Skip to content

Anne Tollinchi • 22 janvier 2018

Tribune d'étudiants • 15 janvier 2018

Alice Galopin • 11 janvier 2018

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Régionales : la victoire sans succès du « Front Républicain »

Après un Front National arrivé en tête au premier tour, le deuxième tour des élections régionales a finalement fait triompher la droite, menée par le parti Les Républicains. Les votes ont également donné le Parti Socialiste vainqueur dans certaines régions, le FN n’en remportant aucune. Analyse de cette victoire du « Front Républicain » qui reste à nuancer. Des leçons restent à tirer.

Les médias s’affolaient déjà lorsque, le 6 décembre, le scrutin du premier tour des régionales avait propulsé le parti du Front National en tête dans 6 des 17 régions de France, avec un score de 27,96 % des suffrages exprimés au niveau national. La semaine qui a suivi le premier tour fut, à l’image de la soirée électorale du 6 décembre, ponctuée de débats sur un possible « Front Républicain » alliant le parti Les Républicains (LR) et le Parti Socialiste (PS) afin de contrer la progression du FN.

Une semaine plus tard, le retrait des listes PS dans certaines régions, comme en Nord-Pas-de-Calais Picardie, et les appels insistants au vote, semblent avoir porté leurs fruits puisque l’abstention a reculé de 8,5 points et que le FN n’a gagné aucune région. Le parti LR remporte 8 régions et la gauche 7, la Corse étant aux mains des régionalistes. Au niveau national, la droite l’emporte avec 40,67 % des suffrages exprimés, contre 31,24 % pour la gauche et et 27,7 % pour le FN qui arrive bon dernier de ce deuxième tour. Cependant, comme l’écrit Le Monde dans son édition du mardi 15 décembre, ces résultats reflètent une élection sans vainqueur ni vaincu. Ils nécessitent une analyse approfondie et soulèvent des questions relatives à la crédibilité des partis politiques majoritaires.

Paradoxe : le FN défait mais plus puissant que jamais

La droite aurait tort de se targuer de son score malgré sa victoire, tout comme la gauche qui a « sauvé la face, sans avoir de quoi triompher », selon Le Monde. Quant au FN, il subit une défaite mais n’a jamais été aussi puissante, comme en témoignent les 6,8 millions de voix obtenues pour le parti, soit 400 000 de plus que lors des présidentielles de 2012. Ces scores appellent alors à des réflexions de fond pour les deux partis majoritaires de France.

Du côté de les Républicains, menés par Nicolas Sarkozy, on se félicite d’une victoire inespérée. Marc-Philippe Daubresse, maire de Lambersart et nouvel élu conseiller régional, expliquait dimanche soir dernier au micro de France Bleu Nord : « Nous ne nous attendions pas à un tel score ». Cependant, il n’y a pas de quoi jubiler : le poids relatif de la droite n’a jamais été aussi faible, l’ensemble UDI-MoDem-LR n’ayant obtenu que 27,33 % des voix au niveau national, soit 3 points de moins qu’au dernier scrutin régional en 2010.

Il en est de même pour la gauche, pour qui ces régionales sont un « succès sans joie », selon les mots du premier secrétaire du parti Jean-Christophe Cambadélis. Le parti a effectivement de quoi s’inquiéter lorsque le Nord-Pas-de-Calais, bastion historique de la gauche ouvrière, n’a aucun conseiller régional socialiste. De plus, au niveau national, le parti au  pouvoir n’a  représenté que 23 % des suffrages exprimés au premier tour. Paradoxalement, le parti défait du FN peut, lui, se targuer d’une montée en puissance spectaculaire, malgré son faible poids au niveau local, son nombre de conseillers régionaux étant passé de 118 à 358 en cinq ans.

« Bouger en modifiant les pratiques politiques » 

Ces considérations appellent donc à des remises en questions de la droite comme de la gauche. La socialiste Martine Filleul, adjointe au maire de Lille, a évoqué au micro de France Bleu une nécessité de « modifier [les] pratiques politiques », de « bouger », tout comme Marc-Philippe Daubresse, selon qui « on n’arrive plus à parler des problèmes des Français ». Les leçons du score des régionales se font par conséquent au sein des deux camps. Xavier Bertrand (tête de liste LR, vainqueur dans la région Nord-Pas-de-Calais Picardie) a quitté ses fonctions de maire et de député pour se concentrer pleinement à son poste de président de région. Idem pour Gérald Darmanin, maire LR de Tourcoing, qui a annoncé lundi matin sur France Bleu Nord renoncer à son poste de député à l’Assemblée nationale pour se consacrer à sa fonction de conseiller régional.

Depuis la réforme territoriale de 2015, les régions voient leur compétences approfondies, ce qui explique que ces élections sont d’une importance majeure : les compétences des treize régions sont accrues dans les domaines de l’économie locale, des transports régionaux (les TER, mais aussi les gares routières, les liaisons interurbaines en car…), et de l’environnement. Elles sont également responsables de la gestion des lycées et de la formation professionnelle.

Ce scrutin régional est ainsi l’occasion de dresser un bilan de l’état des forces politiques françaises, notamment suite aux attentats du 13 novembre 2015 qui ont plongé le pays dans le deuil et ont provoqué une crainte de la montée du FN face à la menace sécuritaire. Le premier tour fut à l’image de ces craintes, soulevant les plus vives critiques concernant la supposée unité des Français face aux dérives de repli provoquées par les attentats. Seulement, ce score n’est pas sans rappeler que les Parisiens, directement touchés par les attentats, ont maintenu le score du FN en dessous de la barre des 10 %. C’est peut-être le signe que, plus que la menace sécuritaire éphémère, c’est la déception face aux politiques des autres partis qui est à l’origine de la hausse du score du parti d’extrême-droite.

Anna Lippert

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *