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« La baisse des frais d’inscription est notre priorité ». Interview CA #3 : liste Sud

Après l’interview exclusive des listes Up! et Paliens Engagés, nous nous retrouvons avec la dernière liste en lice cette année, la liste syndicale Sud avec en tête de liste Chloé Lebas, en 2A, que nous avons rencontrée dans le local du Sud avec Aurélien Le Coq (2A FG), sixième de la liste, et Anaïs Dudout (4A CEI-SIGR), troisième de la liste ainsi que deux autres membres du syndicat.


Chloé, pourquoi as-tu posé ta candidature en tant que tête de liste au CA ?

Ce n’est pas moi qui ai décidé d’être tête de liste, je ne me suis pas proposée. Notre liste, c’est le syndicat. Nous avons tous ensemble décidé que ça allait être moi la tête de liste, parce qu’au-delà d’être des têtes, nous avons des idées et sommes surtout un syndicat autogestionnaire : nous participons tous, c’est très collectif. Il fallait choisir quelqu’un de motivé, qui était au syndicat et qui n’avait pas déjà été élu, parce qu’on ne représente pas en tête de liste ou en position éligible des personnes déjà élues (ça ne pouvait donc pas être Aurélien ni Salomé). Du coup, il fallait quelqu’un de motivé, j’étais là et je voulais bien passer du temps à aller au CA. Mais les préparations pour le CA se font collectivement, donc le fait d’avoir des élus au CA, c’est une implication de tous et toutes.

Y a-t-il dans votre liste des membres du CA de l’an dernier ?

Oui, il y a juste Aurélien, qui est en sixième place.

Quel est le bilan de Sud au CA ?

D’abord, nous ne pouvons pas présenter notre bilan comme le premier argument électoral, étant donné qu’on ne va pas au conseil d’administration pour tout révolutionner, parce qu’il n’y a que neuf élus sur les trente administrateurs. Nous n’avons absolument pas le poids pour renverser quoi que ce soit et pour avoir des grandes mesures phares. Donc le bilan, c’est forcément des résidus, des choses en marge. Cependant, nous avons quand même été actifs l’année dernière et avons réussi à faire changer un certain nombre de petites choses : nous avons modifié le règlement de la Commission à l’aide sociale, en rendant obligatoire la présence d’une assistante sociale qui est, selon nous, la seule véritablement apte à juger des dossiers étudiant(e)s. Nous avons aussi fait modifier le statut de l’étudiant salarié puisqu’il est passé de 15 à 10h (c’est-à-dire le nombre d’heures minimum par semaine où l’étudiant travaille pour pouvoir bénéficier de ce statut).
De plus, nous avons mis à l’ordre du jour du CA du 18 juin une charte d’égalité femmes-hommes pour essayer d’amener la lutte contre les discriminations et les oppressions notamment faites aux femmes à l’IEP. Elle n’a pas été votée, mais il a été décidé par le CA qu’on en écrirait une autre qui en reprendrait les dispositions principales, donc nous sommes contents d’avoir pu amener cette question-là au CA. Nous pouvons aussi mettre dans notre bilan la transparence que nous avons eue l’année dernière où nous avons publié un compte-rendu sur notre site internet pour tous les conseils d’administration et toutes les réunions auxquelles nous avons participées. Donc nous avons été les plus transparents là-dessus, y compris plus que l’administration puisqu’en septembre, elle n’avait pas publié un seul procès-verbal de conseil d’administration depuis mars 2014 –maintenant, c’est fait.
Nous sommes enfin les seuls à nous être opposés au budget l’année dernière, et à avoir prévenu le CA qu’il serait peu judicieux de continuer à faire des budgets dans lesquels il y avait des bénéfices dus aux frais d’inscription, bénéfices qui vont dans un fond de réserve. On les accumule depuis des années, mais à côté, on se plaint que l’État ne nous donne pas suffisamment d’argent. Sauf que quand l’État regarde la situation financière de l’IEP, il se dit qu’il s’en sort très bien puisqu’il arrive à accumuler plusieurs millions d’euros sur son fond de réserve et il peut donc se permettre de recevoir moins d’argent. Du coup, on a été les seuls au CA dernier à dire « Mais si vous placez encore 300 000 € sur le fond de réserve, il n’y a pas de raison que l’État nous donne plus d’argent ». Et l’État nous a donné raison puisqu’en juin dernier il nous a supprimé 500 000 € de dotations.

