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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Carol – Un road trip amoureux

Pour son treizième film en tant que réalisateur, Todd Haynes nous conte, dans Carol (adapté du roman de Patricia Highsmith), l’histoire de deux femmes qui se laissent aller à un amour volcanique, véritable échappatoire aux obligations de leurs vies bien rangées. Loin d’être un film sur l’homosexualité, c’est l’histoire d’une passion ardente qui dérange, de vies insatisfaites, de convenances que l’on envoie valser. La romance est belle, les personnages sont touchants, et Carol est un chef-d’œuvre.

L’histoire débute dans le New-York effervescent des années 1950. Deux femmes, attablées au restaurant d’un hôtel, discutent, échangent quelques mots, mais surtout des regards. Imperturbables, comme dans un cocon. Et puis, une voix, celle d’un homme, vient briser cette bulle d’intimité.

Carol, c’est l’histoire de deux femmes que tout oppose. Carol Aird, interprétée par Cate Blanchett, est une « grande dame » bourgeoise, en instance de divorce, coincée malgré elle dans une vie pleine de conventions qui ne l’a jamais satisfaite. Elle croise un matin d’hiver la route de Therese Belivet, jouée par Rooney Mara, vue dans Millénium. Therese est passionnée de photographie, mais enfermée elle aussi dans une vie peu palpitante, trop simple et sans surprises.

D’emblée, l’emprise est là, comme magnétique. Par la délicatesse des gestes et la profondeur des regards, l’ambiguïté s’installe. De cette première rencontre naîtront des rendez-vous puis de ces visites débutera une passion. C’est Carol qui mène la danse. Elle guide les conversations, décide des rencontres, et entraîne Therese sans grande difficulté dans cette romance. La liaison des femmes bouillonne, la passion explose, jusqu’au coup de grâce, porté par un mari jaloux et possessif, Kyle Chandler à l’écran.

Une relation presque destructrice

L’aventure entre les deux femmes, magnétique et ardente, nous captive tout au long du film. Therese, presque « ensorcelée » par sa partenaire, lui voue une fascination pure et innocente. La domination quasi matriarcale de Carol atteint son apogée lors d’une scène charnelle, où, une fois de plus, Carol initie Therese, son « ange tombé du ciel ». Les corps s’enlacent, la fluidité des gestes, rythmée par une bande originale classique viennent parfaitement compléter ce moment d’intimité.

L’histoire est belle mais déchirante. Alors que l’une est rattrapée par ses obligations d’épouse et de mère de famille, l’autre semble s’accrocher de plus en plus à son initiatrice au gré des déceptions. La dernière partie du film témoigne de cet attachement qui se révèle douloureux. Therese tente sans enthousiasme de se lancer dans une nouvelle vie. Carol, de son côté, retrouve sa vie rangée au côté de sa famille et reprend la procédure de divorce, au moment où son mari apprend ses infidélités.

Un jeu d’acteur grandiose

Le pari est réussi. Cate Blanchett et Rooney Mara incarnent parfaitement un duo de femmes en quête d’émancipation, tourmentées et prisonnières de leurs vies. À tel point que l’on se demande laquelle des deux est finalement la plus malheureuse.

Rooney Mara, prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes, sied parfaitement à son personnage, interprétant à la perfection la douceur et l’innocence juvénile. Face à une Cate Blanchett magistrale en mère de famille bourgeoise, le jeu d’acteurs n’en sort que réussi, rythmé par les regards plus que par les échanges vocaux. La scène de la première rencontre dénote parfaitement cette sensibilité. Les nombreux coups d’oeil entre les deux femmes, sans dialogues, suffisent à traduire la délicieuse ambiguïté qui les unit, et qui ira crescendo le long du film.

L’histoire nous captive jusqu’aux dernières secondes. Malgré une fin sans grande surprise, la puissance des échanges, la délicatesse des corps, rythmées par la beauté de la musique de Carter Burwell, nous laisse un dernier plan sublime.

Carol est sorti en salle le 13 janvier.

Jeanne Villarubias

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