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Elections américaines : où en est-on ?

Zoom sur les Etats-Unis : l’élection présidentielle du 8 novembre prochain va permettre d’élire le 45è président américain, qui entrera officiellement en fonction le 20 janvier 2017. A l’occasion du caucus de l’Iowa qui se déroulait lundi 1er février, et plus récemment des primaires dans le New Hampshire, nous nous proposons de dresser un petit tableau de la situation actuelle, de revenir sur les principales étapes de ces élections et d’envisager dans différentes hypothèses l’avenir de ce que beaucoup qualifient comme le pays le plus puissant du monde…

 Les primaires, les caucus, l’Iowa… : traduction

Le système d’élections primaires est tout sauf simple, le phénomène mérite donc quelques éclaircissements. Pour cela, il faut remonter l’histoire des Etats-Unis.

Avant 1824, les membres du Congrès (les membres du Sénat et de la Chambre des représentants), en fonction de leur appartenance à un parti, élisaient directement leur candidat favori, puis les leaders de chaque parti décidaient qui allait pouvoir se présenter aux élections lors de conventions nationales. Ce système a vite généré des intrigues politique, et été jugé comme anti démocratique. Après plusieurs étapes, les Etats-Unis ont connu l’avènement des primaires en 1968, qui permet à chaque américains de désigner les candidats qu’il verrait bien à la Maison Blanche. Pour cela, les citoyens doivent être inscrits sur les listes électorales d’un parti. Aux Etats-Unis, en effet, il faut faire ses propres démarches pour pouvoir voter.

Depuis lundi dernier, les Américains se rendent à des élections primaires pour élire des délégués, des représentants de chaque candidat qui s’engagent à voter pour eux lors de l’étape suivante, la convention nationale, qui aura lieu en juillet prochain. Il existe aussi des superdélégués, désignés à l’avance, présents à la convention nationale de chaque parti mais non élus par le peuple américain. Ils ont la liberté de voter pour qui il veulent, et leur voix pourrait être décisive en cas d’égalité. En fonction des Etats, le scrutin peut être proportionnel, comme dans l’Iowa, ou majoritaire, comme en Floride, où perdure le fameux winner-takes-all system.

Depuis quelques semaines, on parle de caucus, en parallèle des primaires. Mais qu’est-ce que c’est exactement ? En quoi les deux processus diffèrent ?

Un caucus est en fait une assemblée. A la place de procéder à un vote à bulletin secret, comme dans la primaire classique , les représentants se réunissent et discutent, pour essayer de défendre au mieux leur candidat, et éventuellement, de faire changer d’avis leur collègue.

Primaire classique ou caucus, la méthode est différente, mais le résultat est bien le même.

Les primaires sont étalées dans le temps. Au fur et à mesure que chaque Etat vote, les tendances qui ressortent, et on voit qui sont, dans chaque parti, les candidats favoris. En général, les autres se désistent avant  la convention nationale, si bien qu’à cette date, il ne reste, dans l’écrasante majorité des cas, plus qu’un seul candidat, celui qui se retrouvera face au parti adverse lors des vraies élections.

En fait, le système américain est un mélange entre la primaire classique que l’on connaît nous, au sein de chaque parti français et le premier tour de nos élections présidentielles. A la fin de ces primaires américaines, on aura le nom des deux candidats susceptibles de remporter la course à la Maison Blanche.

Le premier caucus qui s’est déroulé la semaine dernière , dans l’Iowa, marque le début de cette période de primaires. Rien n’est encore joué, mais cette première réunion donne quand même la tendance. C’est le premier test grandeur nature, qui va confirmer ou infirmer les chiffres données dans les sondages. Dans le même temps, il faut avoir conscience que seuls les électeurs vraiment politisés se rendent au urnes pour les primaires. Elles ne sont pas obligatoires, on estime donc que sur le petit Etat de l’Iowa qui comprend environ 3 millions d’habitants, seulement 200 000 à 300 000 citoyens se sont rendus aux urnes. Les résultats du caucus sont donc à prendre avec des pincettes, il semblerait d’ailleurs que sur les vingt dernières années, jamais l’Iowa n’ai réussi à « prédire » les véritables résultats des conventions nationales.

Au programme, discours des différents candidats, débats puis vote, le tout sur une journée. Du côté démocrate, Hillary Clinton a remporté la course de justesse, alors que son score avait significativement baissé dans cet Etat après la révélation d’emails privés lorsqu’elle était secrétaire d’Etat ; tandis que Ted Cruz, chez les Républicains, a doublé l’illustre Donald Trump.

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La course du côté démocrate, dans l’ombre d’Obama

N’importe qui ne peut pas se présenter à l’élection présidentielle. Il faut avoir au moins 35 ans, être né avec la nationalité et avoir vécu sur le sol américain au moins 14 ans. Bien sûr, une campagne présidentielle, c’est aussi long, exigeant et très, très coûteux. Actuellement, il y a 2 candidats dans le camp Démocrate, alors que chez les Républicains, la liste est plus longue, avec 9 candidats encore en lisse.

Jusqu’à maintenant, la favorite chez les Démocrates était Hillary Clinton. Agée de 68 ans, elle est ex-première dame, femme de Bill Clinton.

Elle connaît donc la Maison Blanche comme sa poche : elle est sénatrice, ancienne secrétaire d’Etat et proche de l’actuelle président Obama, qui la soutient discrètement. C’est la deuxième fois qu’elle se présente, puisqu’elle avait affronté Obama et McCain aux primaires de 2008, en vain. L’objectif affiché de sa campagne est de servir « l’Américain moyen », alors qu’elle a souvent été accusée de favoriser les élites et de délaisser les classes populaires. Les mesures sont claires : réforme du système de financement électoral, régularisation massive des sans-papiers. Elle est aussi en faveur du mariage homosexuel, sujet qui divise profondément la classe politique américaine en ce début de campagne.

Bernie Sanders, 74 ans, se revendique socialiste, un (presque) gros mot dans un pays où la politique est axée relativement à droite par rapport à ce que nous connaissons dans le royaume de France et de Navarre. Les idées sociales démocrates du sénateur du Vermont plaisent particulièrement aux jeunes. Lui aussi défend le mariage homosexuel et l’avortement. Il est en faveur d’un système de prise en charge des frais de santé, considère le réchauffement climatique comme une réalité menaçante contre laquelle il faut lutter, et s’oppose aux « empires médiatiques » états-uniens, où tous les médias sont détenus par quelques grosses entreprises, remettant en cause la totale liberté d’expression.

Crédits : Mark J. Terrill/AP/SIPA

Ces deux candidats sont au coude-à-coude, alors que Martin O’Malley a retiré sa candidature le 1er février au soir après sa défaite significative au sein du parti, dans l’Iowa.

La question qui se pose alors pour les Démocrates est de savoir s’ils peuvent remporter l’élection après les deux mandats successifs de Barack Obama. Son bilan politique est en effet mitigé. Si le personnage est charismatique et a pu faire avancer les choses sur le sol américain, son parti a perdu les élections de mi-mandats en 2014, et la situation à l’international ne s’est pas vraiment améliorée pendant ses deux présidences.

Les programmes des deux candidats sont novateurs, mais certains spécialistes qualifient la vision de Sanders d’« idéaliste », et disent que sa ligne politique sera inapplicable aux Etats-Unis. En ce qui concerne Clinton, le pays est-il prêt à voir une femme à sa tête ?

Is the GOP doomed ? Trump à l’abordage

Du côté des Républicains, la course à la Maison Blanche est davantage féroce. Donald Trump et Ted Cruz sont en tête des sondages, suivis par Marco Rubio, Ben Carson et d’autres candidats au poids politique plus mineur. Au total, 12 candidats concouraient en Iowa, mais 3 ont abandonné à l’issue du caucus.

Crédits : Mark J. Terrill/AP/SIPA
Crédits : Mark J. Terrill/AP/SIPA

Ted Cruz, le grand vainqueur dans l’Iowa, représente probablement la branche la plus conservatrice du parti républicain, courtisant notamment l’électorat évangéliste. Agé de 44 ans et diplômé d’Harvard, il est sénateur du Texas et fils d’un immigré cubain. Il existe d’ailleurs des polémiques entre juristes car Cruz est né au Canada et non sur le sol américain, détail qui n’a pourtant pas déstabilisé son électorat dans l’Iowa. Il fait partie de l’aile droite anti-establishment du parti républicain : il est anti-contraception, anti-avortement, anti-mariage homosexuel, favorable à la peine de mort, mais aussi au port d’arme, en vertu du 2nd amendement de la Constitution des Etats-Unis. En matière d’immigration, il prône l’interdiction d’accès à la citoyenneté aux migrants sans papiers.

Marco Rubio est sénateur de Floride depuis 2011. Il est le seul catholique de la primaire républicaine, et a suivi le parcours classique de l’establishment. En matière d’immigration, il avait tendance à favoriser l’accès à la citoyenneté, mais il a retourné sa veste au début de la campagne et prône maintenant la sécurité. Il est interventionniste en matière internationale, reprochant à Obama ses positions trop « laxistes » dans les interventions militaires. On le reconnaît aussi dans le discours “anti-impôts” républicain. En Iowa, il talonnait de prêt les deux favoris et il a donc, à ce stade, de sérieuses chances de pouvoir remporter les primaires.

