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Les femmes au pouvoir, mythe ou réalité ?

Début octobre, le magazine ELLE UK lançait la campagne #ElleFeminism en publiant en masse des clichés de rassemblements politiques divers, avec d’un côté la photo originale et de l’autre une photo retouchée pour ne laisser paraître que les femmes. Même si l’on imagine que cette campagne a principalement touché le public majoritairement féminin du magazine, le rendu des montages donne à réfléchir sur la place de la femme en politique dans notre monde actuel. Sur 152 chefs d’Etat répertoriés dans le monde, seulement 10 sont des femmes, si l’on ne compte pas les reines dans les régimes monarchiques. Et après ?

Le grand paradoxe de l’Occident

Kolinda Grabar-Kitarović, présidente croate

Ellen Johnson Sirleaf, Kolinda Grabar-Kitarović, Dalia Grybauskaitè, Atifete Jahjaga. Autant de noms peu familiers, dont on entend rarement parler dans les médias. Ces femmes sont pourtant les présidentes libérienne, croate, lettonne et kosovarde.

Mais que dire des pays « développés », qui occupent le devant de la scène internationale, et prennent les décisions économiques qui conditionnent le bon fonctionnement du capitalisme et des échanges mondiaux ?

L’expression « Occident » est un concept géopolitique qui désigne souvent les pays économiquement, socialement et politiquement développés, comme ceux de l’Europe de l’Ouest ou de l’Amérique du Nord. Force est de constater que ces territoires sont très peu féminisés politiquement. En Europe, le nom qui revient le plus souvent est celui d’Angela Merkel, la chancelière allemande. En dehors de l’Allemagne, on ne peut citer aucun pays occidental qui ait une femme à sa tête. Ce sont les pays les plus avancés en matière de démocratie et pourtant, les femmes sont bien plus représentées en politique au Rwanda (où environ 63% des membres de la Chambre Basse sont des femmes) ou au Nicaragua (où 57% des ministres sont des femmes) qu’aux Etats-Unis. Les chiffres sont flous, incomplets, pas forcément fiables ou pertinents, mais l’étude du paysage politique et des médias confirme la tendance : ce sont les hommes qui gouvernent.

Bien sûr, on peut constater des progrès : de plus en plus de femmes détiennent des portefeuilles ministériels. Mais ceux-ci se cantonnent souvent aux mêmes domaines jugés secondaires, comme la famille, l’éducation, la santé, l’écologie… La France est un parfait miroir de ce triste cliché. C’est le portefeuille des affaires sociales qui remporte la palme : sur les 189 pays étudiés par l’ONU dans son rapport 2014 sur « Les femmes en politique », 102 avaient désigné des femmes à ce poste. On peut parler d’une évolution, certes, mais la limite est visible.

Hillary Clinton (Crédits: CNN)

Historiquement, les femmes ont toujours été évincées du pouvoir. Dans beaucoup de cas, les pays étaient guerriers, et on plaçait des hommes à leur tête. Dans toutes les sociétés, la femme, à un moment ou à un autre, a été seulement reléguée a son rôle de génitrice, de mère, de maillon faible. Et si Hillary Clinton, la candidate américaine démocrate actuellement favorite dans les sondages, parvenait à faire changer les choses et à rafler la 45ème présidence des Etats-Unis aux hommes pour devenir première présidente de cette première puissance mondiale ?

L’exception sud-américaine

Les pays d’Amérique Latine ne sont plus vraiment en développement, mais pas encore au niveau de l’Europe en matière d’égalité et de démocratie. Pourtant, bien que la violence, la corruption et la difficulté d’accès à la politique des femmes soient une réalité, l’Argentine, le Brésil et le Chili sont aujourd’hui présidés par des femmes, et de plus en plus de quotas sont mis en place pour assurer une parité. Comment expliquer une présence grandissante des femmes dans la politique des pays sud-américains ? Bien souvent, les femmes ont été placées au cœur des mouvements sociaux pendant les dictatures de la seconde moitié du XXè siècle. Isabel Martínez de Perón, troisième femme du président argentin Juan Perón, est ainsi la première femme du monde à devenir, en 1974, présidente d’une République.