Le fait d’en parler a-t-il fait changer la politique du conseil d’administration ?

Alors, c’était très rigolo, parce que quand on l’a dit en décembre-janvier, personne ne nous a écouté, on nous a rigolés au nez en disant « Mais non, cet argent, on en a besoin, il faut qu’il reste là ». Et au CA de juin, on a entendu les profs reprendre les mêmes arguments que Sud quelques mois plus tôt en disant « Ah mais oui, il faut qu’on arrête de mettre de l’argent là-dessus, forcément l’État va nous le prendre, nous ferions mieux de le dépenser et de réclamer plus d’argent. » C’est ce que je disais dans un de nos articles, c’est qu’ils avaient compris la logique mais ils n’avaient toujours pas compris comment lutter contre parce qu’ils ont juste envoyé une lettre au ministre qui n’a pas changé grand-chose.
Et en tant que syndicat, nous menons aussi une action toute l’année. Nous devons résoudre un certain nombre de « cas » étudiants : ceux qui ont des problèmes de financement, par exemple. On aide les gens à monter leur dossier à la CAS (la Commission d’aide sociale qui fournit des aides financières ponctuelles à des étudiants qui déposent un dossier justificatif). On a également lancé une bourse aux livres en début d’année, pour avoir des livres moins chers, et on mène une enquête sociale chez les étudiants pour connaître la situation sociale et économique des étudiants de l’IEP.

Quelle est votre priorité pour cette année et comment comptez-vous la défendre ?

Alors, deux choses. Déjà, la baisse des frais d’inscription. Cela peut sembler irréaliste mais nous allons faire tout ce qui est en notre mesure pour que la direction arrête d’augmenter les frais, voire qu’elle les diminue, même si cela semble peu probable et que nous sommes honnêtes sur le fait que nous n’avons peu d’influence au CA. Mais c’est vraiment notre priorité, en proposant des choses plus facilement réalisables comme l’exonération des frais d’inscription pour les LV3 de l’IEP, voire le remboursement des frais d’inscription pour les LV3 de Lille 3, ou l’exonération des frais de concours pour les boursiers : il faut savoir qu’aujourd’hui l’IEP fait des bénéfices sur l’organisation des concours, sur le dos d’étudiants qui ne seront peut-être même pas étudiants à l’IEP.
Sinon, l’autre lutte qui nous tient à cœur et que nous avons déjà commencée est celle du statut d’étudiant-salarié où nous espérons bien faire encore baisser le nombre d’heures pour être reconnu en tant qu’étudiant-salarié, puisque pour l’instant, nous en sommes à 10h, et on aimerait bien passer à huit.
Tout ça se fait au CA, nous n’avons pas d’autre levier. Comme d’habitude, la stratégie de Sud est de bien expliquer, de faire un argumentaire qui tient la route pour faire réfléchir, et faire jouer le rapport de force, mais nous n’avons pas beaucoup d’élus, alors le rapport de force est un peu compliqué. Nous n’avons même pas la main sur l’ordre du jour. Pour le statut d’étudiant-salarié, nous pouvons proposer un amendement au règlement des études qui est revoté régulièrement au CA quand il y a des modifications. Pour les frais d’inscription, nous pouvons demander leur baisse au CA de la même manière. De toute façon, ces décisions peuvent sans cesse être revotées.

Qu’est-ce qui distingue votre programme des autres listes ?

Nous sommes contre les partenariats public-privé au sein de l’IEP, qui fait de plus en plus appel à des agents extérieurs, particulièrement du monde de l’entreprise. Et le problème, c’est que se faire financer par ces gens-là, déjà, ce n’est pas normal, parce que l’IEP est censé être un établissement public, mais en plus, ça leur donne un droit de regard sur ce que fait l’IEP et la manière dont est géré cet argent. Or si on regarde les autres listes, il est dit à demi-mot dans le programme de Up ! qu’ils sont même plutôt favorables à ce genre de pratique.

