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« Mon Roi », quand la passion conduit à la destruction

Dans son quatrième film (après Pardonnez-moi, Le bal des actrices et Polisse), Maïwenn nous emmène au coeur d’une histoire d’amour passionnelle et déchirante. Parfois qualifié de « bourgeois », le cinéma de Maïwenn a pu agacer, marqué du joug de l’opulence et du luxe banalisés. Cherchant à se donner un aspect “véridique”, proche des comédiens, l’aspect brouillon et désorganisé semble desservir la jeune réalisatrice. Mais c’est là tout son talent : une véritable sincérité cinématographique.

La mer est calme. Tony (Emmanuelle Bercot) la contemple, les yeux dans le vague et l’amertume baignant son regard. Ce sont dans ses souvenirs qu’on se plonge. Avec son long métrage précédent (Polisse), Maïwenn avait déjà montré avec quelle ténacité elle souhaitait s’arrêter sur les détails et les contours de ses personnages. La caméra accompagne Emmanuelle Bercot (prix d’interprétation féminine au festival de Cannes) pour ne plus la quitter. Elle la suit dans les profondeurs d’une piscine où la jeune femme entame sa difficile rééducation du genou. Puis face au miroir où, le visage empli de larmes, elle hurle sa rage et son amour à Georgio (Vincent Cassel) dans un riche appartement parisien.

Certaines scènes semblent tomber dans le piège des clichés cinématographiques, comme celle-ci où Vincent Cassel, dans un excès de colère, fait rugir sa voiture, le pied encastré dans une marche arrière tout en rayant chaque voiture qu’il rencontre à son passage. Puis voilà Emmanuelle Bercot implorant le ciel avec des cris stridents sous une pluie torrentielle. De la même manière, les scènes de partage dans le centre de rééducation auprès de jeunes maghrébins frisent la consensualité démagogique.

Des “pépites de vie” véritables

Mais la complicité de Tony et Georgio parvient à nous émouvoir, tant les acteurs font corps avec leurs personnages. C’est l’histoire d’un couple, de deux êtres qui s’aiment d’une passion véritable et finissent par se rendre compte brutalement qu’ils ne peuvent vivre ensemble sans se déchirer. Tony, après un déjeuner arrosé avec des amis et proches du couple, passe d’un rire ivre à un chagrin soudain. Ses hurlements se perdent dans les yeux baissés des membres de la famille, sa douleur fracasse un verre et son sang vient maculer l’assiette de Georgio, qui tente en vain de calmer la violence intérieure qui déferle. Particulièrement évocatrice de la douleur partagée du couple, la scène est poignante. La rapidité avec laquelle Emmanuelle Bercot parvient à passer d’un état de béatitude à l’explosion d’une tristesse qui la déchire depuis si longtemps est stupéfiante, superbe.

Les multiples flashbacks, perturbant la temporalité du film, coïncident avec l’état de réadaptation du genou de Tony. Quand l’héroïne semble apaisée, elle se remémore les moments de sérénité et de joie, à la plage, montant à cheval avec son fils et Georgio. Lorsque l’état de son genou se détériore, Tony entrevoit douloureusement les péripéties du déclin notoire de sa relation avec celui qu’elle aime tant mais qui la détruit toujours davantage.

La scène de séduction de Georgio dans une pharmacie, où il fait danser la femme dont il tombe follement amoureux, s’avère particulièrement subtile, riante, légère et profonde à la fois. Finalement, c’est peut-être cette dimension inachevée, brouillonne, qui caractérise la démarche de Maïwenn et rend ainsi ses personnages si vrais, si vivants ; si touchants. Le frère de Tony, Solal, est magnifiquement interprété par Louis Garrel, toujours juste dans son jeu, apportant une tonalité encore plus réaliste à des individus qui pourraient en fin de compte nous ressembler.

Seulement 2% des dialogues écrits par la réalisatrice ont été conservés, précisait Vincent Cassel dans une interview. La liberté donnée aux acteurs est telle que ce sont à eux, par un jeu d’improvisation perpétuelle, de donner vie aux personnalités qu’ils incarnent. Après de multiples répétitions d’une même scène, Maïwenn ne conservera que les « petites pépites de vie » qui ajoutent à la véracité de la réalité décrite.

Entre violence et apaisement, des émotions universelles

C’est en cela que réside le talent de Maïwenn. Une capacité à universaliser l’existence des personnages qu’elle met en scène. On finit par s’y reconnaître, se trouver des traits communs, partager les mêmes appréhensions autant que les éclats de vie. Sincère et émouvant, le dernier film de la réalisatrice se distingue également par une puissante bande-son (notamment réalisée par Son Lux), qui prend la cadence des joutes verbales des personnages, de leurs états d’âme et de leurs coups de gueule incessants. Le rythme du scénario laisse toutefois une place au silence et au calme ; la caméra en profite alors pour parcourir le visage de chacun, et tenter de les pénétrer toujours un peu plus.


Martin Lamare

  1. Sylvie JOURDAIN Sylvie JOURDAIN

    Article bien écrit, fouillé, s’intéressant à l’auteur et aux acteurs, leur psychologie mais qui décrit peut-être trop en profondeur certaines scènes du film, les dévoilant par avance … où sera la découverte du spectateur ensuite ?

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