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Après la malbouffe, la mal-info ? Gilles Balbastre à l’IEP : réflexion sur le matraquage médiatique

Invité par le Café Philo Lille à l’IEP mardi 13 octobre, le journaliste et réalisateur Gilles Balbastre est venu présenter et débattre avec les étudiants de Sciences Po Lille autour de son dernier documentaire, « Cas d’Ecole ». Après « Les Nouveaux Chiens de Garde » (qui a réalisé le plus d’entrées au cinéma depuis dix ans), le journaliste-réalisateur revient avec un nouveau documentaire interrogeant l’emballement médiatique sur certains faits divers. Retour sur une rencontre qui nous aura fait réfléchir, animée par le franc-parler et le ton quelque peu pince-sans-rire de Gilles Balbastre.

cas d'ecole afficheL’amphi A est plein mais pourtant pas un mot, et pour cause : traitant d’un sujet grave et révoltant, « Cas d’Ecole » revient sur la manière dont les professeurs du collège de Lens ont été agressés par la presse et accusés par les journalistes et les parents d’élèves de « harcèlement scolaire », après le suicide en janvier 2012 d’une élève scolarisée dans cet établissement classé en zone d’éducation prioritaire. Gilles Balbastre part de ce fait divers pour illustrer les méthodes de travail des médias, décrire comment les enseignants ont vécu cette agression médiatique et, dans une perspective plus large, nous amener à réfléchir sur le matraquage médiatique que nous subissons au quotidien sans même plus nous en rendre compte.

« Les journalistes voulaient faire entrer les réponses dans leurs schémas de pensée pré-établis »

Le 2 janvier 2012, veille de rentrée des classes. Pauline, victime de brimades au collège, se donne la mort avec le fusil de chasse de son père. Le 3 au matin, une dizaine de journalistes questionne « à chaud » devant les grilles du collège élèves et parents interceptés au hasard du flot. Mais que peut bien chercher un journaliste qui, à peine une heure après avoir appris la nouvelle, se livre à de tels interrogatoires sans même avoir cherché davantage d’indications sur les faits ? Plus d’informations ? La vérité ? Ou bien simplement le sensas’, la révélation choc qui va faire vendre ? C’est en tout cas la question que se pose l’un des enseignants interrogés par Gilles Balbastre, dans le cadre des débats qu’il a organisés avec le personnel éducatif de l’établissement et un sociologue afin d’avoir une autre approche sur ces évènements.

« Notre estomac ingurgite de la malbouffe, et notre cerveau de la mal-info »

Car c’est bien tout l’enjeu du travail mené par le réalisateur : comment les médias entendaient-ils produire de l’information à partir de rien ? Prenant l’exemple de la Voix du Nord qui avait posté, plusieurs jours durant, une journaliste devant les grilles du collège Jean Jaurès pour leur retransmettre les informations en temps réel, Gilles Balbastre entend illustrer la manière dont la presse tend de plus en plus à produire de la « mal-info », à l’instar de la « malbouffe » dont nous nous nourrissons régulièrement. La temporalité de l’information s’accélère, preuve en est le concept d’ « info en continu » lancé par La Chaîne Info (LCI) en 1994, et depuis repris par I-Télé et BFM TV. Ceci oblige les journalistes à travailler de plus en plus vite et, souvent, de moins en moins bien. Particulièrement adapté au format télévisuel d’aujourd’hui, exigeant des faits chocs et l’essentiel de ce qu’il y a à savoir en quelques minutes tout au plus, le fait divers est devenu du pain bénit pour des journalistes qui n’ont plus les moyens (temporels et financiers) de mener de longues enquêtes d’investigation.

« Les médias ne cherchent pas à poser les débats mais à les trancher »
Image du film
Image du film : l’intervention de Laurent Bonelli, sociologue

Invité à participer aux débats qui constituent le cœur de « Cas d’Ecole », le sociologue Laurent Bonelli explicite la manière dont le discours médiatique continu contribue à façonner et à fermer l’espace du dicible et du pensable. Pour lui, la mise en scène des parents de la petite Pauline pleurant au cimetière devant la tombe de leur fille clôt le débat avant même de le lancer : le personnel enseignant de ce collège de Lens n’avait pas son mot à dire dans de telles circonstances (et pouvait encore moins se défendre contre les accusations de harcèlement et non-assistance à personne en danger) ; pas plus que le personnel politique n’avait de choix sur l’attitude à adopter. C’est bien sur les hommes politiques que les médias ont le plus d’influence : ils ont le pouvoir de définir ce qui fera l’objet d’un matraquage médiatique, et ainsi de favoriser la mise à l’agenda d’un problème en particulier (ici le harcèlement scolaire).

« On nous a transformé de citoyens éclairés en citoyens consommateurs et passifs »

Filant la métaphore alimentaire, Gilles Balbastre nous invite à rejeter cette mal-info qui nous entoure et à réclamer de l’ « info bio ». En clair, il est grand temps pour lui que nous remettions sérieusement en question le paysage médiatique tel que nous le connaissons aujourd’hui, à savoir entièrement détenu par de puissants groupes industriels et les grandes fortunes françaises, qui ont fait de l’information une marchandise dont l’intérêt et la valeur dépendent de l’audimat. Privé de toute indépendance économique (sauf peut-être dans le cas de Médiapart, financé par les cotisations annuelles de lecteurs), le journaliste d’aujourd’hui ne peut plus réaliser un véritable travail de fond. Il est l’heure de porter un regard critique sur les médias et sur le traitement médiatique des informations, comme le fait Acrimed par exemple, qui entend renseigner sur la manière dont l’information est produite.

20h, le débat est censé tgilles balbastre conférenceoucher à sa fin. Mais les questions s’enchaînent, les réactions fusent, et les membres de l’association organisatrice sont contraints d’interrompre cette discussion animée et particulièrement riche en réflexions intéressantes et pertinentes. L’amphithéâtre se vide, mais certains continuent à discuter avec le journaliste. Il n’y a rien à dire, Gilles Balbastre veut faire réfléchir, et il s’y prend bien.

Philippine Malloggia

 

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