De plus, nous sommes une liste syndicale : c’est-à-dire que nous avons également d’autres activités tout au long de l’année que les élections. Nous sommes en plus les seuls à être une liste politique : au-delà du fait de simplement proposer au CA des têtes qui se disent représenter les étudiants, nous sommes pour la défense des étudiants et la défense d’une vision de l’enseignement supérieur, c’est beaucoup plus large. Aussi, dans notre fonctionnement, nous sommes les seuls qui se réclament autogestionnaires et qui effectivement ne font pas passer les personnes avant les idées. Nous sommes également les seuls, il me semble, à lutter contre les discriminations en général envers tout type de minorité, surtout à lutter de manière concrète. Parce que je regardais par exemple la liste « Paliens Engagés », ils ont fait un joli visuel disant « Ah oui, on est contre les discriminations sociales et on réclame des choses pour le statut d’étudiant salarié » mais concrètement, qu’est-ce qu’ils font ? Ils ne font rien du tout ! Dès qu’il y a des élections, ils sont toujours les premiers à jouer là-dessus et au final, ils n’agissent jamais.

Justement, sur votre programme on voit que vous êtes en faveur de valeurs larges comme la liberté d’expression ou la lutte contre les discriminations. Vous n’avez pas l’impression que cela vous empêche d’avoir un projet vraiment concret, ciblé sur un aspect de la vie à l’IEP (ce que font plus les autres listes) ?

Ce n’est pas vrai. Beaucoup de points très concrets sont développés dans notre programme. D’abord, à propos des associations, nous sommes pour le retour à un affichage libre dans les couloirs : très concrètement, que ces panneaux en verre qui ont été posés, le restent mais qu’ils soient ouverts et qu’on puisse afficher librement à l’intérieur. Nous voulons aussi qu’il y ait plus de flexibilité dans l’organisation des conférences pour qu’on puisse en organiser tous les jours et qu’on ne soit pas forcément limités à un évènement par jour. Pour lutter contre les discriminations, notre principe global, nous accordons de l’importance à inclure les différents genres dans le personnel administratif. Dans la même veine, ce serait bien qu’au cours de la semaine d’intégration, il y ait une formation pour les étudiants de première année en ce qui concerne les discriminations en particulier sur le genre. Nous nous intéressons également à nos nouveaux locaux, s’ils vont être accessibles pour les handicapés ou s’ils vont respecter les garanties écologiques. Nous aimerions surtout être plus informés là-dessus.

On a beaucoup d’autres propositions concrètes, toutes résumées en dernière page de notre programme. C’est vrai qu’on nous présente comme une liste idéologique sans avoir de propositions concrètes derrière, mais on part de grands principes pour essayer de poser des mesures applicables à l’IEP.

Dans vos tracts, vous écrivez que vous êtes les seuls à avoir voté contre l’élection de Benoît Lengaigne l’année dernière, en disant que vous trouviez son programme particulièrement dangereux. Est-ce que votre position a évolué depuis ?

Nous avions peur du programme de Lengaigne pour plusieurs raisons : à propos de la liberté d’association qui est un peu son grand cheval de bataille, vu son discours vis-à-vis de « l’éparpillement associatif » qui serait un « danger pour la démocratie », franchement, c’est pire que ce à quoi je m’attendais. Visiblement, vu la suppression de la liberté d’affichage, on avait raison d’être inquiets.
En fait, parmi les candidatures de l’année dernière, il fallait avouer que Lengaigne était le moins pire. Or, nous avons décidé que nous n’allions pas voter pour le moins pire, mais nous abstenir puisqu’il n’y avait personne qui correspondait à notre vision de l’enseignement supérieur, c’est-à-dire qu’aucune ne proposait de baisser les frais d’inscription. Pour nous, la sélection sociale qui se fait à l’IEP est quelque chose de fondamental et nous ne soutenons toujours pas Lengaigne. Mais en même temps, le problème est aussi de se demander pourquoi on accorde une telle importance à la personnalité du directeur : l’IEP serait sûrement plus démocratique s’il fonctionnait avec des mandats impératifs (comme au Sud n’est-ce pas ?), ainsi, que le directeur soit Benoît Lengaigne ou Pierre Mathiot, ça n’importerait pas tant que ça.
La vision de Benoît Lengaigne de l’IEP est très centrée sur l’image de l’école, contrairement à nous, parce que c’est superficiel , et que s’attacher au prestige de Sciences Po Lille se fait au détriment des étudiants la plupart du temps, à cause des frais d’inscription qui augmentent, une marchandisation du savoir, tout ce que nous ne pouvons pas cautionner. De plus, tous les ans, les frais de communication augmentent : par exemple, à la suite de la baisse des dotations de l’État, on a dû modifier le budget dans l’urgence, et a été augmenté de 40 000 € le poste de communication jusqu’à la fin de l’année. Est-ce qu’on a besoin de dépenser autant d’argent dans la communication ? Est-ce que le but d’une école est de paraître aux yeux du monde des médias et des entreprises pour avoir un meilleur taux d’employabilité ? Nous ne sommes pas dans cette logique-là, de faire une grande école jolie, connue et reconnue, on préfère un enseignement de qualité, formé, et moins cher.

