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Benoît Lengaigne prend le relai

Benoît Lengaigne a été élu le 21 février dernier pour prendre la succession de Pierre Mathiot à la direction de l’IEP. Au cours d’un long entretien, il nous a parlé de ses impressions sur ses premières semaines, des projets qui lui tiennent à coeur, de la vie associative et même de la polémique des affichages…

Qu’est-ce que ça fait, d’être directeur de Sciences Po Lille ?

Quinze ans. C’est le nombre d’années que Benoît Lengaigne a passé à Sciences Po Lille. Il y a enseigné, y a notamment été directeur des études, puis directeur adjoint. Pourtant, ce nouveau rôle change beaucoup de choses. “La différence entre directeur adjoint et directeur, c’est une différence que je ressens, de manière simple : derrière, il n’y a plus personne.” Avoir passé tant de temps dans l’institution est cependant une chance : Benoît Lengaigne connaît le fonctionnement de l’école, ses règles, ses codes, sa culture. Il peut aussi compter dans certains cas sur ses “excellentes relations” avec Pierre Mathiot : “Il est normal que, dans les premiers mois de mon mandat, j’aille encore le voir pour assurer la continuité de certains dossiers qui ont commencé sous son mandat et qui se termineront sous le mien.”

Le changement dans la continuité”, le nouveau directeur reprend la formule. C’est bien l’esprit de la transition “Lengaigne”, et sans doute l’une des raisons qui l’ont amené à être élu. Il ne veut pas créer de rupture, de changements radicaux, mais apporter sa marque au projet de l’école. Il valorise ce qui a été accompli. “On est sur le devant de la scène, dans les enjeux contemporains, et c’est quelque chose qui ne va pas changer”. Benoît Lengaigne compte bien entretenir ce qui faisait à ses yeux la qualité de l’ancienne équipe : “créativité, dynamisme, volontarisme”.

Continuité, donc. Mais le changement ? Benoît Lengaigne évoque des “habitudes” qui ont été prises au fil des années, habitudes qu’il voudrait encadrer. Il ne s’agit pas de légiférer sur tout, mais de favoriser plus de “prévisibilité” et de “lisibilité” en mettant des règles en place.

Il vaut mieux être bien accompagné

Le changement passe aussi par de nouveaux visages. S’il y a une chose sur laquelle Benoît Lengaigne insiste, c’est l’importance qu’il donne à sa nouvelle équipe. Il l’avait déjà mentionné lors de la campagne : “Je crois qu’on est aussi défini par les personnes dont on s’entoure, un bon directeur c’est donc quelqu’un qui s’entoure d’une bonne équipe”.

Il y a d’abord Chantal Figueredo, nouvelle directrice des programmes. Elle a travaillé pendant deux ans au bureau du préfet à l’égalité des chances. Pour le directeur, cette expérience permet d’apporter “un regard neuf et bienveillant” et donc “une vraie richesse”. François Benchendikh est directeur adjoint et directeur des études tandis que Patrick Mardellat reste à la direction des relations internationales. Anne-Claire Beurthey est la nouvelle directrice des développements et des partenariats institutionnels.

12178125_908078549283804_2014722597_nLa nouvelle équipe, c’est aussi un poste de directeur de la recherche créé pour la première fois, et assuré par Michel Hastings. Pour Benoît Lengaigne, cette position a vocation à valoriser les travaux de recherche des enseignants chercheurs. Mais c’est quelque chose qui a aussi de l’importance pour les élèves auxquels les enseignants chercheurs vont passer une partie de leur recherche : “C’est la garantie pour les étudiants d’avoir une transmission de la connaissance en phase avec les enjeux contemporains de la recherche et en phase avec les terrains d’étude actuels.

Repenser les deux premières années

Quels sont les projets de cette nouvelle équipe ? Réformer la scolarité fait sans doute partie des choses qui tiennent le plus à coeur à Benoît Lengaigne. Le directeur aimerait que le parcours d’un étudiant à Sciences Po soit autant que possible organisé autour de trois segments : “quatre semestres, une année de mobilité, quatre semestres”. Cela ne paraît pas révolutionnaire mais les mots ont leur importance. Si les quatre semestres de master ont chacun leur spécificité, les deux premières années du “tronc commun” ont besoin d’un coup de neuf pour le nouveau directeur.

Cela passe par plusieurs axes. D’abord, une homogénéisation du corps étudiant : autrement dit, réduire l’accès de la deuxième année en entrée directe, voire, à terme, supprimer le concours de 2A – ce qui devrait néanmoins prendre du temps puisque c’est une réforme qu’il faut organiser au niveau du concours commun. Ensuite, réformer l’enseignement des langues et relancer l’introduction aux méthodes des sciences sociales, qui n’existe plus à l’IEP.

Un second souffle pour nos conf’ 

Ces quatre premiers semestres devraient aussi voir un renouveau de la conférence de méthode, qui s’essouffle aujourd’hui pour Benoît Lengaigne : “Ca avait du sens et c’était une marque de fabrique des Sciences Po parce que ça entraînait les étudiants à la prise de parole, à la conviction, mais je pense qu’on n’enseigne pas en 2015 comme on enseignait en 2005. Il faut adapter ce format, parce qu’on bénéficie aussi de l’internationalisation du cursus et qu’on voit bien qu’il y a des méthodes pédagogiques dont on peut s’inspirer dans les autres pays, pour renouveler le format de la conférence de méthode sans la trahir.

