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France Culture s’invite à Sciences Po Lille

6h, vendredi 16 octobre, dans une rue de Trévise bien sombre et bien calme, une façade de Sciences Po Lille recouverte de logos de France Culture et de France Bleu, des câbles électriques et des micros partout dans l’amphi A. Car oui, France Culture s’invitait à Sciences Po Lille vendredi dernier. Si tu as manqué cette journée exceptionnelle, la Manufacture t’a concocté un petit résumé.

6h30 – Les Matins par Guillaume Erner – « Gare au Nord : une région à valeur de test »

Il a fallu se lever tôt pour assister en direct à la matinale de France Culture. À mon arrivée, sans doute en raison de l’heure plus que matinale, nous n’étions que deux étudiants présents. Contrairement à la plupart des paliens, encore endormis, journalistes et techniciens s’affairaient déjà depuis un bon moment à préparer cette édition spéciale.

Anne-Lise Dufour Tonini, Sébastien Leroy et Guillaume Erner| Crédits : Damien Cottin
Anne-Lise Dufour Tonini, Sébastien Leroy et Guillaume Erner | Crédits : Damien Cottin

Les journalistes ont présenté, comme introduction à cette journée, les enjeux des prochaines élections, avec un enchaînement de reportages et de chroniques sur le Front national, la dynamique portée par la métropole de Lille et la place d’Amiens dans la région. Entre deux journaux, Clémence Fulleda nous parle de l’effondrement de la gauche, et Sébastien Leroy, journaliste à la Voix du Nord, souligne l’ancrage historique de la région à gauche.

À 7h43, Guillaume Erner accueille trois candidats aux prochaines élections régionales : Sébastien Chenu (Rassemblement Bleu Marine), Anne-Lise Dufour Tonini (PS) et Sébastien Huygue (LR). Entouré de Sébastien Leroy et de Frédéric Sawicki, professeur de science politique à Paris I, Guillaume Erner a dû faire face à un débat mêlé d’invectives entre les trois candidats. Chacun a ainsi campé sur ses positions : la candidate socialiste défendant de grandes actions menées contre le chômage malgré des résultats se faisant attendre, et la fierté du bilan de la dernière mandature, le candidat de droite dénonçant le gouvernement socialiste et le déclin de la région causé par le PS, et le candidat Bleu Marine constatant l’échec du PS et dénonçant le coût de cette réforme territoriale.

Frédéric Sawicki, Sébastien Hyughe et Sébastien Chenu| Crédits : Damien Cottin
Frédéric Sawicki, Sébastien Hyughe et Sébastien Chenu | Crédits : Damien Cottin

Les trois personnalités politiques ont ensuite été interrogées par la Manufacture sur leur projet de politique culturelle pour la future grande région. Sébastien Chenu a eu peu de temps pour faire ses propositions centrées sur l’artisanat d’art et les artistes locaux, précisant qu’une majorité frontiste ne réduirait pas les subventions, avant que le débat ne tourne court avec une nouvelle série d’invectives au sujet d’un Louvre Lens, fierté de la candidate socialiste, dont le bilan fût vivement critiqué par le candidat LR.

La dernière partie de la matinale se fait dans un calme relatif sur la question de l’emploi dans la région, servant ainsi de prélude à l’émission d’Hervé Gardette de 18h20. Mais alors quelles solutions pour l’emploi dans le Nord ? Sébastien Huyghe (LR) précise que la région dispose de 120 000 emplois non pourvus. Il insiste donc sur la question de l’apprentissage, de l’accompagnement des entreprises avec un triplement de leurs aides, et un soutien de la banque régionale d’entreprise. Sébastien Chenu (RBM) appelle à une préférence locale et une accentuation des formations professionnelles, tandis qu’Anne-Lise Dufour Tonini (PS) parle de New Deal pour la région. Chacun des candidats semblant finalement ne se rejoindre que sur un seul point : l’emploi sera bien au cœur des élections régionales.

Retrouvez le podcast de l’émission : ici.

