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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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James Bond – Un Spectre à la croisée des chemins

« Spectre », le dernier James Bond réalisé par Sam Mendes, est sorti en salles le 11 novembre dernier. C’est la suite (et fin ?) de l’ère Daniel Craig. Comment faire mieux après le magique Skyfall ? Retour sur l’ultime épisode de la légende Bond. Entre retour aux sources et fin de cycle.

Depuis Casino Royale, Daniel Craig incarne un James Bond en rupture totale avec ceux de ses prédécesseurs. Après Pierce Brosnan, avec qui l’agent secret British n’avait jamais semblé aussi américain, ce passage de flambeau semblait amener un vent de fraîcheur sur un mythe qui s’essoufflait en se rapprochant du film d’action. James Bond perdait ses gadgets et son humour, mais gagnait une profondeur, une noirceur, qui en faisait un homme avant d’être un héros. Il devenait en cela un personnage à part entière plutôt qu’un simple rôle. Depuis Sean Connery, le changement des acteurs n’était pas nécessairement suivi d’un changement d’interprétation, chacun s’inspirant plus ou moins largement du modèle écossais.

Casino Royale, en 2006, tournait donc une page dans l’histoire des James Bond. Après des débuts réussis et salués aux côtés d’une Eva Green éclatant les standards de la James Bond Girl, Quantum of Solace s’était montré un peu plus décevant. Puis Skyfall. Le générique grandiose d’Adèle, un grand Javier Bardem, un agent 007 mal en point comme jamais, entre alcool et crise de la quarantaine… Tout était réuni pour faire de Skyfall un très bon film avant même d’en faire un très bon James Bond. Difficile dès lors de ne pas attendre Spectre avec impatience, d’autant plus que ce film marque le retour du méchant historique de la saga : Blofeld. C’est finalement un film étrange qui nous est offert, entre retour aux sources et fin de cycle.

Une ouverture en forme de bouquet final

Mexico, « dia de los muertos ». D’entrée, le spectateur est embarqué dans un plan séquence incroyable, suivant un Daniel Craig masqué dans la foule de la capitale mexicaine. Le plan s’étire, s’étire, dirigé avec une maestria rarement vue dans ce genre de films, qui privilégie souvent une mise en scène plus nerveuse. Cette ouverture sera à l’image de son personnage central, calme et élégant au milieu du bruit et de la fureur. La rupture du plan séquence est nette, sortant le spectateur de sa torpeur, hypnotisé qu’il était par le lent cheminement de la caméra. Retour à l’action, et quelle action ! Jusqu’à l’arrivée du générique, le film ne connaît aucun répit, tenant le spectateur en haleine après l’avoir charmé si efficacement. La scène d’ouverture prend donc avec succès le relais de Skyfall. Mais une fois cette hauteur atteinte, difficile de s’y maintenir… A commencer par un générique qui ne parvient pas à retrouver l’aspect épique du véritable hymne d’Adèle.

Cette magnifique ouverture est finalement, déjà, l’apothéose de Spectre. A partir de là, le film semble connaître un retour aux sources qui réjouira les plus nostalgiques et décontenancera sans doute les plus attachés au nouveau Bond. L’humour est de retour, notamment au travers du jeune Q grimé par Ben Whishaw, déjà aperçu dans le précédent opus. La voiture pleine de gadgets fait également son come back. Tous les codes précédents sont là, mais ils s’appliquent à un Bond différent. C’est un bien étrange mélange qui nous est proposé, alors que ce qui faisait la renommée des anciens James Bond se mêle à ce qui avait fait de celui de Daniel Craig plus qu’une façade.

Curieux mélange entre grandiose, humour et romance

Les différentes scènes alternent ainsi entre le grandiose – on y trouve une des plus grosses explosions de l’histoire du cinéma – et le plus classique, voire le presque comique. D’une part, la première apparition à l’écran de Christoph Waltz marque les esprits. Notons au passage que l’Allemand est parfait, comme toujours, lorsqu’il s’agit d’interpréter la folie – bien qu’avec un peu moins, justement, de folie que chez Tarantino. De l’autre, la scène qui suit est une course poursuite haletante, bien menée, mais ponctuée de parenthèses plus cocasses.

Ce curieux mélange des genres se poursuit tout au long du film, la légèreté laissant place à la romance – ce qui ne manquera pas d’en irriter certains. Seuls deux des films de la saga avaient jusque-là pris le risque d’imaginer un Bond amoureux. Si on se souvient assurément de Casino Royale, premier de l’ère Daniel Craig, qui se rappelle vraiment que George Lazenby, avant lui, s’était marié dans Au service secret de sa majesté ? L’acteur n’aura d’ailleurs incarné 007 qu’une seule fois… Léa Seydoux avait donc la lourde tâche de succéder à Eva Green à la fois dans les rangs des James Bond Girls (celles de Quantum of Solace et Skyfall n’en étant pas vraiment) et dans le cœur de l’agent secret. Aux spectateurs de juger si la mission est accomplie, cependant le personnage de la jeune Française manque un peu d’épaisseur.

Daniel Craig en fin de cycle ?

Si la noirceur caractéristique des derniers James Bond revient dans la deuxième moitié du film, elle ne peut pas vraiment masquer certaines légèretés dans le scénario. Au rang des satisfactions, les bad guys Dave Bautista et Christoph Waltz campent habilement les deux faces d’une même pièce – à l’un la violence brute, au second l’intellect froid. Si la présence plus soutenue de l’humour peut décontenancer, elle reste malgré tout plaisante. Surtout, les lieux explorés ont tous une vraie identité et sont admirablement exploités (cette course poursuite romaine faisant un détour par la place Saint Pierre et sa Basilique restera dans les annales). Un sentiment d’inachevé subsiste néanmoins. Skyfall explorait avec efficacité les failles du personnage, nous révélant sa profondeur et sa solitude. Le film prenait même un malin plaisir à enlever à James sa mère de substitution, en la personne de M. Le successeur de Judi Dench, incarnée par Ralph Fiennes, est d’ailleurs bien plus en retrait. Spectre, lui, ne fait qu’entrouvrir des portes que l’on aurait aimé voir forcées, mais qui ne resteront que des noms sur des cassettes ou des photos sur les murs.

Surtout, comme il le confessait lui-même à la presse après le tournage, Daniel Craig est épuisé par ce rôle qui marque à jamais la trajectoire des acteurs qui l’endossent. Au point parfois d’éclipser totalement le reste de leur filmographie. En cela, Daniel Craig fait d’ailleurs figure d’exception, tournant régulièrement dans de bons films. Ces déclarations avaient en tout cas relancé les rumeurs de départ de l’acteur britannique, qui s’était empressé d’y mettre fin en expliquant que sa fatigue était avant tout physique. Qui plus est, il est encore engagé pour un film. Avec Spectre, le tournant semble pourtant bel et bien s’amorcer : jamais 007 n’avait semblé aussi proche de sortir de la scène. S’il ne sera a priori pas le dernier de l’ère Daniel Craig, Spectre reste un film digne d’intérêt, sans toutefois rejoindre les sommets atteints par Skyfall. Il n’y a plus qu’à espérer que le prochain James Bond s’inspire de son aîné, qui avait su rebondir brillamment après un Quantum of Solace en demi-teinte. Avant de passer la main au prochain acteur… (Damian Lewis et Idris Elba sont notamment pressentis. Un James Bond roux ou noir, ça aurait de la gueule non ?)

Martin Lavielle


Spectre est projeté actuellement à l’UGC Ciné Cité et au Majestic de Lille.

L’une des bandes-annonces officielles :

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