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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Vers un nouveau modèle de tolérance pour la France ?

On ne dira jamais assez combien les Anglais sont ouverts d’esprit. En troisième année à Birmingham, ville britannique réputée pour sa mixité culturelle, la différence avec la France n’en est que plus frappante. Il ne s’agit pas là de faire des généralisations. Simplement de témoigner de ce que je vois, dans une ville qui surmonte chaque jour les difficultés liées tant au multiculturalisme qu’au communautarisme.

J’écris ici pour parler de tolérance, de coexistence pacifique, de respect, appelez-ça comme vous voudrez. J’écris ici pour raconter la tolérance. Ou comment, à une semaine d’intervalle, j’ai pu voir une musulmane et une chrétienne discuter pacifiquement de religion en Angleterre, et une Française qualifier ouvertement et sereinement la France d’un pays de « race blanche ».

Source: indiaopines.com
Source: indiaopines.com

Vers une France uni-culturelle ?

Car oui, aussi loin que je m’en souvienne, je n’ai pas encore vu ici de scène telle que celles dont on peut être témoin en France. Je parle de ces scènes où l’on attise la haine de l’autre, que ce soit pour sa couleur de peau ou pour sa religion. Je parle de scènes où l’on compare les populations musulmanes à l’occupation (avec un petit « o » ou un grand « O », qu’importe, aucun n’est défendable), où l’on prône une France uni-culturelle. La question est la suivante : que gagnerait-on au monoculturalisme ? Une culture plate et sans goût. Une anti-culture même. Et d’ailleurs, l’uni-culturalisme peut-il exister dans un monde postcolonial et globalisé ?

A l’heure d’une France où des pensées racistes peuvent récolter jusqu’au quart des votes à une élection, et où celles-ci se déplacent de plus en plus vers le centre du spectre politique, je témoigne ici depuis une ville culturellement ouverte, qui accepte la diversité. Un mot pour décrire ça : le multiculturalisme. Pourquoi ai-je l’impression qu’en France c’est un mot tabou, auquel on préfère le mot stigmatisation ? Vivre ensemble, dans l’acceptation de l’autre, est-ce si difficile en France ?

musulmans-france
Dessin de Dilem, via TV.org

Apprendre à surmonter les difficultés

Ce n’est pas à dire qu’il n’y a aucun problème en Angleterre, loin de là. Certes, il y a UKIP. Certes, en 2005, Birmingham a été secouée par des émeutes opposant des membres des communautés jamaïcaine et pakistanaise. Certes, en 2011, des violences de rues ont éclaté à travers l’Angleterre. Certes, même à Birmingham, pas plus tard que l’année dernière, une lettre anonyme intitulée le « Cheval de Troie », a été publiée pour alerter les autorités publiques de l’influence de groupes islamistes sur six écoles publiques de la ville.

Alors certains se sont demandé si le modèle du multiculturalisme d’Etat britannique, encourageant les minorités à préserver leur mode de vie, n’avait pas involontairement attisé les tensions communautaires. Mais n’a-t-on pas trop tendance à analyser les causes des tensions sociales à travers le prisme identitaire ? Pour preuve, plusieurs études soutiennent que les revendications derrière les émeutes de 2011 étaient plutôt d’ordre économique et non communautaire. Car blâmer le multiculturalisme pour le repli identitaire, c’est oublier le rôle majeur joué par les difficultés économiques sur celui-ci.

Et même si David Cameron, lors de la conférence internationale sur la sécurité à Munich en février 2011, avait affirmé, reprenant les propos d’Angela Merkel, que le multiculturalisme était un échec (« avec la doctrine du multiculturalisme d’Etat, nous avons encouragé différentes cultures à vivre séparées les unes des autres », avait-il dit), même s’il semble aujourd’hui que l’Angleterre soit à la recherche d’un nouveau modèle au-delà du multiculturalisme (vers un décloisonnement des communautés), on est encore loin du mono-culturalisme. Le débat sur l’identité britannique est en suspens. Malgré ces hésitations, 85 % des Anglais déclarent vivre dans un environnement multicommunautaire harmonieux, selon le Community Life survey de 2013-2014. Face à une France empêtrée dans ses idées reçues, où chaque affaire d’actualité est l’occasion d’une nouvelle stigmatisation des médias comme des acteurs politiques, la ville de Birmingham continue de témoigner de l’ouverture d’esprit des habitants, qui ne faillit pas à sa réputation.

Source: Community Life Survey 2013-2014
Source: Community Life Survey 2013-2014

TOLERANCE

Alors je voulais raconter la tolérance. Celle que je vois tous les jours en marchant dans les rues de Birmingham. Ici, les femmes musulmanes voilées marchent dans la rue sans être dévisagées par les autres, des prêcheurs musulman donnent et prônent le Coran en pleine rue à côté d’un prêcheur chrétien, sans heurts ni cris au scandale. Car laïcité ne rime pas avec intolérance mais avec liberté. Car dans cette ville aux mille facettes, la « Britishness », l’identité britannique, c’est la diversité.

De Birmingham, cette ville réputée pour sa mixité culturelle, je regarde aujourd’hui la France avec un air triste, celui avec lequel on regarde un proche s’enfoncer dans le mépris et la haine.

Maëlys Septembre

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