13h45 – Sur la route des « nouvelles métropoles » par Julie Gacon

Julie Gacon, Pierre Mathiot et Oriol Clos | Crédits : Damien Cottin
Julie Gacon, Pierre Mathiot et Oriol Clos | Crédits : Damien Cottin

Julie Gacon est partie sur la route de la métropole lilloise, des travaux d’aménagements menés par Oriol Clos (directeur de l’agence d’urbanisme de Lille), aux habitants de ces quartiers en réhabilitation. Premier arrêt : Zone de l’Union, entre Roubaix, Tourcoing et Wattrelos, plus grande friche industrielle de France dans les années 1990. C’est l’occasion pour Julie Gacon de rencontrer Salah, cet homme, propriétaire d’un bistrot, qui a refusé de vendre sa maison. Ici les habitants imaginent mal leur avenir et n’y voient qu’une montée des inégalités, quand les urbanistes voient des quartiers pleins de potentiel, où s’implantent des entreprises prometteuses, où les territoires se désenclavent, où les services sont attractifs. Car oui, pour Oriol Clos, ces réhabilitations répondent à un désir d’améliorer la situation économique et sociale de ces quartiers, en attirant des entreprises et des personnes pouvant tirer vers le haut notre métropole européenne. Malgré la distance qui peut s’installer entre les attentes des habitants et les décideurs, Oriol Clos, urbaniste ayant œuvré pour Barcelone, tient à servir le processus de métropolisation de Lille, afin d’en tirer une région dynamique. Nul doute que la question d’une métropole puissante résonne déjà à l’aube de la nouvelle région.

Retrouvez le podcast de l’émission : ici.

15h15 – L’Atelier du pouvoir par Vincent Martigny et Thomas Wieder – « Comment la gauche a perdu le Nord »

Thomas Wieder et Vincent Martigny | Crédits : Damien Cottin
Thomas Wieder et Vincent Martigny | Crédits : Damien Cottin

À 15h15, Vincent Martigny et Thomas Wieder animent une nouvelle édition de l’Atelier du pouvoir afin de comprendre « Comment la gauche a perdu le Nord », en compagnie de Jean-Pierre Balduyck, ancien maire PS de Tourcoing et ancien député du Nord, Valérie Létard, sénatrice UDI du nord, et Christian-Marie Wallon-Leducq, professeur de science politique à l’Université Lille 2. La discussion part du constat de la perte d’influence de la gauche dans le Nord, qui s’accompagne d’un renforcement du Front national. Hier, le socialisme représentait le plein emploi et le progrès ; aujourd’hui, ce n’est plus que crise et chômage pour Jean-Pierre Balduyck. La gauche a souffert des crises industrielles qui ont contribué à l’effondrement du Parti socialiste et du Parti communiste. La désaffection d’une partie des électeurs traditionnellement orientés à gauche a laissé un vide électoral et partisan. C’est ce constat qui sert de transition naturelle à la place du FN dans la région.

Jean-Pierre Balduyck, Christian-Marine Wallon-Leducq et Valérie Létard | Crédits : Damien Cottin
Jean-Pierre Balduyck, Christian-Marine Wallon-Leducq et Valérie Létard | Crédits : Damien Cottin

La dernière partie de la discussion fait office d’introduction à l’émission suivante en s’interrogeant sur l’enracinement du Front national dans le Nord. Pour Valérie Létard, plus il y a de désespérance, plus le Front national obtient de votes. La sénatrice du Nord et l’ancien député socialiste tombent d’accord : il faut expliquer l’incapacité du FN aux populations et leur montrer que les responsables politiques peuvent transformer les territoires par leurs actions, et cela même par une unité partisane. Les partis républicains, et en particulier le PS, doivent s’adapter à ce nouveau contexte.

Une question reste cependant en suspens, celle de savoir si la fusion du Nord avec la Picardie affaiblira ou renforcera la gauche dans la région. Réponse en décembre prochain.

Retrouvez le podcast de l’émission : ici.

17h – Le Magazine de la rédaction par Tara Schlegel – « Les nouveaux fronts du FN en région Nord-Pas-de-Calais-Picardie »

Ce n’est plus une surprise pour personne, le Front national fait des scores records à chaque élection dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, et c’est ce qui semble se profiler aux prochaines élections. Mais au-delà de ce constat, Christine Moncla a cherché à comprendre ce qui pousse les électeurs à se tourner toujours plus nombreux vers le parti de Marine Le Pen. La véritable question est donc de savoir comment le Front national s’y prend pour y arriver.

Christine Moncla, Tara Schlegel et Pierre Mathiot | Crédits : Damien Cottin
Christine Moncla, Tara Schlegel et Pierre Mathiot | Crédits : Damien Cottin

La journaliste est d’abord partie à la rencontre des habitants du Nord-Pas-de-Calais, à Billy-Montigny près d’Hénin-Beaumont et à Lewarde. Ici, la crise du charbon a fait des ravages, et a en partie détourné l’électorat ouvrier du parti communiste. Un homme, un lewardois, constate une forte montée du racisme dans ces communes, en raison de la précarité et du chômage qui entérinent la notion, vague, de « préférence nationale », et qui poussent certains habitants à déplorer que les commerces soient repris par les descendants d’immigrés maghrébins installés dans la région, n’étant apparemment pas être Français dans l’imaginaire collectif.

