive dans un pays en crise, on s’attend à rencontrer une population bouillonnante et en colère. À Athènes, la crise se voit, mais ne s’entend pas. Demandez à un Athénien s’il en souffre, il vous répondra que oui, mais il ne se lamentera pas.

« En France, cela serait bien différent », ai-je tout de suite pensé. Mais les Grecs sont fatigués, fatigués de courir après la politique, de ramer au quotidien pour s’en sortir. Cela fait bientôt plus de six ans que leur pays a pris l’eau. Ce n’est donc pas de la modestie, ils préfèrent avancer sans remous pour économiser le peu d’énergie qu’il leur reste.

Athènes

“Un vote de plus, un vote de moins”…

Les élections législatives du 20 septembre dernier ont maintenu Syriza au pouvoir. Cette fois-ci, pas d’euphorie ni de gigantesques rassemblements. Le silence est arrivé en tête des élections. À quelques jours du suffrage, les meetings et les stands politiques étaient déserts. Aucun bruit. Les Grecs étaient appelés aux urnes pour la sixième fois en cinq ans et s’y rendaient dans l’indifférence totale. Le vote en Grèce est obligatoire, mais la loi électorale étant imprécise, peu de sanctions sont appliquées en cas d’abstention.

Quelques Grecs m’ont confié leurs ressentis face à ces nouvelles élections. « Il n’y a plus d’espoir. Syriza n’a rien réussi, alors les autres… », soupire l’un. « Si je vais voter, c’est seulement pour contrer Aube Dorée (parti d’extrême droite en troisième position lors des résultats) », affirme un autre. Les lassitudes vont bon train : « Un vote de plus, un vote de moins, rien ne change ici ». « Ce n’est pas mon gouvernement qui dirige, c’est Bruxelles », entend-on encore. « Les élections allemandes ou françaises auront plus d’impact sur ma vie que celles de mon propre pays ». Sans grande surprise, le taux d’abstention s’élève à 40 % et en dit long sur la fatigue des Grecs qui ont perdu espoir dans leur rôle de citoyens.

La crise, ou l’enfer au quotidien

La crise est partout. Il suffit de se balader dans les rues non touristiques d’Athènes pour se rendre compte du nombre de petites entreprises et de restaurants laissés à l’abandon.

Crédit photo : AFP
Crédit photo : AFP

Les taxes font l’enfer quotidien des habitants : une TVA élevée, des prélèvements sur les achats, et j’en passe. Ici, tout se paye en cash : restaurants, salles de sport, carte de transport. L’argent circule vite, les cartes bancaires sont très rarement acceptées et les distributeurs de monnaie sont régulièrement en panne. Chaque Grec retire la somme d’argent autorisée par semaine et la cache sous son lit. Les vols et les cambriolages sont en recrudescence.

Le contrôle des capitaux est un des principaux problèmes. Pour la petite histoire, ma propriétaire est obligée de partir en Bulgarie pour ouvrir un compte international. Elle va devoir faire plusieurs voyages jusque Sofia, car elle ne peut pas transporter au-delà d’une certaine somme lors du contrôle à la frontière. Les Grecs attendent patiemment, mais avec peu d’espoir, la levée du contrôle des capitaux promise pour la fin de l’année.

Les petites et moyennes entreprises en souffrent également : elles ne peuvent plus importer au-delà d’un certain montant en Europe, ce qui complique réellement la commande des matériaux et le remboursement de leur dette. Certaines importent alors des pays asiatiques, mais elles sont noyées sous de nombreuses amendes pour non-respect des normes européennes. Impossible pour elles de faire face à la crise, elles s’écroulent, emportant employés et employeurs au passage…

Retrouvez la suite du récit sans fard de Marine Lannoy sur Athènes bientôt dans nos pages !

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