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Prix Mirabeau : Notre trio de tribuns est élu !

Ils étaient douze la semaine dernière, il n’en reste plus que trois. Mercredi dernier, au terme d’une compétition acharnée, le Prix Mirabeau a enfin trouvé les orateurs qui porteront les couleurs de Sciences Po Lille à Rennes les 2 et 3 mars 2016.

Participants et parité

Les sélections finales du Prix Mirabeau comprenaient 4 équipes qui s’affrontaient autour de deux sujets choisis préalablement. Chaque équipe incluait un orateur qui devait défendre le sujet, un qui devait s’y opposer et enfin un débattant. La gente féminine était minoritaire puisque seulement trois filles sur les douze participants avaient passé la phase de pré-sélection.

Et le jury n’était pas un exemple car exclusivement composé d’hommes. Parmi ses éminents membres, on pouvait compter Cédric Passard et Pierre Mathiot (président du jury), professeurs de sciences politiques, Jean-Marie Duhamel, journaliste à La Voix du Nord, et Jean-Baptiste Giuliana, notre nouveau responsable de la vie associative qui faisait sa première sortie publique pour l’occasion.

Aux alentours de 19h, le jury prend place au premier rang. Organisateur dévoué du Prix Mirabeau, Victor Porte se tient prêt à endosser son rôle de maître du temps. Chacun s’apprête à écouter la première performance de la soirée dans un amphi A aux trois-quarts plein. Le silence se fait.

12247844_654551711314319_7952537139610006970_oLeçon de jardinage

“Faut-il cultiver son ignorance ?” Telle est la question sur laquelle s’opposent les deux premières équipes. Pauline Weil nous abreuve de Kant, Spinoza, Rousseau, un air sérieux et passionné sur le visage, avec pour leitmotiv une phrase simple : “Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien”. Léa Boehringer reprend ensuite le flambeau, interpellant l’auditoire sur ses performances scolaires, sur cette culture de la connaissance qui nous caractérise. Elle réussit à nous convaincre, avec une certaine nonchalance et une ironie non dissimulée, qu’il faut définitivement cultiver son ignorance, et qu’une Simone de Beauvoir ne nous dira pas le contraire.

C’était sans compter sur ses opposants. Yanis Makoudi, occupant immédiatement tout l’espace avec une gestuelle maîtrisée, nous rappelle ses souvenirs d’enfance. A la façon d’un “Moi, Président”, il fait le lien entre l’ignorance de l’enfance et la nécessité du savoir, sur le ton d’un “Quand j’étais petit…”. Et Geoffrey Delepierre enfonce le clou : le “Jacques Chirac” du Prix Mirabeau, comme le surnomme P. Mathiot, nous régale d’allers-retours incessants entre la beauté de la connaissance des choses et du langage et la grossièreté de l’ignorance. “Avant, les hommes cherchaient à vous séduire habilement, explique-t-il, maintenant, Kévin veut vous pécho.” 

S’ensuit un débat acharné entre Baptiste Portay dans le camp de l’affirmative, et Nicolas Duval pour la négative. Nicolas Duval tente bien, par des approches tactiles, de dominer son adversaire, mais c’est peine perdue. Baptiste Portay est une pile électrique, il navigue d’un bout à l’autre de l’amphithéâtre avec une aisance déconcertante, enchaînant les arguments. Nicolas Duval tente un dernier baroud d’honneur qui lui sera fatal : Baptiste contre-attaque immédiatement, laissant son adversaire dans les cordes. Et de finir sur une improvisation goldmanienne :  “Tu es sans voix ? Tiens, je te donne mes notes, je te donne mes mots ! Que ta voix les emporte à ton propre tempo !”

Les fins observateurs auront remarqué que ce n'est pas un jasmin. Désolé.
Les fins observateurs auront remarqué que ce n’est pas un jasmin. Désolé.

Entre faune et flore

A peine le temps de nous remettre de nos émotions, que déjà les deux équipes suivantes se préparent. Le sujet suivant est plus poétique, plus tordu aussi : “L’abeille brusque-t-elle le jasmin ?”

Ignace Barek entame les réjouissances sur un ton décidé. La métaphore est selon lui inutile, elle représente l’abandon du vocabulaire. Il lui préfère la forme poétique, à l’aide de laquelle il entrecroise les rimes pour nous faire comprendre que nous sommes tous brutaux, nous sommes tous des abeilles et brusquons les jasmins. Martin Lamare vole ensuite à la défense des opprimés : si l’on a parlé des abeilles, parlons des jasmins malmenés ! Nous sommes tous Antonin le jasmin, opprimés, brusqués par les abeilles et par la vie. Et d’y aller de son jeu de mot écolo “Si Eva voyait à quel point l’abeille brusque le jasmin, elle dirait que ce n’est pas du Joly…”.

Arrive ensuite Yoann Laporte, qui avec une sérénité et un discours parfaitement contrôlé, vient démonter calmement les arguments de ses adversaires. “Nous sommes tous éphémères”, insiste-t-il, nous sommes tous des jasmins, voués à disparaître ; à quoi bon se soucier du comportement de l’abeille dans ce cas ? Julie Guénard vient fermer le bal des discours, sereine et plongée dans l’actualité. Elle nous dépeint une Marine Le Pen en reine des abeilles, énorme et ignorante, qui tente de brusquer le jasmin, jeune électeur innocent, et y parvient presque. Son discours sonne comme un ultime appel à la mobilisation pour le second tour des élections régionales.

Enfin, le dernier débat prend place entre Romain Dupont pour l’affirmative et Maximilien Casagrande pour la négative. Les hostilités commencent avec une poignée de main, qui sert de socle à l’argumentation de Romain : cette poignée de main est bien le symbole de la politesse, et non de la “brusquesse” (sic). Et comme les hommes se serrent la main, l’abeille entre délicatement dans le jasmin pour lui permettre de perpétuer son espèce. Maximilien Casagrande ne se laisse pas démonter, et, reprenant l’argumentaire de ses coéquipiers, exclut toute comparaison entre l’homme et l’animal. Il en conclut que l’abeille, n’étant pas humaine, ne peut concevoir la politesse et brusque donc nécessairement le jasmin.

Délibération sans complication

Alors que l’ensemble de l’amphithéâtre (moi y compris) se rue sur le buffet proposé par les organisateurs du Prix Mirabeau, le jury se retire dans le bureau de P. Mathiot pour délibérer. Après une vingtaine de minutes, les juges montent sur l’estrade pour nous présenter les résultats. P. Mathiot fait un bref discours pour rappeler l’importance de battre un Sciences Po qu’on ne nommera pas, et souligne la facilité avec les juges ont élu les gagnants. Trois noms sortent : Léa Boehringer, Geoffrey Delepierre et Baptiste Portay seront ceux qui iront défendre nos couleurs à Rennes. Pour l’occasion, un prix gourmand leur est accordé. Pour ma part, je vais plutôt suivre les conseils de Voltaire et retourner cultiver mes jasmins.

Nathan Crespy

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