Isabel et Juan de Perón

L’émergence de mouvements féministes – comme celui de la « marche des mères » sur la Plaza de Mayo en Argentine en 1977 – a porté la question de la parité au premier plan dans le débat politique. En Amérique du Sud, le taux de représentation des femmes dans les pouvoirs exécutifs et les Assemblées parlementaires est aujourd’hui assez élevé, notamment au Mexique et au Nicaragua. Cependant, le Brésil est un des plus mauvais élèves en la matière, bien que l’on trouve une femme a sa tête. Il y a donc toujours de grands défis à relever quant à la place des femmes dans les sociétés sud-américaines. Elles sont plus représentées qu’ailleurs, mais des résistances structurelles subsistent.

Entre le rouge à lèvre de Najat et la com’ de Marine : le cas français

Le 6 novembre dernier paraissait un article de Jean-Paul Brighelli dans l’hebdomadaire Le Point ; il y était sujet d’une réponse donnée le jour même à l’Assemblée par Najat Vallaud-Belkacem à propos de la réforme scolaire. Sans prêter grande attention au contenu de ses propos, Brighelli, enseignant et essayiste, a plutôt été distrait par les atouts de la jeune ministre, l’accusant de vouloir détourner l’attention de son discours « peu clair » avec un rouge à lèvres pimpant, ou en laissant entrevoir la dentelle de son soutien-gorge. Plus tôt, lors de son arrivée au poste de ministre de l’éducation, Vallaud-Belkacem avait déjà fait l’objet de remarques sexistes lorsque le conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine, Franck Keller (Les Républicains), avait tweeté : « Quels atouts Najat #VallaudBelkacem a utilisé pour convaincre #Hollande de la nommer à un grand ministère ? ».

Najat Vallaud-Belkacem le 6 novembre
Najat Vallaud-Belkacem le 6 novembre

Le cas de l’actuelle ministre de l’Éducation nationale n’est pas isolé. Il est toujours fréquent qu’en France, les ministres ou députés femmes essuient des remarques sexistes jetées par les hommes dans l’hémicycle. À ce titre, l’accession de Ségolène Royal, ancienne compagne du président Hollande, au poste de ministre de l’Écologie a aussi fait couler beaucoup d’encre. Actuellement en France, les femmes doivent encore justifier leur arrivée à un haut poste, et faire davantage leurs preuves que les hommes, qui les attendent au tournant à la moindre incartade.

Une loi sur la parité est entrée en vigueur en France le 6 juin 2000, obligeant les listes, dans les scrutins, à présenter autant d’hommes que de femmes. Dans le cas des scrutins uninominaux, cependant, rien n’est prévu. Le législateur prend bien conscience du manque de femmes en politique, et de la difficulté plus grande encore à laquelle elles font face pour accéder à de hauts postes, mais le législateur reste un homme. Cette loi est un progrès très parcellaire, qui valorise les femmes dans certains domaines mais les stigmatise dans d’autres.

Dans le gouvernement Valls II, 8 ministres sur 16 sont des femmes : la parité (ici non obligatoire) est respectée. Il faut alors reconnaître que dans les faits, les femmes prennent de plus en plus de place dans la politique française. Ségolène Royal, par exemple, est très présente sur la scène internationale, et en profite pour assister aux voyages officiels ; sans oublier que c’est la « star » de la COP21.

Marine Le Pen
Marine Le Pen

La question de la montée en force du Front National, parti à la tête duquel on trouve Marine Le Pen, n’est pas non plus négligeable. La candidate aux régionales dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie casse les codes politiques, prend les devants des interviews et retourne souvent la situation à son avantage, déstabilisant les journalistes et n’hésitant pas à annuler une émission à la dernière minute ou à quitter un studio radio en plein direct. Marine Le Pen adopte une stratégie de communication inédite. Le programme du Front National en fait rêver certains, grimacer d’autres, mais la présidente du parti rebat indéniablement les cartes de la présence féminine en politique.

Héloïse Mélan

Sources : ONU femmes – données 2014

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