Ben Carson est un neurochirurgien retraité de 64 ans. Dans ces primaires, il joue la carte de l’outsider, et incarne le modèle américain d’ascension sociale, issu d’un milieu pauvre et élevé par sa seule mère. Son début de campagne est très remarqué, notamment dans les méditas, puisqu’il est le seul candidat noir républicain de la primaire, et il devient le principal rival de Trump à la fin de l’année 2015 . Des révélations de mensonges et incohérences sur sa jeunesse et ses études entachent son ascension au sein du parti, et le rejettent en 4eme place au caucus de l’Iowa, avec seulement 9.3% des suffrages.

Les autres participants à la course sont Rand Paul, qui a eu un score de 4.5% en Iowa ; Jeb Bush, frère et fils des deux présidents Bush ; Carly Fiorina, seule femme dans ces primaires républicaines, ou encore Chris Christie, gouverneur du New Jersey. Rick Santorum en est à sa deuxième primaire, alors que c’est une première pour John Kasich. Ces derniers ont remporté moins de 2% des voies, mais sont toujours des candidats sérieux, bien que les intentions de vote ne leur semblent pas favorables. Mike Huckabee, lui, a annoncé qu’il se retirait de la course après avoir obtenu 1.8% des voies.

Le dernier candidat, et non le moindre est Donald Trump, 69 ans, parfait exemple du self made man. Fils d’un grand entrepreneur new-yorkais, il est milliardaire, homme politique mais aussi présentateur télé. Les médias du monde entier aiment à le surnommer « le magnat de l’immobilier », surnom utilisé et réutilisé à toutes les sauces. Il est connu pour son tempérament de showman et arbore un slogan de campagne digne de Ronald Reagan : Make America Great Again. Trump a été extrêmement médiatisé depuis le début de la campagne : sa mégalomanie et ses propos très polémiques ont joué en sa faveur, et il est en tête des sondages républicains, avec 35% d’intentions de vote au niveau national. Non, Donald Trump n’est pas une immense farce à l’américaine mais un candidat sérieux, qui, selon les sondages, a toutes ses chances. Les politologues sont plus réservés, jugeant que le clown a attisé la curiosité de l’opinion publique, mais qu’après toutes ses maladresses, les américains ne voteront pas pour lui. Les avis divergent donc.

En bon républicain, Trump milite en faveur du small-government en promettant une baisse des impôts. Il est pro gun, rappelez vous de sa petite remarque sur l’interdiction du port d’arme en France après les attentats du 13 novembre… Son sujet fétiche est sans doute l’immigration : il projette de construire un mur à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, et de faire payer le Mexique pour cela ; il est aussi contre toute régularisation des sans-papiers. Trump déteste les médias. A chaque discours, les journalistes présents en prennent pour leur grade, ce qui mène certains à le qualifier de populiste.

Crédits : Brendan McDermid pour Reuters
Crédits : Brendan McDermid pour Reuters

Récemment, avec la montée de Cruz dans les sondages, Trump a commencé à utiliser la carte de la religion, citant des passages de la Bible, pour attirer un électorat évangéliste. Le problème de Trump, c’est qu’il n’a pas d’expérience en politique, alors que ses adversaires sont gouverneurs, sénateurs, maires,… Il s’appuie donc sur sa stratégie de communication, à coup de grandes polémiques hypermédiatisées.

Avec tous ces candidats, le parti républicain fait face à un réel défi. Le « Grand Old Party » peut-il encore gouverner les Etats-Unis ? Il est en effet complètement divisé, les débats de pré-campagne ont montré que le niveau de réflexion se cantonnait souvent à des attaques personnelles entre candidats, ce qui a parfois pu prendre des airs de règlement de compte. Le parti parvient à conserver une base électorale solide avec leurs idées ultra conservatrices, mais pour combien de temps ?

Dans le même temps, en proposant une variété si importante de candidats, le parti fait parler de lui et des personnalités très hétérogènes qui le composent, et du même coup, attirent les intentions de vote. Ben Carson, seul Républicain noir, attise la curiosité, surprend ; la politique spectacle de Trump fascine.

Les résultats de la primaire dans le New Hampshire du 10 février rebattent les cartes, pour les Républicains comme pour les Démocrates. Trump triomphe, suivi par John Kasich ; Cruz est rejeté à la troisième place. Côté démocrate, Sanders collecte les votes des indépendants et prend une nette avance sur Clinton, qui peine à intéresser les jeunes.

Les primaires sont définitivement en marche, et en fonction des Etats, les résultats attendus sont très hétérogènes. Affaire à suivre, donc !

Le petit plus : voici un lien pour les plus curieux, qui auraient envie de décoiffer Trump avec une « trumpet ». trumpdonald.org

Héloïse Mélan

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