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Ici Radio Canada : vent d’automne sur les urnes

Alors que des élections générales cruciales sont attendues pour ce lundi 19 octobre, une atmosphère détendue souffle sur la Nouvelle-Ecosse (Nova Scotia), une province du Canada Atlantique. Loin de la tension grandissante qui se fait sentir en France à l’approche d’une législative ou d’une présidentielle, tout le monde prend le scrutin avec beaucoup de recul. Pourtant, ces élections sont doublement décisives : elles permettent, comme au Royaume-Uni, d’élire à la fois la majorité parlementaire et le chef du gouvernement.

Niels Braley, depuis Halifax (Canada)

Des élections « bilan » pour le parti conservateur

Très peu populaire, le gouvernement de Steven Harper (parti conservateur canadien, PCC) a peu de chances, selon les sondages, de remporter ces élections tant le bilan de sa politique est médiocre et son projet similaire à ce que les Canadiens ont connu depuis déjà une décennie.

Toutefois, le parti conservateur s’active en coulisses. Fort de son expérience, l’organe central du parti a multiplié les concertations pour se rallier à des partenaires de dernières minutes tel André Bellavance, maire d’une ville de la circonscription du Richmond-Arthabaska. De toute évidence, le PCC a compris que le compromis était une stratégie tout à fait plausible dans un scrutin qui s’annonce extrêmement serré. Ainsi est-il de moins en moins tabou, au Québec par exemple, de revendiquer les idéaux du parti conservateur, dans une région qui se veut pourtant bien plus sociale et proche des idées du parti Libéral de Trudeau que du conservatisme de Harper.

L'évolution des sondages sur le temps évaluée par 308
L’évolution des sondages sur le temps évaluée par 308

Une large défaite de ce dernier serait toutefois un signal politique extrêmement fort adressé aux défenseurs de la « théorie du ruissellement » et du « small government » (baisse des impôts, coupes dans le budget étatique, et « encouragement de la croissance »). Enclin à une baisse continue des prélèvements obligatoires, le gouvernement Harper a longtemps caché aux yeux du public l’effet réel de ses coupes budgétaires sur la continuité des services publics, comme le rappelaient les universitaires Jordan et Alex Himelfarb dans l’ouvrage Tax is not a four-letter word (comprenez « l’impôt n’est pas un gros mot »). De fait, l’enjeu est de taille pour celui qui s’enhardissait dans sa conférence de presse d’être un des acteurs majeurs du bien public canadien dans sa façon de négocier le « TPP » (Trans-Pacific Partnership, traité multilatéral entre 12 nations pacifiques visant une ouverture du libre-échange). Une défaite et les bilans dressés par les successeurs du parti conservateur à leur arrivée au pouvoir risqueraient de pénaliser pour longtemps les gouvernants sortants.

Un système électoral qui prévoit peu de surprises

Aux amateurs d’Institutions politiques comparées, le Canada est un cas d’étude assez intéressant lorsque l’on s’en remet aux urnes pour amorcer un changement politique durable. Issue d’un système de Westminster – c’est-à-dire un schéma institutionnel résultant de la colonisation britannique destiné aux pays du Commonwealth et calqué sur les institutions londoniennes de l’époque – le Canada a encore pour chef d’Etat un monarque. Plus précisément, une monarque puisqu’il s’agit en fait de la reine Elizabeth II d’Angleterre. Le gouvernement n’est, protocolairement du moins, rien d’autre qu’une partie du Privy Council (conseil privé) de la couronne pour les affaires canadiennes. Toute action décidée par le gouvernement, les ministres et plus spécifiquement le premier d’entre eux, l’est au nom de la couronne. Ainsi, le diminutif « pour la couronne » plutôt que « pour l’Etat fédéral » est couramment utilisé dans le langage commun entre canadiens lorsque l’on parle d’une action fédérale.

Pour la Chambre des Communes canadienne (la chambre basse), le mode de scrutin est relativement simple : chaque province élit un nombre de représentants proportionnel à sa population. Cependant, le Premier ministre n’est pas élu mais nommé par le gouverneur général (représentant de la Reine d’Angleterre au Canada), il est obligatoirement issu de la majorité parlementaire.

En cas de victoire des partis adverses aux Communes, le Premier ministre a donc deux solutions : il peut démissionner d’emblée ou se « présenter devant le Parlement » (c’est un abus de langage puisqu’il se présente devant la seule Chambre des Communes) pour lui demander sa confiance.

Dans l’état actuel des choses, le parti de M. Harper devrait être majoritaire à l’Assemblée à l’issue de la prochaine élection. Néanmoins, à eux deux, les partis d’opposition que sont le NDP (Nouveau Parti Démocrate) et le parti Libéral auront plus de sièges. En cas de coalition des partis adverses, la route sera difficile, mais Harper restera au pouvoir.

Pendant ce temps, l’opposition se déchire et « les Canadiens sont relax »

Une caricature de Harper comme on en voit souvent par ici
Une caricature de Harper comme on en voit souvent par ici

Tirant à boulets rouges sur les libéraux comme sur les conservateurs, le leader du NDP, Tom Muclair, ne semble pas avoir imaginé la tournure que risquent de prendre les événements : une majorité conservatrice et donc la possibilité d’une coalition orange-rouge entre le NDP et le parti libéral. Les deux partis n’ont révélé qu’il n’y a peu de temps avoir ouvert des pourparlers pour contrer l’éventuelle remontée de Harper dans les sondages. Muclair avait écarté de la main, par médias interposés, une proposition de coalition du néodémocrate Nathan Cullen en juillet dernier.

Le dialogue serait rompu entre les partis depuis cette date… jusqu’à ce qu’il soit rétabli devant la probabilité persistante d’un gouvernement minoritaire du parti conservateur qui n’arrangerait ni les affaires du NDP, ni celles du parti libéral. Les instances des deux partis, attentives aux réclamations de leurs élus locaux dans les différentes provinces, ne voient pas d’un très bon œil l’idée de collaborer à l’échelle nationale avec leurs concurrents de tous les jours sur le terrain. Sur un certain nombre de dossiers municipaux et provinciaux, NDP et Libéraux se livrent une guerre politique sans merci.

« Les Canadiens sont relax avec tout, ils ne se préoccupent pas de ce qui se passe » confie Erick, étudiant en administration publique à Halifax en Nouvelle-Ecosse. « Je suis sûr que si les choses se passaient de la même manière en France, une révolution aurait déjà eu lieu. Notre système est vraiment dépassé… ». Pour Nathalie, étudiante en droit, « peu importe qui gagne, tant que ce n’est pas Harper ! Les conservateurs ruinent ce pays… Mais je ne sais pas encore pour qui voter de l’autre côté, ça va se jouer à peu de choses au moment de mettre le bulletin dans l’urne ». Yoon, étudiant en commerce, partage ce point de vue. Les étudiants voient leur pays changer d’une manière qu’ils n’ont pas choisi, et qui parfois les révolte : la hausse des frais de scolarité dans le pays avait entrainé des mouvements sociaux qualifiés de « Printemps érable » en 2012, avec une importante répression policière qui marque encore les esprits.

Etudiants et observateurs du système politique du pays de l’érable, nous verrons vers quoi se destinent les électeurs : le conservatisme de Harper ou la nouveauté des libéraux et du NDP ?

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