Trouvez-vous que la situation se soit vraiment empirée depuis l’arrivée de M. Lengaigne ?

Il y a un élément de comparaison : il y a à peu près cinq ou six ans, l’INSA a suivi exactement la même politique, en insistant sur la communication au détriment des formations proposées aux étudiants. Et aujourd’hui, on voit bien que ça se casse la gueule, et que si les étudiants ont de très bons taux d’employabilité, dans les années qui suivent leur arrivée sur le marché de l’emploi, ils ne sont plus capables d’assurer ce que leurs employeurs attendent d’eux, parce que le diplôme imaginé par les entrepreneurs ne correspond pas aux capacités réelles des étudiants qui sortent de cette école.
Après, il y a peu de différence depuis que Lengaigne est arrivé. La marchandisation du savoir à l’IEP avait déjà commencé avant, et l’histoire de prestige est inhérente à Sciences Po. Par contre, avec son argument selon lequel les intervenants prennent peur quand ils voient nos panneaux d’affichage tout sales, potentiellement, c’est pire. C’est pour les associations que ça a changé. P. Mathiot était un directeur qui se voulait proche des étudiants, et cela avait au moins un intérêt pour les associations qui avaient un directeur sympa avec elles et c’était plutôt agréable. Alors que là, on a B. Lengaigne qui est froid avec les associations depuis le début de l’année, qui les restreint par les panneaux d’affichage, qui nous dit de prendre rendez-vous quand on a une question, rendez-vous qui arrive au minimum un mois plus tard, qui met jusqu’en décembre pour trouver un responsable des associations.

Donc, ce que vous combattez surtout, c’est l’image de prestige inhérente à Sciences Po ?

Oui. On combat la privatisation du savoir et on lutte pour que l’enseignement soit accessible à toutes et à tous. Donc, ça passe par le fait que pour nous, l’enseignement doit être gratuit, parce que dire qu’il y a une égalité des chances, ce n’est pas vrai. Il y a un tri qui se fait déjà sociologiquement, et travailler énormément sur le prestige de l’école et montrer à quel point on en est fier parce qu’elle est sélective, c’est, pour nous, continuer à aller dans cette logique de non-accessibilité et de discrimination sociale. Donc on ne combat pas en premier le fait que Sciences Po Lille veuille être prestigieuse, mais c’est totalement lié à l’existence des frais d’inscription.
En plus, vouloir être prestigieux, ça a un coût, et ce coût est sur le dos des étudiants, alors qu’il devrait être employé pour faire des choses utiles et notamment faire progresser la formation.

Propos recueillis par Anne Picot

Liste SUD :

  1. Chloé Lebas – 2A FG
  2. Philippe Gautier – 1A FIFB
  3. Anaïs Dudout – 4A CEI-SIGR
  4. Geoffrey Noirtault – 2A FG
  5. Clara Le Guyader – 1A FG
  6. Aurélien Le Coq – 2A FG
  7. Diane Berger – 4A APGBC-DS
  8. Antonin Laurent – 3A FG
  9. Oriane Soquet – 2A FG

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