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Taïwan : le changement, c’est maintenant

Le samedi 16 janvier, les résultats de l’élection présidentielle taïwanaise sont tombés. Tsai Ing-wen, à la tête du Parti démocratique progressiste, devient la première femme à être élue présidente de la république sur la petite île. Elle prend sa revanche, après une défaite en 2012, en accomplissant l’exploit d’obtenir 56,12% des suffrages et la majorité absolue au parlement taïwanais.

Tsai Ing-wen : le renouveau

Ancienne professeur en droit des affaires et docteur en droit de la London School of Economics, Tsai Ing-wen prend la tête du Parti démocratique progressiste (DPP) en 2008. Parti nationaliste, un brin machiste et traditionnel, elle a su s’y faire une place et devenir le symbole d’un renouveau qui s’était essoufflé avec l’ancien président Chen Shui-bian (DPP). Déjà candidate à l’élection présidentielle de 2012, elle s’est inclinée face au président sortant Ma Ying-jeou en obtenant seulement 45,63% des suffrages. Mais Mme Tsai est déterminée et conserve la présidence de son parti qu’elle entreprend de rénover. Au cours des quatre dernières années, elle s’est rapprochée de la société civile, elle a su incarner une nouvelle vision de la politique, face à la défiance de plus en plus importante de l’électorat taïwanais envers ses représentants. Tsai Ing-wen a su jouer de ses origines taïwanaises. Elle n’est pas de ceux qui sont issus de l’immigration Han venue de Chine avec Tchang Kaï-chek. Son père est hakka, sa mère minnan, deux communautés venues de Chine établies de longue date sur l’île. Elle a su incarner tout ce à quoi aspire Taïwan : une tradition, un renouveau, une proximité.

« Le peuple de Taïwan a aujourd’hui usé de son droit de vote pour faire l’histoire » (Le Monde) a déclaré Mme Tsai lors de son premier discours, après l’annonce des résultats. Et pour cause, sa victoire souffle un vent nouveau, un vent démocratique, sur le pays. Première femme élue à la tête de l’île, elle sera accompagnée de 38% de femmes, fraichement élues députées, au Parlement. Icône des jeunes électeurs taïwanais, elle fait entrer à l’assemblée, un nombre important de nouveaux élus, plus jeunes, incarnant les attentes et les revendications de cette jeunesse. C’est enfin la première fois que son parti obtient une majorité absolue au Parlement taïwanais, le Yuan législatif.

La victoire de Tsai Ing-wen est d’autant plus forte qu’elle est le symbole d’une petite révolution politique à Taïwan. Le parti au pouvoir, le Kouomintang (KMT), est ainsi défait. Personnifié par le président sortant, le parti était devenu l’incarnation du rapprochement entre la petite république insulaire et la Chine voisine, rivale historique. Au cours de la campagne, la première candidate, Hung Hsiu-chu, avait même fini par être écartée au profit d’Éric Chu, jugé moins pro-chinois.

Crédits : Sandy Cheng pour l'Agence France Presse.
Éric Chu, candidat du Kouomintang, reconnaissant sa défaite – Crédits : Sandy Cheng pour l’Agence France Presse.

Choisir l’indépendance face à la Chine

Contrairement au précédent exécutif, elle ne jouera pas la carte du rapprochement avec la Chine. Les relations entre les deux voisins se sont réchauffées au cours des huit années de présidence de Ma Ying-jeou, président pro-chinois. Les deux partis majoritaires taïwanais voient leur relation avec la Chine sous un angle radicalement différent. Le Kouomintang (KMT), parti du président sortant, est dans une optique de rapprochement avec son voisin, et n’a jamais perdu l’ambition de jouer un rôle dans la Grande Chine continentale. Le Parti démocrate progressiste (DPP), quant à lui, a tourné la page de son passé continental et souhaite dorénavant se développer individuellement, en cessant d’être dans le giron chinois. C’est d’ailleurs la défense de cette souveraineté et de l’indentité taïwanaise qui a permis à la candidate de devenir le symbole de cette jeunesse.

Tsai Ing-wen a su convaincre par son expérience dans les relations sino-taïwanaises. Son passé de juriste lui a permis de participer aux négociations d’entrée de l’île à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à la fin des années 1990. En 2000, elle est nommée « ministre du conseil des affaires avec la Chine », sous le mandat du président Chen Shui-bian (DPP). Elle permit de dégeler les relations entre les deux pays, alors extrêmement tendues, en favorisant les investissements de son pays en Chine.

La future présidente, qui sera investie le 20 mai prochain, n’a pas exprimé la volonté de déclaration d’indépendance comme Chen Shui-bian (DPP), s’engageant plutôt pour le maintien du statu quo et de la paix entre les deux pays, ralliant ainsi les électeurs modérés à sa cause. Son principal objectif pour Taïwan sera avant tout de s’émanciper de son voisin chinois, en particulier sur le plan économique. Hongkong et la Chine reçoivent à eux seuls 40% des exportations de l’île. La volonté de Tsai Ing-wen à rejoindre le TPP, accord commercial transpacifique américain, va dans ce sens. L’enjeu est également, et surtout, politique. Taïwan n’est toujours pas membre de l’Organisation des Nations Unies (ONU), puisque seulement vingt-trois pays reconnaissent l’île comme un État souverain.

Du côté de Pékin, il s’agit d’un nouvel échec à sa revendication de l’île. Notons que le pays a rapidement réagi à l’élection de la candidate indépendantiste en la censurant sur Weibo, principal réseau social du pays, cherchant ainsi à taire sa victoire et à en limiter le traitement médiatique. Pour l’exemple, le Global Times, journal officiel chinois, titrait dans son éditorial : « Les Taïwanais ont choisi Tsai, pas l’indépendance ». Les États-Unis, qui ont félicité la candidate victorieuse, se sont même vus rappelés à l’ordre par Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, qui a exhorté le pays à « suivre la politique d’une « seule Chine » » et à « s’opposer à l’indépendance de Taïwan ». 

Entre l’indépendance et le statu quo, entre la jeunesse indépendantiste et les modérés, les défis qui attendent la future présidente lui laisseront une marge de manœuvre restreinte. L’avenir de Taïwan est incertain, mais l’élection de la « petite Ing », comme aiment à l’appeler les Taïwanais, est un signe de renouveau et un véritable souffle de changement dans le pays.

Crédits : Philippe Lopez pour l'Agence France Presse.
Crédits : Philippe Lopez pour l’Agence France Presse.

Damien Cottin

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