Skip to content

Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Médias et terrorisme : le traitement médiatique des attentats

La terreur, que l’on désigne comme un état de peur extrême et paralysante, constitue une thématique complexe du terrorisme, car ils sont tous deux indissociables. En dehors de leurs revendications multiples et de leurs divers acteurs, toutes les actions terroristes constituent des formes particulières de violence, ayant un objectif de propagande. Si la liste des attentats qui frappent le monde est loin d’être exhaustive, ces attaques ne constituent en rien un phénomène récent. Il suffit d’évoquer celles d’Algérie, d’Irlande, ou encore du Liban au siècle dernier pour se rappeler que, depuis des dizaines d’années, le terrorisme n’épargne personne.
Cependant, l’apparition des médias de masse et l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication offrent une perspective intéressante dans l’analyse de tels évènements. Il est clair que ces avancées technologiques entraînent une mutation de leur traitement médiatique, et que cela ne reste pas sans conséquences sur l’espace public, l’opinion publique.
C’est cette thématique que Nicolas Kaciaf a choisi d’évoquer, le 9 février dernier, au cours d’une conférence dans les locaux de Sciences Po Lille, intitulée : « médias et terrorisme ».

Un climat de terreur entretenu des deux côtés du tableau

A l’image des attentats du 7 janvier ou de ceux du 13 novembre, un pays touché par le terrorisme offre une couverture exceptionnelle et immédiate des évènements. Tandis que chaînes de télé et radios modifient leurs programmes, la presse bouleverse ses maquettes et s’actualise en ligne au fil des évènements, presque instantanément. C’est d’ailleurs au moment où les renseignements sont encore peu nombreux et surtout très abstraits que cette couverture médiatique atteint son paroxysme. De fait, face à ce manque, journalistes et instances médiatiques répètent les mêmes bribes d’informations, repassent en boucle les mêmes images, souvent violentes, et entretiennent ainsi ce climat d’incertitude et de crainte.

Toutefois, les médias du pays concerné ne sont pas les seuls responsables. Lorsqu’un groupe terroriste prépare un attentat, il veille non seulement à la portée de ses revendications et à la manière dont celui-ci va se dérouler, mais aussi à la puissance symbolique qu’il dégagera. Souvent, les attentats sont spectaculaires, non seulement par leur ampleur, leur violence, mais aussi par la dimension affective. Les personnes visées ne sont plus vraiment des personnalités politiques ou des hauts responsables, mais de plus en plus des citoyens lambda, des étudiants, des pères de famille, des personnes que l’on pourrait côtoyer tous les jours. La violence et la proximité émotionnelle aux victimes sont alors encore plus vives, il devient plus facile de s’identifier à ces dernières… et de s’imaginer à leur place. Et d’autant plus difficile de ne pas céder à la peur.

Des couvertures médiatiques qui diffèrent

Si la solidarité mondiale qui a suivi les récents attentats français a été émouvante, une question reste en suspens : pourquoi offrons-nous une attention différente aux attentats ? Rappelons que, quelques heures avant les attentats du 13 novembre à Paris, le Liban a lui aussi été victime d’une attaque terroriste, l’une des pires de son histoire. Pourtant, la couverture médiatique a été relativement faible, et peu de médias ont traité l’évènement, que ce soit en France ou ailleurs.

Nicolas Kaciaf explique ce différentiel d’empathie par trois critères, en s’appuyant sur l’exemple du 11 septembre : tout d’abord, explique-t-il, « l’importance d’un évènement tient à sa proximité symbolique et affective avec les téléspectateurs du monde ». C’est ce qui explique qu’en 2001, la capacité d’identification aux victimes du 11 septembre a été forte, car la proximité culturelle et affective avec les États-Unis l’était aussi. Ensuite, l’importance résulte aussi de la « retranscription immédiate de l’évènement ». Enfin, explique-t-il, « le caractère exceptionnel de l’évènement tient aussi un rôle dans son traitement médiatique ». Les États-Unis ont été touchés en 2001 pour la première fois, ce qui explique l’ampleur qu’ont tenu les attentats dans les médias du monde à l’époque. Il en est de même pour les récents attentats parisiens.
Ainsi, les médias de masse ont, par ce mécanisme, transformé notre interprétation de ce qu’est (et de ce que doit être) un évènement historique important. Ils acquièrent alors un rôle d’acteur, et non plus seulement d’observateur. C’est finalement par eux que l’évènement prend son sens.

Quelles conséquences ?

L’une des principales conséquences de tels traitements médiatiques est celle du manquement aux normes éthiques et morales. Suite aux attentats de janvier 2015 à Paris, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) a relevé plus de 30 manquements. Bien souvent, la volonté de traiter l’information dans l’urgence, mais aussi les dynamiques sensationnalistes font oublier aux journalistes les règles à respecter, et les fautes ont été nombreuses : non-respect de la dignité humaine, révélation d’informations sur l’avancée de la traque, sur l’identité des terroristes… Ce manque de professionnalisme aurait pu être d’autant plus dramatique, lorsque les médias ont, par exemple, divulgué la présence de personnes cachées au sein de l’Hyper Cacher, alors que les terroristes y étaient encore.

C’est pour cette raison que le traitement spécifique des informations et des attentats se voit aussi reprocher le fait de contribuer au jeu des terroristes. Pour reprendre l’exemple des attentats de janvier 2015, révéler la position des policiers, du RAID, ou même les premières pistes de l’enquête ne font qu’aider les responsables. Si les dirigeants des radios et des chaînes de télé se défendent d’avoir diffusé de telles informations, le fait est qu’Internet et les réseaux sociaux les relaient, sans limites et à une vitesse affolante. De même pour la diffusion des images : après un attentat, il est difficile d’éviter les clichés macabres sur le net ou les réseaux sociaux, même s’ils sont floutés. Les nouvelles technologies, en plus des médias de masse, contribuent elles aussi à entretenir perpétuellement le climat de terreur.

Merci à Nicolas Kaciaf pour sa conférence.

Jeanne Villarubias

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *