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Détroit : ville de tous les extrêmes

Depuis septembre 2015 dans le cadre du projet culturel « Lille 3000 », l’exposition événement « DETROIT » investit la gare Saint Sauveur pour nous plonger au cœur des passions qui ont secoué cette ville phénix.

Miroir de l’âge d’or industriel américain, berceau musical indéniable ou encore laboratoire urbain, Détroit n’en est pas moins l’incarnation de la faillite des utopies qui l’ont façonné : ceux de l’American way of life et du multiculturalisme. Aujourd’hui, une quinzaine d’artistes originaires de Détroit ou simplement de passage nous livrent leur vision de la ville, avec réalisme mais aussi souvent avec espoir, celui de voir la ville renaître de ses cendres.

The shrinking city : histoire d’une douloureuse déchéance

 

Avant même de pénétrer dans l’immense hall de la gare qui abrite la première partie de l’exposition, le visiteur est amené à passer dans la gueule de l’imposante tête de diable, création de John Dunivant, artiste originaire de Détroit. Ce décor de théâtre, réalisé à partir de matériaux de récupération, est l’expression même de la capacité de renaissance, de la possibilité de reconstruire à Détroit un rêve nouveau.

Depuis le début du XXème siècle, Détroit est devenue la capitale mondiale de l’automobile, lui permettant d’investir tous ses espoirs dans le mythe de la croissance continue. La Motor City devient un paradis pour la classe ouvrière.

Ruines de l'usine Packard, Maryline Bonici
Ruines de l’usine Packard, Maryline Bonici

Pourtant, les multiples crises économiques qui frappent Détroit de plein fouet (les deux chocs pétroliers des années 1970, la concurrence nipponne des années 1980 et 1990 ou encore la crise des subprimes en 2008) ont raison de l’incroyable dynamisme qu’elle a pu témoigner. Steven Shaw, photographe reconnu qui a grandi à Détroit, assiste à cette désagrégation urbaine qu’il retranscrit dans une suite de photographies et de diaporamas.

Au-delà de la problématique économique, Détroit incarne un modèle multiculturaliste crispé sur l’antagonisme Noir/Blanc, alors même que la communauté noire-américaine est largement majoritaire numériquement. Dans sa vidéo Time to change, Oren Goldenberg raconte le mouvement migratoire survenu au début du XXe siècle, par l’intermédiaire d’une figure humaine qui déambule le jour et la nuit le long d’une avenue de Détroit. Le réalisateur dénonce surtout la migration inversée, provoquant la relégation des populations afro-américaines du centre-ville vers la banlieue.

Eyes Wide Open, Steve Faigenhaum
Eyes Wide Open, Steve Faigenhaum

Une immersion au cœur de la ville

 

Si l’exposition illustre avec réalisme les dynamiques historiques qui ont mû cette ville, elle se distingue surtout par sa capacité à immerger le visiteur dans une atmosphère particulière, lui permettant presque de toucher la ville du bout des doigts. En effet, l’ancienne gare offre un cadre architectural et une atmosphère particulièrement propices à l’exploration de toutes les facettes de cette ville. C’est ce qu’a compris Scott Hocking, artiste reconnu qui a choisi la partie désaffectée du Hall B pour son installation monumentale en forme de tour de Babel.

Scott Hocking
Scott Hocking

Certains artistes affichent également la volonté d’impliquer le spectateur en lui permettant de faire une expérience sensorielle de la ville. Au centre du hall, trois écrans cernent le spectateur et lui permettent d’avoir une vision prismatique des réalités présentes et futures, des espoirs et des rêves qui ont façonné la ville. Ces courts-métrages intitulés Eyes Wide Open sont l’œuvre de Steve Faigenhaum. On peut également citer l’installation interactive d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux. Il propose un dispositif d’immersion qui projette l’ombre du passant sur le décor vide des ruines de la Ghost City. Le visiteur devient alors témoin de la réhabilitation de la ville.

Quand l’héritage culturel inspire

 

La seconde partie de l’exposition nous fait sortir de l’obscurité du hall, comme pour signifier que le naufrage de la ville appartient au passé, et nous invite à explorer des œuvres novatrices qui portent en elles l’espoir de renouveau. La profusion des œuvres patchwork de Jason Yates tranche immédiatement avec la froideur et le dépouillement qui se dégageaient jusque là de l’ensemble des installations. Le passé chaotique est mis de côté et l’inspiration artistique se nourrit de ce que Détroit a de plus prodigieux : son héritage culturel. Dans une petite salle aménagée, l’abondance des références artistiques, musicales et décoratives font écho à l’âge d’or culturel de la ville. L’installation Boofland Babylon de Cary Loren et Michael Zadoorian restitue des références de la culture pop du milieu des années 1950 jusqu’au milieu des années 1970.

Boofland Babylon, Cary Loren et Michael Zadoorian

Mais Détroit doit avant tout son rayonnement culturel à l’incroyable diversité musicale qui y est née. Stevie Wonder, Diana Ross, Iggy Pop, MC5, Marvin Gaye, incarnent tous des figures majeures de la soul ou de la pop, produites par le fameux label Motown. Détroit est également le berceau de la techno, dont le rythme rappelle le mouvement répétitif des chaînes automobiles. C’est ce que le visiteur a l’occasion d’expérimenter en entrant dans Le plus petit club du monde, installation de Fanny Bouyagui, où il est même possible de s’improviser DJ grâce aux platines mises à disposition. Sur les murs du « club » sont diffusées les images de légendes de la techno : Carl Craig, Derrick May, Juan Atkins…

Le plus petit club du monde, Fanny Bouyagui

Renaissance

 

Déclarée officiellement en faillite depuis juillet 2013, Détroit semble pourtant intéresser un grand nombre d’investisseurs et d’artistes. Les initiatives solidaires s’y développent et certains espaces abandonnés sont réaménagés, souvent à l’initiative des citoyens ; une façon de répondre à la disparition de certains des services publics les plus élémentaires. Deux journalistes françaises se font les ambassadrices du « Do it yourself » avec leur projet DIY, au travers notamment du développement de fermes communautaires ou autres ateliers collectifs. La ville de Lille s’est même inspirée de ces initiatives en implantant une ferme urbaine tout près de la gare Saint Sauveur, à laquelle tout le monde peut participer.

Définitivement, ceux qui ont envie de croire en l’avenir de Détroit n’ont pas dit leur dernier mot.

Alicia Bonneau

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