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Leçon de diplomatie avec Daniel Shek, ancien ambassadeur d’Israël en France

Né en 1955 en Israël, détenteur d’une licence en Langue et Littérature françaises et d’une autre en Histoire à l’Université Hébraïque de Jérusalem obtenue en 1980, Daniel Shek a été ambassadeur d’Israël en France de 2006 à fin 2010. Le lundi 9 novembre, il était à Sciences Po Lille pour donner une conférence sur les métiers de la diplomatie.

« Qui, parmi vous, a déjà pensé, envisagé, rêvé la nuit d’une carrière diplomatique ? », demande Daniel Shek aux étudiants, en guise d’introduction à sa conférence, tout en se réjouissant du nombre important d’étudiants levant la main. Il parle sans accent, et entame son propos sur une anecdote concernant l’ancien président français Nicolas Sarkozy. Au cours de son mandat,  ce dernier a évoqué deux « États-nations » palestinien et israélien, et non pas deux États : formule insignifiante pour nous, mais importante pour la diplomatie israélienne qui s’est engagée dans une série de négociations avec la France afin que cette dernière exprime une position claire sur cette question primordiale.

Cette anecdote permet à M. Shek d’enchaîner sur ce qui constituera le coeur de sa conférence : à l’heure des réseaux sociaux, d’internet, des systèmes de communications et de transports extrêmement développés, à quoi bon être ambassadeur ? Ces diplomates ne sont-ils pas des sortes d’émissaires dépassés dont le rôle était prépondérant… au Moyen Âge ? Il existe une multitude de qualités, de techniques et une certaine motivation qui doivent être mis dans un « tissu » symbolisant la relation entre deux pays, selon l’ancien ambassadeur. C’est le diplomate qui endosse la responsabilité de faire usage de ces qualités et de les mettre à profit pour mener à bien la relation entre deux pays.

Ambassadeur d’Israël, le « bonheur d’oeuvrer pour la paix », malgré tout

M. Shek poursuit avec la particularité du rôle d’ambassadeur d’Israël qui n’est pas le même que celui de n’importe quel ambassadeur. La personne exerçant cette fonction se trouve face à un agenda bien plus rempli. Israël est au centre des préoccupations mondiales, comme le suggère la place accordée par la presse aux évènements se rapportant à ce pays, notamment dans le cadre du conflit israélo-arabe. L’ambassadeur d’Israël ne peut alors pas se contenter de représenter la face sympathique de son pays.

Les ambassadeurs de la plupart des pays ont des actions plus centrées sur l’économie, la culture ou le tourisme. En plus de ce rôle-là, l’ambassadeur d’Israël est responsable de ce que M. Shek appelle les « organes vitaux » d’Israël : les relations internationales font partie intégrante de la sécurité du pays. Cette lourde tâche exige tout d’abord des qualités de communicant et de fin connaisseur des médias, par lesquels l’ambassadeur est souvent sollicité. Mais dans l’exercice de cette fonction, « il y a quand même le bonheur de pouvoir oeuvrer (…) à la recherche de la paix ». Si aucun accord de paix entre Israël et la Palestine n’a encore été signé, certaines circonstances laissent penser que l’on peut « apporter sa pierre à l’édifice ».

L’ex-ambassadeur termine son propos par un conseil. Pour fabriquer un bon diplomate, dit-il, il faut aimer le pays que l’on représente et aimer le pays dans lequel on sert, ainsi que son peuple. Car c’est avant tout un métier humain, « qui considère chaque conflit comme une opportunité de trouver une solution ».

Attaques au couteau à Jérusalem, départ des Juifs vers Israël et dilemmes diplomatiques

Les réactions ne se font cependant pas attendre dans la salle. Concernant les récentes attaques au couteau à Jérusalem, Daniel Shek répond que le gouvernement actuel est faible. Il ne peut pas prendre de décisions difficiles qui permettraient un changement de situation, alors il se contente de « stabiliser une sorte de statu quo », sans réelle motivation pour la paix avec la Palestine. L’ex-ambassadeur ajoute que toute la souffrance qu’ont subie les Palestiniens ne justifie en rien l’attaque au couteau d’un Israélien.

S’ensuit un dilemme : comment un ambassadeur peut-il agir lorsqu’il doit représenter des intérêts avec lesquels il n’est pas d’accord ? « Il faut rester motivé et professionnel, explique M. Shek, mais également trouver la composante avec laquelle on se sent à l’aise dans la politique du gouvernement à représenter, en vue de l’exploiter ». En 2011, il dit ne pas s’être reconnu dans le discours de son gouvernement, ce qui explique le départ de son poste de diplomate.

Concernant l’Alyah, le départ des Juifs vers Israël, l’ancien ambassadeur trouve inquiétant que ces Juifs ne se sentent plus à l’aise en France. Puis l’assemblée aborde l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, le diplomate s’attarde : cet accord est pour lui imparfait mais reste une avancée majeure qui limite les ambitions agressives du pays. De plus, le développement de l’économie iranienne serait une bonne chose, car « plus on a de choses à perdre, moins on prend le risque de les perdre ».

Et pour ce qui est de l’évolution du métier de diplomate qui ne peut en aucun cas être remplacé par des machines ? Selon le conférencier, le métier deviendra essentiellement économique au vu des mutations de la mondialisation. Il sera aussi de plus en plus axé sur une entente multilatérale, comme le suggère l’exemple de la COP21 (conférence mondiale sur le climat qui  se tiendra en décembre prochain à Paris) : s’il n’y a pas de réponse globale, il n’y a pas de réponse du tout.

Affirmant ne regretter aucune de ses 27 années de service dans la diplomatie, Daniel Shek nous quitte avec un dernier conseil : « S’il y a parmi les gens qui ont levé la main en début de conférence des misanthropes… je vous prie de vous abstenir ».

Anna Lippert

Crédit photo : Guillaume Monier – Evene (le Figaro.fr)

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