Skip to content

Joséphine Coadou • 18 avril 2018

Anne-Lyvia Tollinchi • 13 avril 2018

Anna Lippert et Anne-Lyvia Tollinchi • 12 avril 2018

Philippine Malloggia • 29 mars 2018

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

FN et Sciences Pistes : l’amour est possible ?

Le Front national a obtenu le 1er octobre 2015 les 120 voix nécessaires pour être reconnu officiellement en tant qu’association à Sciences Po Paris. C’est une première qui étonne quand on sait l’inimitié traditionnelle entre l’école et le parti d’extrême-droite. L’évènement reflète les tensions politiques attisées par l’approche des élections régionales.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe, tout du moins en a-t-elle eu l’apparence : le Front national (FN) a fait son entrée à Sciences Po Paris le 1er octobre 2015. Le parti controversé est au coeur des débats à l’approche des élections régionales. Il n’aura fallu que quelques heures à la formation étudiante FN de l’école pour obtenir les voix nécessaires à la reconnaissance officielle par l’administration. De nouveaux possibles s’ouvrent alors : l’association pourra disposer de locaux, d’un financement et pourra organiser des évènements officiels au sein de la prestigieuse structure. Elle représentera un cadre d’expression, de mobilisation et d’influence privilégié pour les représentants du FN. Leur réponse ne se sera d’ailleurs pas faite attendre : Marine Le Pen et Florian Philippot tweetaient avec enthousiasme leur bonheur de voir le FN entrer à Sciences Po en devenant la « 2ème formation politique devant le PS ».

Source: Compte Twitter officiel de Marine Le Pen
Source : Compte Twitter officiel de Marine Le Pen

Un instant. N’y aurait-il pas un soupçon d’exagération dans ces propos ? Pour remettre les choses à leur place, l’association FN a en fait été la deuxième formation à obtenir les 120 voix requises, juste avant le PS et non pas devant, puisque concrètement la formation FN n’a pas recueilli plus de voix que la formation socialiste. En clair, il ne s’agit pas d’une compétition en vue de déterminer les influences, mais juste d’un ordre d’arrivée dépendant de la rapidité de vote des étudiants. Le débat est apparemment clos, les faits ont déjà été expliqués par de nombreux journaux. Mais des questions restent en suspens.

Un FN habituellement méprisé des Sciences Pistes

Au 84 rue de Trévise, la nouvelle peut surprendre voire alarmer. Une enquête récemment réalisée auprès de 415 étudiants lillois par A. Aflalo, étudiant en 2A, révèle que 63,7 % des étudiants ont une « très mauvaise opinion » du  parti. Seulement 2,5 % des personnes interrogées se déclarent comme étant adhérentes ou sympathisantes du FN. La majorité des mots choisis pour décrire « l’électeur type » du FN sont assez peu engageants : « vieux, con, raciste » ou encore « égoïste, ignorant, intolérant ». Bref, à Sciences Po Lille, le FN ne fait pas rêver. Il est absent de toutes les associations de l’école, bien que plusieurs mouvances politiques y soient représentées. L’IEP ne semble pas encore prêt à offrir une fenêtre d’expression à l’extrême-droite.

Une certaine incompréhension flotte autour du regain soudain d’intérêt de nos homologues parisiens. Rappelons que le FN et ses représentants ont longtemps fait l’objet d’un mépris et d’une opposition clairement déclarés au sein de Sciences Po Paris : en 2012, lorsque Marine Le Pen était intervenue dans l’école dans le cadre d’un forum organisé par Elle, des sifflements et des huées l’avaient accueillie. De toute évidence, les étudiants ont rejeté les pratiques de l’extrême-droite. Idem lorsque son trésorier est intervenu en 2014.

Source: AFP/Tomas Samson pour Le Monde
      Source : AFP/Thomas Samson pour Le Monde

Une stratégie de séduction réussie

On ne comprend pas non plus l’enthousiasme des tweets des leaders du FN, parti qui ne porte généralement pas les élites dans son coeur. Marine Le Pen déclarait récemment sur BFM TV que Sciences Po n’était qu’une « pouponnière » vouée à la « reproduction des élites ». Et, avant elle, son père les qualifiait de « petits bourgeois de merde ». Sans parler de la volonté pure et simple de supprimer l’ENA.

Le temps est désormais clairement à la stratégie et à la séduction : élargir l’électorat du FN aux élites semble être une perspective assez alléchante pour Marine Le Pen dans sa course au pouvoir, au soutien et à la légitimité.

Ce sont 4 étudiants de l’école qui ont décidé de créer une antenne FN en août 2014, dont deux appartenaient auparavant respectivement au PS et à l’UMP, un revirement qui semble bien traduire une attirance de plus en plus marquée pour les idées frontistes. Le directeur de Sciences Po Paris, F. Mion, déclarait néanmoins à Sciences Po TV que la présence du FN dans son école n’était pas vraiment une nouveauté : « il y a eu un FN à Sciences Po sous diverses formes associatives, notamment dans les années 1980-1990 ». E. Lejeune, présidente du journal des étudiants de Sciences Po, affirmait également qu’« il y a toujours eu une petite minorité d’étudiants proches de l’extrême droite » dans l’école. La nouveauté aujourd’hui est que les représentants étudiants FN se sentent désormais suffisamment confiants pour se donner plus de visibilité.

Des enjeux qui sont aussi régionaux

Dans notre région récemment élargie, où les sondages attestent la popularité exceptionnelle de Marine Le Pen, l’influence croissante du FN suscite de plus en plus de débats. Lassitude vis-à-vis des politiques, manque d’information, conviction pure et dure du bien-fondé des idées extrémistes… Chacun y va de son explication pour tenter de justifier ce qui apparait comme une menace pour certains, une opportunité pour d’autres : la prise de pouvoir généralisée du FN. Se pose alors la question de l’avenir d’une région dont la capitale est un bastion socialiste.

Source: sondage Odoxa pour BFM TV et Le Parisien-Aujourd'hui en France
      Source : sondage Odoxa pour BFM TV et Le Parisien-Aujourd’hui en France

L’entrée du FN à Sciences Po Paris symbolise sans aucun doute une configuration nouvelle. « Croiser aujourd’hui des sciences pistes s’associant ouvertement au Front national est un réel changement, qui continue de nous perturber »,  souligne E. Lejeune. « Deux courants d’opinions partagent les étudiants : ceux qui refusent les idées du FN mais acceptent sa présence au nom de la démocratie, et ceux qui la refusent tout simplement ». 

Ces interrogations sont également perceptibles plus généralement en France. Refus du « FHaine » ou approbation de ses idées, il reste donc maintenant à voir comment va évoluer le parti au sein du monde de Sciences Po, et de la société dans son ensemble. Affaire(s) à suivre donc.

Camille Duserre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *