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Carnet de 3A – Göteborg : la vie à la mode suédoise

La Suède, vu de France, c’est un peu le fantasme social-démocrate des bobos, le nec plus-ultra des écolos et le paradis des féministes pur(e)s et dur(e)s. Fin août, j’ai posé mes valises sous la pluie à Göteborg, deuxième ville du pays. Après déjà un semestre passé au pays des cheveux blonds, des rennes, d’Ikea et de la cannelle, certains clichés se confirment, d’autres un peu moins, et je continue jour après jour de tenter de comprendre sans prétention ce pays tout en longueur (5ème plus grand d’Europe) mais peuplé seulement de 9 millions d’habitants.

Un pays modèle un peu fantasmé

Quand on pense à la Suède, on imagine tout de suite le modèle social-démocrate, l’Etat Providence, la force des syndicats, la flexisécurité, la politique environnementale généreuse, l’égalité des genres, le respect de l’enfant et tout le tralala. Autant vous dire que vu d’Amérique, le pays est carrément communiste… On ne va pas cracher dans la soupe : tout cela est vrai, la Suède est en avance dans beaucoup de domaines. En matière d’égalité homme-femme par exemple, le pays atteint la parité quasi-parfaite au Parlement, et il existe même un parti politique entièrement dévolu à la cause féministe, Initiative féministe (non représenté au Parlement ceci dit).  La Suède a en outre instauré un congé parental très long (18 mois, contre 6 mois en France), où chacun des deux parents est obligé de prendre au moins 2 mois. Les rues grouillent de papa-poules jonglant entre poussettes et porte-bébés.

Stockholm ©Marie-Jeanne Delespaul
Stockholm © Marie-Jeanne Delepaul

En ce qui concerne l’environnement, les Suédois sont vus comme des leaders en Europe. Ils sont les champions de l’énergie renouvelable (47% de l’énergie consommée provient des renouvelables), recyclent quasiment tout (il y a pas moins de six poubelles différentes dans ma résidence, dont une pour les déchets biodégradables), et ont des transports en commun très développés. Lors de la signature de traités internationaux comme celui de Kyoto, le pays s’impose des normes supérieures aux objectifs affichés et les dépassent même. Un beau tableau, me direz-vous. Oui sauf… que la Suède est également l’un des pays à l’empreinte écologique par habitant la plus élevée du monde, avec 6,1 hectares globaux (contre 5,6 hectares globaux en France). Si tout le monde vivait comme le Suédois lambda, nous aurions besoin de plus de trois planètes pour vivre. Un paradoxe ? Pas vraiment, ce chiffre est lié au mode de vie des Suédois : beaucoup de consommation, beaucoup d’importations, beaucoup de viande et de grandes voitures… En outre, les chiffres sont parfois trompeurs. La Suède a réduit d’environ 10% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2010… sauf si l’on prend en compte les émissions « cachées » dans les produits importés, produits hors des frontières. Pour faire vite, la Suède est un pays leader en matière d’environnement sur la scène diplomatique, a fait des efforts remarquables en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, mais pêche toujours quant au changement climatique et la protection de la biodiversité par exemple.

Enfin, que tous ceux qui imaginent le Suédois typique comme une grande créature blonde élancée au physique de Barbie ou de Ken se rassurent : le cliché est bien vrai. On croise ici des jeunes hommes branchés un peu bobos aux coupes de cheveux improbables (raie au milieu et cheveux mi-longs ou petit chignon), des corps sculptés par des heures passées dans les clubs de fitness (dont les Suédois sont des fans invétérés) et des filles au look « cool » mais savamment travaillé. Enfin presque : la Suède, terre d’immigration depuis les années 1970, accueille de nombreux étrangers, et a une politique d’accueil des réfugiés généreuse, à tel point qu’aujourd’hui environ 15% de sa population est née à l’étranger. Plus on s’éloigne du centre, plus les visages se métissent et les accents se mélangent. Si le pays est considéré comme généreux (il est assez facile d’obtenir la nationalité suédoise), sa politique d’intégration est cependant de plus en plus remise en question. La Suède n’échappe pas à la ségrégation urbaine, et la gentrification repousse toujours plus loin les populations les plus pauvres. En 2013, les émeutes violentes dans la banlieue de Stockholm avaient surpris le monde entier – mais pas vraiment ceux qui connaissaient bien les réalités du terrain.

Bref, le modèle suédois est intéressant, mais pas parfait. Les chercheurs pointent régulièrement les discriminations à l’embauche (selon le sexe, l’origine et j’en passe), et les militants d’extrême-gauche ne se privent pas pour critiquer les sociaux-démocrates, qu’ils estiment trop vendus au libéralisme.

© Marie-Jeanne Delespaul
© Marie-Jeanne Delepaul

La Suède, le pays de la liberté normée

En Suède, on se sent libre. Tellement libre d’ailleurs qu’on ne s’encombre pas d’un maillot de bain pour faire un tour au sauna, qui est ici une pratique culturelle nationale. Le rapport des Suédois à leur corps est en fait très libérateur : à la piscine, tout le monde se douche, se change et pianote sur son smartphone les fesses à l’air, sans aucune gêne. Le rapport que les Suédois entretiennent avec la nature est également très différent du nôtre. Il existe en Suède une sorte de coutume ancestrale, l’allemansrätt, qui signifie « le droit de chacun » de disposer de la nature. Selon cette tradition, tout le monde peut planter sa tente n’importe où, faire des feux de camps, ramasser des baies ou puiser l’eau des rivières librement, sans l’autorisation du propriétaire tout en restant à une certaine distance de son logement. En somme, la Suède est le paradis des étudiants Erasmus baroudeurs.

Les Suédois eux-mêmes sont, à première vue, posés et réservés. Jamais un mot plus haut que l’autre, telle semble être leur devise, et il est rare de voir des gens se disputer dans la rue. Les Suédois ont même un mot spécial pour désigner leur modération à toute épreuve : lagom, qui signifie « la juste quantité voulue ». Il faut savoir faire des compromis, rester dans la norme et oublier l’extravagance – ce qui n’empêche pas la créativité, comme en témoignent les filles aux cheveux colorés d’un bleu ou d’un rose pétant. Ce lagom est souvent l’objet de taquineries de la part des étrangers, qui reprochent aux Suédois de ne pas affronter les conflits, et surtout de ne jamais parvenir à trancher. Puisque tout le monde doit être d’accord avant de décider, les discussions s’attardent et les débats n’en finissent plus, sans issue.

© Marie-Jeanne Delepaul
© Marie-Jeanne Delepaul

Les Suédois, c’est sûr, n’ont pas le sang chaud des peuples méditerranéens. La légende raconte que le climat rude de la Suède a contribué à forger un peuple calme, respectueux, réservé, voire froid et distant. Il faut bien l’avouer, beaucoup d’étudiants Erasmus ont été déçus des difficultés à rencontrer et se lier d’amitié avec les Suédois. Bien que polis et sympathiques, rares sont ceux qui vous proposeront d’aller boire un verre après les cours. La rumeur dit qu’il faut du temps pour apprendre à connaître un Suédois – et justement, un Erasmus n’est là que pour un temps limité. Il faut donc faire des efforts pour aller vers eux, s’investir dans des clubs de sport ou des associations, et surtout…  faire la fête. Car le Suédois aime boire et s’amuser, et sa timidité apparente s’efface quand la nuit tombe, mais ça, c’est une autre histoire…

La Suède, une puissance géopolitique insoupçonnée ?

C’est un pays dont tout le monde se fiche a priori, et que personne ne sait vraiment situer (Norvège, Suède, Finlande, même combat) mais qui a pourtant un rôle géopolitique insoupçonné. Saviez-vous par exemple que la Suède a frôlé la crise diplomatique avec Israël, en étant  le premier pays européen à reconnaître la Palestine en 2014 ? Que la justice suédoise veut extrader le fondateur de Wikileaks Julian Assange, réfugié à Londres, pour une affaire de viol ? Que la Suède est le pays qui a  accueilli le plus de réfugiés en Europe ces dernières années au regard de sa population, bien devant la généreuse Allemagne de Merkel ? Bref, quoiqu’on en dise, Sweden matters. Le dossier des migrants est bien sûr le plus brûlant. Débordé, le pays a dû fermer ses frontières temporairement, les ONG n’arrivent plus à gérer les flux, et tandis que le business des centres d’accueil prospère, la droite populiste des Démocrates de Suède gagne en popularité. Eh oui, le petit pays scandinave tout en longueur n’est malheureusement pas si différent des autres pays européens.

© Marie-Jeanne Delepaul

Côté université : changement radical de la façon d’enseigner… et maximum 8h de cours par semaine

En Suède, oubliez les cours en amphi où le prof règne en maître, les emplois du temps à rallonge et les semaines entières d’examen. Ici, les étudiants de bachelor ne se prennent pas la tête, et n’étudient qu’une seule matière à la fois. L’équation est simple : un mois = un cours, validé par un examen à la fin, souvent à faire à la maison en quelques jours (take-home exam). Une bonne façon d’approfondir à fond un sujet… Pour peu qu’on se motive à bosser. Parce qu’avec 8h de cours par semaine, vive est la tentation de se prélasser les doigts de pieds en éventail (bon, si vous ne craignez pas trop de perdre vos orteils dans le froid, il va sans dire). En tant que Français habitués à être maternés et dirigés, l’adaptation peut être difficile, mais c’est une autre façon d’apprendre qui est très intéressante. On doit lire des tas d’articles et bouquins par nous-mêmes, et même si parfois on n’en lit pas la moitié, on ressort du cours avec l’impression d’avoir vraiment retenu quelque chose. Certains Erasmus sont moins enthousiastes et regrettent la « rigueur » française, mais sont tout de même bien contents de pouvoir avoir des week-ends de quatre jours. A titre d’exemple, j’ai suivi un cours génial de politique comparée sur le modèle politique suédois, un autre sur les médias en Suède (avec visite des studios télé locaux à la clé), la politique environnementale, l’histoire de la Scandinavie des Vikings à aujourd’hui ou encore la sexualité.

Vie étudiante, vadrouilles et autres escapades à travers le pays

A côté de Stockholm, magnifique mais bouillonnante et agitée, Göteborg a la réputation d’être certes moins belle mais plus agréable à vivre ; c’est l’éternel combat de la province contre la capitale. La blague préférée des locaux aux étudiants étrangers pour les dissuader de visiter la capitale est de prétendre que le ticket de train pour y aller coûte autant que le prix d’un café à Stockholm… Située sur la côte ouest, en bordure de mer, Göteborg est incroyablement propre comme toute ville scandinave qui se respecte, aérée, et entourée de lacs et de forêts. Mais le must reste son archipel, une multitude de petites îles dont certaines interdisent la circulation en voiture, de l’air pur et salé balayé par le vent, et des cabanes de pêcheurs perdus sur les rochers glissants. Le petit plus : l’archipel est accessible en ferry avec la même carte de transport que celle utilisée pour le tramway !

© Marie-Jeanne Delepaul

Placée stratégiquement à 3h en bus ou en train de Copenhague, Oslo et Stockholm, Göteborg offre de bonnes opportunités pour voyager. Ceux qui rêvent d’exotisme et de paradis enneigé poursuivront leur route jusqu’en Laponie dire bonjour aux Sami, dernier peuple indigène d’Europe (et se taperont 24h de bus rien que pour l’aller, mais ça vaut vraiment le coup). La côte ouest de Suède est également magnifique, bordée de petits villages de pêcheurs, on peut faire l’aller-retour sur la journée depuis Göteborg et revenir avec du poisson frais et (presque) des couleurs aux joues.

Enfin, si la vie étudiante est sans doute moins bouillonnante que dans les villes universitaires comme Lund et Uppsala, Göteborg se défend tout de même bien. L’université organise l’intégration en début de semestre, met en place des buddy groups et des voyages ou sorties sympathiques. S’il est cher de sortir en Suède (surtout que l’alcool est soumis à un monopole d’Etat, outch), l’étudiant averti privilégiera les nombreux afterworks où l’on peut boire de la bière pas chère et se goinfrer de nourriture gratuite. Certes, le niveau de vie est assez élevé en Suède (mais pas plus qu’à Paris sauf pour la viande et l’alcool, hors de prix), mais les logements sont corrects (je paye 360 euros par mois en résidence étudiante) et le cadre de vie vraiment agréable.

En guise de conclusion, si vous avez choisi la Suède, vous avez fait le bon choix. Mais ne vous inquiétez-pas : où que vous alliez, vous allez vivre une belle année, découvrir plein de choses, faire quelques concessions, et surtout en apprendre plus sur vous-même et le monde !

Les plus :

  • Quasi toute la population est bilingue en anglais
  • La qualité de vie
  • Göteborg a tous les avantages d’une grande ville (ce n’est pas paumé comme beaucoup des autres destinations proposées par Sciences Po en Suède) sans les inconvénients (pollution, bouchons, nuisances sonores, etc : n’oubliez pas que vous êtes en Suède !)
  • De bonnes possibilités de voyage

Les moins :

  • La vie chère (surtout pour l’alcool, la viande et le fromage)
  • Le trop peu de contact avec les locaux
  • Le système universitaire qui peut décevoir certains
  • Le manque de luminosité l’hiver (le soleil se couche vers 15h…)

Pour en savoir plus :

Faites un tour sur mon blog photo ou sur le blog d’articles et récits de voyage que j’ai créé avec 5 autres étudiants de l’IEP, et consultez le site du petitjournal.com/Stockholm, journal en ligne français et gratuit consacré à l’actualité suédoise, où j’ai écrit quelques articles, notamment sur mon Erasmus.

Marie-Jeanne Delepaul

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