Faire le lien entre projet professionnel et mobilité

Crédit photo : Sciences Po Lille
Crédit photo : Sciences Po Lille

Last but not least, la nouvelle équipe de direction aimerait voir les deux premières années plus orientées vers la définition d’un projet professionnel, à l’aide des outils déjà en place – notamment les séances de coaching gérées par Elsa Dievart. Le but, c’est de faire le lien entre le projet professionnel et le projet de mobilité. Benoît Lengaigne voudrait que la décision de partir en troisième année ne soit pas uniquement motivée par des raisons géographiques, mais aussi “disciplinaires” : ne pas choisir de partir à Pékin parce que l’on rêve d’aller en Chine, mais aussi parce que l’université en question propose des programmes liés aux intérêts de l’étudiant, à son choix de master, etc.

L’année de mobilité internationale, parlons-en. Elle a été réformée en novembre 2014 par un décret du gouvernement interdisant les stages de plus de six mois. Combiner stage et expérience universitaire, c’était une idée à laquelle beaucoup d’étudiants étaient favorables, d’après le directeur : “Je crois que sans le décret, moi je l’aurais proposé. J’y suis favorable dans les conditions que l’on a définies.” Autrement dit, commencer par un semestre académique avant d’enchaîner sur un stage. Le dispositif a été mis en place pour la première fois cette année, un bilan devrait être réalisé dans trois ans pour l’évaluer.

Autre idée du gouvernement, cet été, une circulaire a encouragé les établissements de l’enseignement supérieur à pratiquer la césure en en définissant les modalités. La césure, Benoît Lengaigne y est personnellement favorable. Mais ce n’est pas si facile. Le directeur explique qu’il est logistiquement impraticable de la généraliser à l’IEP. L’année de césure est donc autorisée à Sciences Po entre la quatrième et la cinquième année, mais sous certaines conditions (pas pour aller faire le tour du monde, pour dire les choses clairement). Elle reste une exception, et a sans doute vocation à le demeurer, du moins tant que l’IEP n’aura pas plus de moyens de consacrer du personnel à la gestion des étudiants qui souhaitent partir en césure.

Les affiches de la discorde…

On a entendu beaucoup de choses au sujet de la disparition des tableaux de liège et des nouvelles règles d’affichage dans l’IEP : la mesure a été jugée liberticide par beaucoup et elle n’a pas contribué à la popularité du nouveau directeur. Le dernier rebondissement en date a été le rejet de la pétition co-signée par dix-sept associations et 367 étudiants lors du conseil d’administration du mardi 13 octobre. Lorsque l’on aborde la question, Benoît Lengaigne insiste sur le fait qu’il n’y a eu aucune censure depuis le début de l’année et détaille ses arguments un à un : d’abord l’avis d’une commission de sécurité fin août sur l’inflammabilité des panneaux de liège, puis les propos racistes, homophobes ou sexistes qui y étaient parfois inscrits, sans parler de la surenchère d’affiches depuis environ cinq ans… Le directeur a trouvé que les affiches se superposaient jusqu’à en devenir illisibles : “Quand on affiche quelque chose c’est pour diffuser un message. Là, il n’y avait plus de message diffusé”. Pour justifier sa décision, Benoît Lengaigne explique aussi que des entreprises profitaient des murs en libre-accès pour faire leur publicité gratuitement.

Capture d'écran : pétition des associations de Sciences Po Lille sur change.org
Capture d’écran : pétition des associations de Sciences Po Lille sur change.org

“Professionnaliser les associations de Sciences Po”

Mais surtout, il y a pour lui une dimension pédagogique à ces nouvelles règles. Il s’agit de responsabiliser les associations : “Ca doit vous apprendre à le faire en amont, à professionnaliser la diffusion des projets étudiants”. Cet argument entre dans le nouveau projet de la direction pour les associations, qui doivent devenir motrices du développement de l’IEP. C’est la raison pour laquelle la vie étudiante relève désormais du développement et des partenariats, et non plus de la scolarité : “J’ai choisi de changer un peu l’angle et de considérer que les étudiants investis dans la vie associative sont d’abord des vecteurs de développement de l’école, et des porteurs de projet. C’est très important.”

Benoît Lengaigne se serait sans doute bien passé de cette polémique, qui a involontairement marqué la rupture avec l’époque de Pierre Mathiot et a cristallisé les inquiétudes des étudiants sur la vie associative, qu’ils craignent de voir bridée. Le directeur évoque un point de vue différent. “Je crois que j’ai une autre vision des associations. Pierre a accompagné le dynamisme de la vie étudiante en disant beaucoup oui. Je pense que c’est quelque chose qui a servi l’école. Moi j’accompagne la vie associative d’une autre manière, pas mieux, mais d’une autre manière. Je crois que plus qu’ailleurs, la vie associative dans une école comme Sciences Po, elle est indispensable”. Cependant, le directeur craint que la surenchère dans le nombre n’apporte une dilution de l’engagement. “Je ne veux pas censurer, limiter, freiner les initiatives. Je veux que les associations à Sciences Po Lille soient encore plus fortes. Et que du coup elles se professionnalisent. Que leur message soit visible plus facilement et plus efficacement.

Régionales : où irons-nous ? Pas sur les barricades

En décembre auront lieu les élections régionales, qui pourraient voir le Front national victorieux dans le Nord. Ce cataclysme potentiel changerait sans doute aussi la donne pour l’enseignement supérieur, et donc pour Sciences Po. “Quand on est directeur d’école, on est sur les estrades, on n’est pas sur les barricades, donc ça veut dire que je n’ai pas de discours militant ou partisan à donner. Maintenant, évidemment que sur mon estrade, les valeurs du Front national ne sont pas compatibles avec les valeurs de mon école publique”. Une école qui est, pour son nouveau directeur, tournée vers les autres, tournée vers le monde, la découverte et le respect des différences.

Mahaut de Butler

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