Le Front national a également investi les champs intellectuels, grâce à ses collectifs, à l’image de l’Éducation nationale. Le principal d’un collège de l’Aisne témoigne, voix modifiée, de son ralliement au parti, après des années à gauche. Ce virage fait suite à la dédiabolisation du mouvement, ainsi qu’à un désenchantement face à des résultats de réformes qui n’arrivent pas. Le niveau scolaire semble se dégrader toujours plus, avec des moyens qui ne sont plus adaptés et des enseignants débordés. La région n’a sans doute pas les niveaux de réussite les plus faibles au baccalauréat pour rien.

À écouter ces hommes et ces femmes du Nord et de Picardie, c’est un sentiment d’abandon qui domine les esprits, et cela aussi bien chez les ouvriers et les agriculteurs que chez les fonctionnaires. Contrairement à l’image du vote contestataire que les médias véhiculent souvent, ici dans le Nord, le vote frontiste est aujourd’hui un vote fidèle et de conviction. À écouter le reportage de Christine Moncla, on comprend bien que le parti ait bénéficié d’une dédiabolisation qui permet de rendre plus libres certaines idées, et de faire disparaître la stigmatisation des sympathisants (la création d’un groupe Front national à Sciences Po Paris en est un exemple au niveau national).

La discussion entre Tara Schlegel, Christine Moncla et Pierre Mathiot se conclut sur l’horizon des régionales, dont l’enjeu est majeur dans cette nouvelle région. Le FN a su élargir les bases du parti et adopter une proximité avec la population, ce qui explique le succès frontiste dans les cinq départements. Aujourd’hui, Marine Le Pen fait la course en tête dans les sondages, et la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie pourrait bien devenir la première région frontiste.

Retrouvez le podcast de l’émission : ici.

18h20 – Du Grain à moudre par Hervé Gardette « Nord-Pas-de-Calais-Picardie : insertion, chômage des jeunes, quelles solutions innovantes pour l’emploi ? »

Hervé Gardette, Elena Fernandes et Rémi Pennequin | Crédits : Damien Cottin
Hervé Gardette, Elena Fernandes et Rémi Pennequin | Crédits : Damien Cottin

Hervé Gardette était entouré, pour ce dernier rendez-vous de la journée, de Jean-Yves Doisy, directeur général adjoint de Vitamine T (une structure d’insertion par l’activité économique), d’Elena Fernandes, directrice du cluster Initiatives et Cité, et de Rémi Pennequin, directeur de la Mission Locale en Pays d’Artois.

Dans une région avec des taux de chômage de 12% et où un tiers des jeunes de moins de 25 ans en est touché, le débat cherche à établir les solutions possibles pour favoriser l’emploi et les initiatives permettant de répondre aux demandes des citoyens. Cette thématique est d’ailleurs au cœur des prochaines élections régionales. Partant du constat qu’il y a aujourd’hui peu de contrats en CDI en France et un mille-feuille administratif qui complique l’aide aux chômeurs, les trois invités soulignent cependant que la jeunesse est une force, un potentiel, un avenir.

Mais alors quelles solutions pour cette jeunesse ? Les trois invités mettent l’accent sur la préparation des jeunes, sur leur accompagnement et leur formation. Les structures représentées par les trois invités ont à cœur de favoriser l’emploi des jeunes. 60% des jeunes trouvent ainsi un emploi à la sortie de Vitamine T. Elles sont aussi des facteurs et des sources d’innovation. Elena Fernandes souligne, le sourire aux lèvres, l’exemple du recyclage des huiles de friture en biocarburant dans les villes du Nord comme exemple de ces innovations. Le chômage est bien ancré dans le Nord, mais des solutions sont présentes, et c’est en ce sens qu’agissent ces acteurs locaux au quotidien.

Retrouvez le podcast de l’émission : ici.

19h conclut cette journée spéciale à Sciences Po Lille. La nuit est déjà tombée rue de Trévise, après une journée instructive pour ceux qui s’intéressent à la situation de notre région. France Culture vous donne rendez-vous dès demain à Sciences Po Rennes, et à Marseille, Strasbourg et Paris dans les semaines à venir.

Damien Cottin

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