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Marine Le Pen, présidente en 2017… fiction ou réalité ?

Surprenant mais surtout instructif, La Présidente nous présente les premiers mois de présidence de Marine Le Pen dans l’hypothèse où celle-ci serait élue en 2017. Une bande dessinée originale et réussie.

Première de couverture – La Présidente

Imaginez un peu… nous sommes le 7 mai 2017, Marine Le Pen est élue Présidente de la République face à François Hollande. De la pure politique fiction diront certains. C’est pourtant à partir de ce postulat que François Durpaire, maître de conférence en sciences sociales, a eu l’idée d’une bande-dessinée. Elle retrace les hypothétiques premiers mois de l’actuelle présidente du Front national à la tête de l’État. Pour ce faire, il s’est entouré de Farid Boudjellal, dessinateur de bande dessinée, qui par son trait et l’usage de la photographie, apporte du réalisme à l’histoire et nous plonge dans une ambiance particulièrement glaçante. Notons la grande qualité de la couverture, représentant le portrait officiel de Marine Le Pen en tant que chef d’État.

Un « œuvre citoyenne »

La Présidente se veut avant tout pédagogique. C’est par la vulgarisation du programme du Front national et la mise en lumière des origines du parti que le scénariste a voulu éveiller les consciences. Ce dernier évoque même une « œuvre citoyenne ». Si peu de monde est aujourd’hui prêt à parier sur une victoire de Marine Le Pen en 2017, notamment de par le maintien d’un « plafond de verre », F. Durpaire semble avoir des raisons d’y croire. « Jamais la victoire d’une candidate incarnant le repli monoculturel n’a été aussi proche » affirme-t-il. Il débute son récit le 7 mai 2017 et retrace les étapes empruntées par la Présidente, conduisant progressivement le pays à une situation de chaos. De la formation d’un gouvernement d’ouverture, en passant par la restructuration des ministères, François Durpaire met en scène l’établissement d’un nouveau pouvoir. Certaines figures de la « droite forte » telle Nadine Morano apparaissent dans ce gouvernement. Certains ministères sont créés de toute pièce (ministère des souverainetés), d’autres voient leurs appellations modifiées (le ministère de l’éducation nationale devenant ministère de l’école et des savoirs fondamentaux). Ce nouveau pouvoir, sans donner une impression de bouleversement institutionnel, montre les prémices d’une gouvernance pour le moins différente.

Si cette bande-dessinée exprime un parti pris, les faits qui y sont développés ne résultent que de l’application du programme du Front national et de ses conséquences. Dès les premières pages, le lecteur est prévenu : « Toute ressemblance avec des situations existantes ne saurait être que fortuite, à moins qu’elle ne résulte de la simple application du programme du Front national » peut-on lire. Pour apporter force à son projet et montrer la probabilité des situations qu’il expose, François Durpaire a souhaité s’entourer de spécialistes notamment économiques, pour justifier les hypothèses avancées qu’il avance. Cela s’illustre, notamment par une interview de Dominique Strauss-Kahn (de retour pour l’occasion au micro de Jean-Jacques Bourdin) qui explique qu’une sortie de la zone euro ne ferait qu’accroître la dette publique. A côté des arcanes du pouvoir, les auteurs ont tenu à représenter les réactions de Français face à la mise en place de ce nouvel exécutif. Une petite histoire dans la grande histoire s’installe dès les premières pages. Le récit met en scène Antoinette, une vieille femme, résistante dans sa jeunesse, et ses petits-enfants, Stéphane et Tarik, qui tentent de dénoncer des groupes identitaires proches du pouvoir. A leurs côtés, Fati, une jeune femme, cherchant à renouveler ses papiers, est confrontée aux nouvelles réglementations en place quant à l’obtention des titres de séjour. La petite histoire accroche le lecteur bien qu’on puisse penser que les personnages mis en scène soient peu représentatifs de l’ensemble de la société du fait de leur engagement.

Extrait - La Présidente
Extrait – La Présidente

Révéler les zones d’ombres

« Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas » : tel est le sous-titre de La Présidente. On pourrait reprocher à ses auteurs de prêcher pour les convaincus plutôt que pour les citoyens déjà passés au vote Front National. François Durpaire répond à ces critiques et affirme avoir avant tout élaboré ce projet à destination des abstentionnistes. Il en est convaincu, ce sont eux, qui auront la clé du résultat des élections présidentielles de 2017. La possibilité d’une victoire de Marine Le Pen à la Présidence de la République ne serait selon lui possible que dans un contexte de forte abstention. Il est fort à parier que les électeurs du Front national ne seront pas les premiers disposés à acheter cette bande-dessinée, mais le professeur en sciences sociales semble tout de même espérer que certains d’entre eux la liront. « La majorité des électeurs du Front national ne savent pas réellement ce qu’il y a dans le programme » affirme-t-il. L’idée était de montrer que si le programme du Front National était appliqué tel qu’il est conçu, les électeurs de ce parti seraient les premiers lésés, les mesures protectionnistes étant aussi dommageables pour eux que pour quiconque. La contradiction permanente entre les paroles et les actes est aussi mise en avant. Marine Le Pen promet à longueur de discours une pratique du pouvoir différente, proche du « peuple ». Il est donc assez ironique de la voir rétablir la « garden party » du 14 juillet, avec pas moins de 7000 invités, dont de nombreuses personnalités telles Alain Delon ou Brigitte Bardot. Dans le même ordre d’idée, la bande-dessinée illustre les nombreuses « faces cachées » du programme, du fait d’un discours plus policé initié par Marine Le Pen dans un souci de dédiabolisation de son parti. Prenons l’exemple de la politique de l’emploi et de la « préférence nationale » souvent avancés dans le discours du parti. Elle consiste à réserver les emplois disponibles uniquement aux nationaux. Cependant, ni Marine Le Pen ni le programme du FN ne l’affirment clairement, il s’agit avant tout d’une manière cachée d’exclure toute possibilité d’intégration en France pour ceux ne disposant pas de la nationalité.

Une lecture utile

La Présidente revêt une certaine audace. Au-delà de la simple exposition des mesures politiques prises par le nouvel exécutif, le récit permet d’entrer au cœur du pouvoir et du cercle d’influence entourant Marine Le Pen. On la voit même bientôt bousculer par sa droite, les réseaux identitaires prenant de plus en plus de place en interne. Avec le final pétrifiant que réservent les scénaristes, les lecteurs risquent d’être surpris. La lecture de cette BD peut donc être utile à tous, Marine Le Pen la première.

Clémence Buyel

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